Dédicace

(Texte inspiré de la dédicace parue dans le livre Bénédiction du Père, Bénédiction des pères de Haïm Goël)

 

Ce n’est pas sans émotion que je dédie ce site au souvenir d’un ami. J’ai nommé Arthur Katz, retourné auprès du Père. Arthur Katz fut un des rares hommes avec lesquels je pus partager de façon authentiquement fraternelle durant quelques années et cela dès le premier instant de notre rencontre, car Art était un homme authentique, aimant et un serviteur assoiffé d’authenticité. C’est-à-dire un de ces hommes dont le seul souci, le seul éblouissement est D.ieu en « tous Ses états » et exclusivement. Et un des états de D.ieu est l’authenticité qui s’accompagne toujours de l’amour vrai.

Voilà qui simplifiait et élevait de beaucoup et d’emblée le contact. Rien chez Art ne le cédait à la complaisance, ce qui ne l’empêchait pas d’être un ami, loin s’en faut. Et même d’autant plus. Art fut pour moi, dans la grande et très étrange « foire » relationnelle du Corps qui se refuse trop souvent à être simplement mais délibérément biblique, un roc et un ami, un rare relais fraternel, un appui pour ce qui se pérennise vraiment et qui vient du cœur du Père.

Dans l’intimité de notre appartement à Jérusalem,  Art eut un jour des propos quelque peu désabusés et interrogatifs :

       « Quel étrange monde que le monde chrétien évangélique ! Pour ma part si je devais entamer une tournée en vue de régler bien des malentendus, il me faudrait probablement, compte tenu des obstacles, un ministère à plein temps pour vingt ans ».

Je pouvais hélas en dire autant et le signifiai sans doute à Art lors de notre conversation. En cela Art mettait en lumière, au prix de bien des souffrances, ô combien, un certain infantilisme et pire, hélas, parfois, le vénéneux panier à crabes, qui domine trop souvent en des milieux qui se prévalent pourtant de titres comme celui de « Plein Evangile » mais qui sont en maints endroits essentiellement pyramidaux, avides de pouvoir religieux avec leur cortège de comportements parfois indignes et dont la cuirasse faillible commence à céder heureusement en bien des endroits au profit de la restauration miraculeuse et progressive de la notion de corps biblique à fondements apostoliques. L’absence de pères et la tyrannie politicienne de fils sans pères dans bien des cénacles religieux expliquent partiellement leur trop lente disparition. Je dis « partiellement » car quels que soient nos manques pour exister, il nous reste quand même le courage… d’exister et dès lors le moral et la morale franche et paisible qui vont avec en principe…

Et ce fut « ma journée » comme celle de ce véritable frère, Art, le courage d’aimer sans compromis. Loin des paniers à crabes d’enfants jaloux, Art était de ces hommes pleins de courage dont l’Europe se désespère. Et il me vient un malaise à placer en une phrase, sur une même ligne, « Art et les enfants jaloux » tant ils représentent deux univers antagonistes. Ténèbres religieuses à géométries si variables en leurs cortèges meurtriers,…et lumière en marche avec la candeur habitée des certitudes révélées, irréductibles. « Plein de courage » en parlant d’Art, on ne le dit pas assez à côté de bien des hommages posthumes soudain rendus aujourd’hui. Car n’est-il pas juste de rappeler qu’Art était de son vivant largement ignoré, tenu à distance en francophonie ? J’en fus témoin.Il est vrai que c’est souvent sur les tombes que…

Son authenticité faisait-elle peur ? Oui en maints endroits. Et cependant il y avait simplement tant d’amour chez cet homme qui sans débordements extérieurs superflus m’en  fournit la preuve à chaque fois que le Seigneur nous fit nous rencontrer et partager. Et ce fut réciproque.

Art était d’un bloc, limpide, et tout se lisait en une fois chez lui : courage, amour, dispositions amicales dans l’humilité, champs culturel et spirituel intelligents, le tout Ehad (unité), avec tant d’autres choses…

Art, dans l’ultime mail que tu nous fis parvenir, bien peu avant de « déloger », tu nous disais tellement vouloir revoir nos visages une fois encore. Ton visage, tes mains, ton regard, tout ton être nous manquent aujourd’hui qu’ils se sont installés au plus profond de nos cœurs avec la force pérenne d’un océan de granit. Tu nous manques Art !

Lorsque j’ai su qu’au retour de ton dernier séjour en Amérique du Sud, tu te mourais, j’ai su aussi que tu mourais martyr car d’intuition j’ai su que l’on t‘avait empoisonné. Où, comment ? Je ne sais. Mais tu as connu le départ des vrais, des martyrs. S’il me faut un jour te rejoindre et il le faudra, que je sois trouvé digne de ton amitié.

Haïm Goël