Bataille turque pour le gaz en Méditerranée orientale. Et l’ONU, si prompt à condamner Israël, « y fait quoi ? »

By 4 décembre 2019 Monde

Touché, mais pas coulé. Un curieux jeu de «bataille navale» s’est invité au sommet de l’OTAN, mardi et mercredi, à Londres. Très remonté, le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, presse l’Alliance atlantique de l’aider à raisonner l’intrépide président turc, Recep Tayyip Erdogan. Celui-ci vient en effet de s’octroyer une vaste portion de la Méditerranée sans égard pour les îles grecques et Chypre. Cela, sur fond de course aux hydrocarbures. Ambiance !…….Détails…….


Voilà qui aggrave les tensions entre la Turquie et ses alliés de l’OTAN. Déjà, au sein de l’Alliance, on a peu apprécié l’offensive militaire lancée par le président Erdogan dans le nord de la Syrie contre les miliciens kurdes qui combattaient pourtant Daech avec l’appui des États-Unis et de la France.
Par ailleurs, Ankara contrarie les plans de l’OTAN dans les pays Baltes et en Pologne, les bloquant tant que les Kurdes ne sont pas déclarés «terroristes». Enfin, le leader anatolien a passé commande à la Russie de systèmes antiaériens S400, incompatibles avec ceux utilisés par ses alliés.

Exercices militaires

À présent, voilà ravivé le conflit latent en Méditerranée! Le gouvernement grec ne décolère plus depuis que le président turc a signé, il y a une semaine, un accord de délimitation maritime avec Fayez el-Sarraj, chef du Gouvernement libyen d’union nationale (GNA), c’est-à-dire l’autorité à Tripoli reconnue par l’ONU.
L’accord semble respecter le tracé souhaité par Recep Tayyip Erdogan pour la zone économique exclusive (ZEE) de son pays. Une carte postée lundi sur Twitter par un diplomate turc précise ce tracé. Au sud, il s’établit en pleine mer, à mi-distance entre l’Égypte et la Turquie. À l’ouest, il frôle les îles grecques de Rhodes, Karpathos et Crète.
À l’est, il contourne Chypre jusqu’au nord de l’île, occupé par l’armée turque depuis 1974.
Le droit de la mer autorise certes chaque État à définir une zone économique exclusive, dont les ressources peuvent être exploitées, au maximum jusqu’à 200 milles marins (370,4 km) des côtes.
Mais si un autre État se trouve à moins de 400 milles, un compromis doit être trouvé. Or, pas besoin d’être juriste pour voir qu’un tel tracé empiète largement sur les prétentions de ses voisins, qui ont immédiatement déclaré illégal l’accord turco-libyen du 27 novembre!
Peu importe. La Turquie n’est pas du genre à se laisser impressionner. Vendredi dernier, le vice-président turc, Fuat Oktay, a annoncé que le navire de forage Fatih a commencé ses opérations au large de la République turque de Chypre du Nord.
Et lundi, Ankara a envoyé sa marine faire des exercices militaires au sud de Rhodes.
D’ailleurs, l’accord turco-libyen est intervenu deux semaines après l’adoption par l’Union européenne de sanctions contre Ankara en raison de ses forages gaziers dans des eaux disputées.

Course aux hydrocarbures

On l’aura compris, tout ceci est lié à la course aux hydrocarbures qui fait rage en Méditerranée orientale.
La découverte, dès 2011, d’énormes champs gaziers entre Chypre, Israël et l’Égypte a conduit ces trois pays ainsi que la Grèce et l’Italie à envisager un pipeline vers l’Europe via l’île de Crète. Un Forum gazier a même été fondé en janvier, auquel ont aussi participé la Palestine et la Jordanie.
Cela ne fait évidemment pas les affaires d’Ankara et de son pipeline TANAP, destiné à transporter jusqu’en Europe le gaz venu d’Azerbaïdjan.
Isolée par ses voisins, la Turquie en est réduite à passer des accords bilatéraux avec la République de Chypre du Nord (un État que personne d’autre ne reconnaît) et avec le gouvernement de Libye (un État en guerre civile) pour délimiter une ZEE prévue par le droit de la mer (un traité qu’Ankara n’a jamais ratifié).
Cela dit, Recep Tayyip Erdogan se pose en acteur incontournable, en position de force pour négocier, note Charles Ellinas, directeur de la Compagnie chypriote des hydrocarbures.
Sans oublier bien sûr la carte maîtresse de la Turquie face à la Grèce et l’Europe: elle peut toujours menacer de rouvrir le robinet des migrants.

Source 24 Heures

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