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A la recherche de l’autel perdu de Josué / Israël Magazine

By 17 décembre 2015Etz Be Tzion
Pr Adam Zartal

Pr Adam Zartal

15 Octobre 1983. Alors que la nuit recouvre déjà les Monts de Samarie, une petite équipe composée d’archéologues et de volontaires, Juifs et Chrétiens, réunie autour d’un feu de camp, recouvre ses forces. Fermement convaincus qu’Adam Zartal, alors étudiant en doctorat et directeur des fouilles archéologiques sur le Mont Eival, vient de faire une découverte sensationnelle, ils ne peuvent retenir leur enthousiasme. « C’était pour eux comme la réalisation d’un rêve, mais je ne n’en avais pas eu l’intention »écrit Adam Zartal[1]. Pourtant, très rapidement cette découverte suscite une vive polémique. L’autel de Josué constitue pour certains une révolution pour le monde archéologique. Pour d’autres, c’est un leurre. Quelle est donc sa contribution scientifique et son impact sur l’Israël moderne?

Texte et photos : Haïm Ouizemann.

Une découverte révolutionnaire

Rien a priori ne prédestinait Adam Zartal à devenir Professeur d’Archéologie à l’université de Tel-Aviv. Pionnier affilié au mouvement du Hashomer Hatsaïr[2], de surcroît incroyant et laïc, il se tourne tardivement vers des études d’archéologie et présente un doctorat sur l’entrée des Israélites en terre de Canaan. A la suite de la guerre des Six Jours, il se rend en Samarie où il découvre un paysage encore vierge, probablement très semblable, comme il lui plaît de répéter, à celui que le Patriarche Abraham rencontra à son arrivée en Canaan : « Abram s’avança dans le pays jusqu’au territoire de Sichem, jusqu’à la plaine de Moré » (Gen. 12, 6). Le théologien allemand Albrecht Alt (1883-1956) surnomme cette région déserte, mais héritière d’une riche et antique histoire : « la reine sans couronne du Pays d’Israël ».

Paysage de Samarie (Photo Haim Ouizemann)

Paysage de Samarie

Effectivement, sur les plans biblique et historique, la Samarie constitue le berceau par excellence du peuple d’Israël. C’est le lieu où Moïse donne rendez-vous au peuple d’Israël, dès qu’ils auront traversé le Jourdain :«Or, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura installé dans le pays où tu vas pour le conquérir, tu proclameras la bénédiction sur le mont Garizim, la malédiction sur le mont Eival. Ces montagnes sont au delà du Jourdain, en arrière, dans la direction du couchant, dans la province des Cananéens habitants de la plaine, vis-à-vis de Guilgal, près des chênes de Moré» (Deut. 11, 29-31). C’est là, sur un autel qu’ils auront bâti, que les enfants d’Israël offriront des sacrifices  : «Donc, après avoir passé le Jourdain, vous érigerez ces pierres, comme je vous l’ordonne aujourd’hui, sur le mont Eival, et tu les enduiras de chaux. Tu bâtiras au même endroit un autel destiné à l’Éternel, ton Dieu» (Deut. 27, 4-5).  C’est là qu’ils renouvelleront leur alliance avec Dieu, se constituant ainsi “peuple de Dieu” (Deut. 27, 2-13 s.).

Cette alliance sera effectivement renouvelée en Canaan, mais seulement après les premières conquêtes  :«Josué bâtit alors un autel au Seigneur, Dieu d’Israël, sur le mont Eival, selon ce que Moïse, serviteur de Dieu, avait prescrit aux enfants d’Israël» (Josué 8, 30-31).

Adam Zartal reconnaît humblement que le succès de ses fouilles constitue le fruit du labeur acharné d’archéologues qui, durant plus de cent ans, tentent vainement de situer le lieu historique de l’autel de Josué par manque de données archéo­logiques.

L’opération délicate de mise à nu de l’ensemble du site, réalisée entre 1982 et 1989, met à jour le soin pris dans les temps antiques pour recouvrir l’autel de terre afin de le protéger des affres du temps et du vandalisme. Le professeur Adam Zartal dirige les fouilles, Bible en main, à l’aide des sources talmudiques. Les données des vestiges permettent maints recoupements archéologiques et bibliques  confirmant l’ampleur de la découverte  : utilisation de pierres non taillées (Ex. 20, 21; Deut. 27, 5-6); scarabées sacrés trouvés sur le lieu, datant de l’époque de Ramsès II d’Egypte (1250-1100 avant notre ère); une seule et unique strate archéologique; mensurations et forme cubique de la construction identiques à celles de l’autel des sacrifices du Tabernacle; présence de cendres et os d’animaux purs et absence d’ossements de porc; rampe des sacrifices dépourvue d’escaliers (Ex. 20, 23) et surtout le plateau central.

L’archéologue biblique, Benyamin Mazar, l’aver­tit : « C’est une découverte immense mais prépare-toi à un long et difficile combat. Tous n’accepteront pas » (p. 88). Le professeur Larry Steiger de Harvard écrit à propos de cette découverte  : « Si l’autel des holocaustes s’est effectivement tenu sur le Mont Eival, l’impact sur nos recherches est révolutionnaire. Nous aurons, nous tous, chercheurs et archéologues, à retourner à l’école maternelle ».

