La défense des caricatures de Mahomet, un mauvais combat ?

By 31 octobre 2020Le mot du jour

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre des mondes ♦ Dans son discours du 7 octobre, Emmanuel Macron avait cru marquer un point en dénonçant, pour la première fois à ce niveau, le séparatisme islamiste. Une initiative à même se séduire une certaine droite au front de taureau, toujours prompte à prendre les discours pour des réalités. Mais l’horrible assassinat de Samuel Paty a porté un coup fatal à cette manœuvre.
L’exécutif a en effet fait le choix, contestable, de se focaliser sur les caricatures de Mahomet, devenues selon lui le parangon de la liberté d’expression et des valeurs de la République. Et de présenter Samuel Paty comme un martyr républicain de la liberté d’enseigner. Mais ce choix place notre pays dans une situation particulièrement dangereuse.

Une conception réductrice de la liberté

Il d’abord extrêmement réducteur de définir la liberté d’expression comme le droit de blasphémer une religion. En outre, cela ne définit nullement notre civilisation qui a sanctionné le blasphème anti-chrétien jusqu’à la fin du 19e siècle. L’atteinte à la morale religieuse n’a été supprimée en France qu’en 1881 ; encore cette loi est-elle nuancée puisque, si elle permet la critique d’une religion, elle n’autorise pas d’insulter les croyants pour autant.

Or, précisément, les croyants peuvent se sentir insultés par les caricatures obscènes de Charlie Hebdo, qu’elles soient anti-chrétiennes (le plus souvent) ou antimusulmanes.

Une posture hypocrite

En prétendant opposer à l’islamisme une liberté d’expression fantasmée, le pouvoir adopte ensuite une posture hypocrite et donc peu crédible. Car, en France, la liberté d’expression ne cesse de se réduire du fait même de ceux qui aujourd’hui l’invoquent à tout propos.

Faut-il rappeler la succession des lois liberticides, la loi sur les “fake news”, l’intégration de l’état d’urgence dans le droit commun, les médias partisans, les poursuites incessantes contre les dissidents, les violences contre les Gilets Jaunes ou la volonté cynique de profiter de l’émoi suscité par la décapitation de Samuel Paty pour ressortir la loi Avia ?

On nous serine qu’il faudrait avoir le “droit” de caricaturer Mahomet pour vivre en république. Mais les musulmans pourront très facilement démontrer le caractère des plus sélectif de cette liberté, qui épargne curieusement certains groupes ou certaines personnes, et ils auront raison.

La curieuse république d’Emmanuel Macron

Le choix d’attaquer l’islamisme sous l’angle de la liberté de blasphémer une religion trahit également l’orientation laïcarde et anti-religieuse du pouvoir. Les « valeurs » qu’il invoque en permanence ne correspondent qu’à une république factice, revue et corrigée par George Soros et l’idéologie LGBT et où le peuple n’a pas la parole.

On ne peut qu’être horrifié par la décapitation de Samuel Paty. Pour autant on ne peut que s’étonner que l’Éducation nationale autorise un enseignant à montrer à des élèves de quatrième âgés des 13 ou 14 ans des caricatures sordidement obscènes et en outre outrageantes pour de jeunes musulmans, pour illustrer un cours sur la liberté d’expression.

Curieuse conception de l’éducation civique, que de présenter l’insulte et l’outrage comme un modèle à suivre ! Jules Ferry doit se retourner dans sa tombe.

Le dramatique isolement français

En s’accrochant à la liberté de blasphémer le président de la république place enfin la France dans un isolement dramatique. L’entêtement présidentiel sur le sujet a déjà eu un premier résultat : susciter la réprobation et le boycott dans de nombreux pays musulmans et isoler encore plus notre pays sur la scène internationale.

La France avait déjà laissé péricliter sa politique arabe, en s’alignant sur les positions nord-américaines et en contribuant à déstabiliser certains pays comme la Libye et la Syrie, réduisant encore son influence au Proche Orient.
La folie du « Je Suis Charlie » macronien finit de l’achever et renforce en outre le nouvel ottomanisme de la Turquie, de plus en plus opposée à notre pays.

Alors que la France est le pays européen qui compte le plus de musulmans, et que partout dans le monde l’islam retrouve une dynamique nouvelle, c’est une belle performance !

Quand on entend au surplus, Manuel Valls, ancien Premier ministre, préconiser d’afficher partout en France les caricatures de Mahomet, on se demande quelle folie saisit nos politiciens. Les mêmes qui au demeurant prétendent mettre en place un islam de France !

L’enjeu ne porte pas sur les caricatures de Mahomet

Agiter le chiffon rouge des caricatures blasphématoires devant les musulmans n’a qu’un seul but : semer la discorde et surtout détourner l’attention sur les vrais défis que notre pays, devenu l’homme malade de l’Europe occidentale, doit impérativement relever, s’il veut survivre dans le monde multipolaire et instable qui vient.

Non, l’enjeu ne porte pas sur les caricatures de Mahomet ! Il porte sur l’immigration qu’on ne sait pas arrêter, sur l’insécurité et la violence qu’on ne parvient pas à réduire, sur la pauvreté et le chômage qui s’étendent, sur les services publics qui s’effondrent, sur l’Europe qui sort de l’histoire.

Les politiques qui, à l’instar de notre président, font croire qu’ils gouvernent en défendant le prétendu droit au blasphème, ont l’insulte d’autant plus facile qu’ils n’ont en réalité prise sur rien. Mais il est vrai qu’eux ne risquent rien : les terroristes islamistes ne frappent que la France périphérique – celle de Samuel Paty, d’Arnaud Beltrame ou de Jacques Hamel – pas celle qui hante les palais dorés de la république et que protègent des nuées de policiers et de gendarmes.

« Malheur à toi, terre dont le roi est un jeune homme et dont les princes mangent au matin » dit l’Ecclésiaste

Michel Geoffroy
30/10/2020

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

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