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François Hollande : « Oui, comment en est-on arrivé là ? » (Suite de la Lettre du 30 janvier)

By 2 février 2015Etz Be Tzion

 

Le discours du Général de Gaulle en 1967, « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur… », suivi de l’embargo sur les armes destinées à Israël n’a porté qu’un préjudice relativement minime à Israël. Mais il a déclenché un double signal, l’un envers les Juifs appelés à se souvenir qu’ils étaient Français de « confession israélite » et qu’Israël devait donc être pour eux un pays étranger, l’autre envers le monde arabe, leur signifiant que l’idylle France-Israël était terminée et que « la politique arabe de la France » était plus prometteuse pour le monde arabe que l’idylle Israël – États-Unis. Dès 1969, la France avait ouvert à Paris une représentation palestinienne, bientôt suivie pourtant par une vague d’attentats palestiniens sur des avions de ligne. Les actions et propos anti-israéliens des ministres français des Affaires étrangères seront constants, dont Michel Jobert, auteur d’un roman dont quelques lignes sont purement et simplement antisémites ou celui d’un autre qui qualifiait Israël de « petit État de merde » ou celui d’un autre, plus haut, encore qui prédisait que l’État d’Israël ne serait « qu’une parenthèse fermée aux environs de 2020 ».

Après la guerre de Kippour, le monde arabe utilisa sans fard le langage du chantage au pétrole. Les Européens, et les Français en tête, multiplièrent de nombreuses réunions et conférences, dont celle, par exemple, du 10 juin 1975, quand une délégation de la CEE rencontra la Ligue arabe et l’OLP, où le porte-parole, M. Dajani, jouait cartes sur table : les accords économiques avec l’Europe dépendront de l’alignement européen sur la politique arabe concernant Israël. Depuis, ce principe est resté parfaitement observé, tel le soutien en janvier de la motion de l’Autorité palestinienne exigeant le retrait d’Israël aux prétendues et imaginaires frontières de 1967, incluant le mur des Lamentations.

Chose promise, chose due : cela fait quarante ans que l’Europe tient son contrat. Elle aurait pu s’en tenir à cela. Le Quai d’Orsay a fait du zèle bien au-delà de ce que les autres pays européens ont fait. Ce n’est un secret pour personne que le Quai d’Orsay depuis Pétain jusqu’à ce jour a excellé dans la propagande pour formater l’opinion publique aux besoins du gouvernement en fonctions. Après la Libération, on a changé l’organisme chargé de cela en modifiant son nom : l’Agence française de presse (AFP), que la rumeur publique, donc Internet, a rebaptisée Agence française de propagande. Elle informe donc les médias en France, mais aussi dans le monde, selon le politiquement correct de « la politique arabe de la France ». Par exemple : « Les Israéliens ont tué tel jour tant de Palestiniens. » Or Israël n’a jamais tué des Palestiniens parce qu’ils étaient Palestiniens, mais uniquement parce qu’ils étaient des terroristes ! Il y a un code précis pour traduire les mots : par exemple, les victimes en Israël sont, chaque fois que possible, des « colons » ou même des « bébé-colons », les implantations deviennent des « colonies ». C’est ainsi que quotidiennement on imprègne l’opinion publique en diabolisant Israël et du même coup les Juifs, puisque les Arabes, comme les Palestiniens, ne cessent de faire cet amalgame. Et ils ont raison, puisqu’Israël est le pays des Juifs en tant que peuple composé de citoyens répandus dans le monde. Il est donc impossible de diaboliser Israël sans diaboliser les Juifs.

Qu’il y ait là un grave conflit est une évidence, et il est légitime pour les parties de défendre leurs causes. Mais le monde arabe fait tout pour que ce conflit ne soit pas étudié en termes de raison mais en termes de passion haineuse. Quant à l’Europe, elle joue cyniquement la carte de la raison, en biseautant les cartes : il n’y a jamais eu de frontières de 1967 pour la bonne raison que si elles avaient existé le problème serait résolu. Les Juifs ne sont nullement des colons en Judée, d’une part parce que Judée et Juifs sont étymologiquement identiques, et que si les Juifs sont des colons, les Arabes israéliens le sont aussi, car les uns et les autres sont présents sur la totalité de la Palestine depuis mille quatre cents ans pour les Arabes et trois mille ans pour les Juifs. Quant à la partition de Jérusalem, elle ne correspond historiquement à rien puisque ce fut une décision tout à fait arbitraire, imposée de force sans l’accord ni des Juifs, ni des Arabes, ni du monde par l’occupant anglais au nom de circonstances provisoires pour se débarrasser de conflits récents entre Juifs et Arabes dans la ville.

Il est impossible d’établir une paix sans respect de la justice et de la vérité. Toute paix qui ne sera pas conforme à la justice et à la vérité est d’avance condamnée à court terme.

À ce propos, il est bon de rappeler la décision de la Cour de Versailles du 22 mars 2013, qui a rejeté la demande de l’OLP et de l’association France-Palestine solidarité accusant Israël de tous les délits du monde pour avoir construit le tramway sur une terre occupée en Palestine. Elle conclut que c’est non seulement son droit mais son devoir au regard de tous les traités internationaux du monde. L’AFP, à notre connaissance, n’en parlera pas.

Le regain d’antisémitisme en France est le résultat d’un conflit que le monde arabe et les musulmans ont décidé délibérément de placer sur le seul plan passionnel et que l’Europe, et la France en particulier, entretient en biseautant les cartes au nom de ses intérêts économiques – le pétrole – et de son intérêt politique évident – un milliard et demi d’Arabes et de musulmans contre 15 millions de Juifs seulement dans le monde.

Juifs, ôtez-vous d’un doute : pour ces raisons, la France continuera exactement la même politique. Elle sera irréprochable en apparence en matière d’antisémitisme, sans déroger d’un iota sur sa politique pro arabe.

Les Juifs de France n’ont nulle envie de quitter leur pays, sauf ceux qui, par idéal, souhaitent une difficile et méritante aliyaha. Ils n’avaient d’ailleurs nullement le désir de quitter les pays arabes où ils avaient vécu. La situation de partir leur a été imposée.

Pour rester, il ne suffira pas de combattre le terrorisme, les Juifs ne demandent même pas que les Français les aiment, il leur suffit qu’on cesse de faire d’Israël « le Juif » des nations, et des Juifs de France le peuple coupable du Juif des nations.

Oui, Monsieur Hollande on en est arrivés là.

 

Nessim Robert Cohen-Tanugi

Le Lien Israël-Diaspora, 1er février 2015

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