Pourquoi cette vive polémique autour de cette importante découverte connue du seul monde scientifique, contrairement aux manuscrits de Qumran ?

Deux Écoles : Archéologie biblique et Critique biblique

La découverte de l’autel de Josué tend à ébranler les fondements de la critique biblique du théologien et philologue protestant Julius Wellhausen[3] dont les thèses seront adoptées par des archéologues israéliens de renommée mondiale: les professeurs Zeev Herzog, Neil Asher Silberman et Israël Finkelstein, directeur de l’Institut d’Archéologie de l’Université de Tel-Aviv et auteur du livre très conversé “La Bible dévoilée”. Ces derniers, dénommés “négationnistes bibli­ques” par les tenants de l’Ecole de l’archéologie biblique, soutiennent la thèse que les sources bibliques en notre possession sont ou bien d’ordre mythologique : « Les récits des origines sont par définition mythiques […], qu’ils aient ou non un fondement historique »[4], ou bien postérieures aux événements bibliques relatés dans la Bible, comme pour les livres du Deutéronome et de Josué.

L’archéologue français Pierre de Miroschedji, directeur du Centre de recherches français de Jérusalem, écrit : « D’une façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujour­d’hui que les événements rapportés dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. Des prospections archéologiques, au début des années 1990, en particulier, ont révélé que la culture israélite a émergé dans les collines du centre du pays, en continuité avec la culture cananéenne de l’époque précédente »[5]. Adam Zartal explique que l’école négationniste s’acharne à réfuter les sources bibliques comme document historique en raison du manque de documents extrabibliques entre le 13e et le 10e siècle avant notre ère (“siècles obscurs”).

Cependant, pourquoi rejeter les textes de Josué et des Juges qui rapportent la conquête de Canaan et l’installation des tribus d’Israël qui, selon le célèbre archéologue William F. Albright (1891-1971), peuvent être d’un grand intérêt pour l’archéologie moderne ? Effectivement, les travaux se rapportant à l’archéologie biblique confortant les fondements historiques et spirituels d’Israël à partir de la Bible, école à laquelle se rattache Adam Zartal marchant sur les traces de son maître Benyamin Mazar[6], confirment le sens historique texte biblique.

Or, Adam Zartal souligne l’introduction de l’idéologie marxiste dont s’inspire le théologien et sociologue George Emery Mendenhall qui, dès 1962, développant un modèle négationniste, réfute la Bible comme document historiquement fiable et donc incompatible avec la recherche scientifique. Il prétend que la genèse d’Israël n’est qu’un “mythe de création” volontairement conçu afin de créer artificiellement une histoire nationale. Cette hypothèse inspire les travaux de recherche du Professeur Israël Finkelstein qui, réfutant la thèse de l’autel de Josué, argue que les sources bibliques du Deutéronome et de Josué, auraient écrites à l’époque d’Ezéchias (-7/-8e avant notre ère), et donc, largement postérieures à l’entrée des Fils d’Israël en Canaan. Par ailleurs, il tente de démon­trer que l’emplacement du Mont Eival n’est en aucune façon celui proposé par le Professeur Zartal.

La rampe et l'autel de Josué

La rampe et l’autel de Josué

L’autel de Josué et la renaissance d’Israël

L’on peut dire, en paraphrasant le théologien Albrecht Alt, que le professeur Adam Zartal restitue sa couronne perdue à la reine Samarie avec, entre autres, cette découverte fondamentale. L’autel de Josué apporte, en effet, un témoignage de première importance sur la formation d’Israël qui, au moment du sacrifice sur le mont Eival, fait montre d’unité. Il confirme que la naissance nationale d’Israël relève de la sphère spirituelle sur laquelle reposent les fondements de l’ordre social et éthique de l’état hébreu, davidique puis moderne. Le déni historique cache souvent un parti-pris idéologique destiné à amoindrir ou effacer la singularité identitaire de la présence d’Israël en Erets Israël. L’Israël moderne et les Nations du monde doivent, Bible en mains, retrou­ver ses hauts-lieux historiques, témoins d’une ère fondatrice de l’identité d’Israël et de sa pérennité. C’est la raison pour laquelle David ben Gourion, grand érudit bibliste, adopte l’introduction de la Déclaration d’Indépendance rappelant le lien étroit entre l’identité spirituelle, le TaNa’kh (Bible) et l’Indépendance nationale :

«Erets Israël (le Pays d’Israël) est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible au monde entier ».

[1]  “Un peuple est né”, Yedi’oth A’haronoth,
2000, p. 86.
[2]  Le mouvement du “Hashomer Hatsaïr” est un mouvement de jeunes Juifs sionistes fondé en 1913 en Pologne.
[3] 1844-1918. Il est l’initiateur de l’hypothèse documentaire des quatre sources bibliques: J/E/D/P.
[4] Albert de Pury, bibliste et professeur à Genève, “Le Temps”
8 avril 2009.
[5] Revue “La Recherche” nº 391.
[6] 1906-1996. Sa fille Eilat Mazar est considérée comme une des dernières archéologues bibliques.

 

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