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EHAD-UNITE de H. Goël / Extrait N° 54 : Quelques textes tirés du catalogue de l’exposition « Local Goddesses » à Jérusalem, en 1994.

By 15 octobre 2021LECTURE QUOTIDIENNE

Quelques textes tirés du catalogue de l’exposition « Local Goddesses » à Jérusalem, en 1994.

 

En 1994, suite à l’expérience de la gare de Gap, et alors que je commençais à méditer le sujet, j’effectuai un voyage en Israël où je visitai, au musée de la Tour de David, à Jérusalem, l’exposition « Local Goddesses from ancient deities to mythical women of today ». (« Déesses locales depuis les divinités antiques jusqu’aux femmes mythiques d’aujourd’hui »). Cette exposition de très haut niveau qualitatif vint confirmer comme un coup de foudre la pertinence de cet ouvrage et de son contenu. Le salut continue à venir des Juifs…

Y a-t-il eu une autre exposition similaire sur un thème à ce point pointu au cours de tout le vingtième siècle dans un seul autre musée du monde ?

Je me permets d’en douter. Et il n’y avait certainement pas un hasard dans le fait que je sois confronté à cette exposition probablement unique en son genre, au moment où je commençais à prendre de temps à autre des notes concernant cet ouvrage.

 

Initialement, j’avais souhaité vous présenter ici deux extraits du catalogue de cette exposition. L’organisatrice, DEBBY HERSHMAN, m’a signalé qu’elle n’était pas en mesure de m’accorder le droit de reproduction du fait des propriétaires des droits d’auteurs répartis sur une pluralité d’individus.

Les auteurs de cet article, DEBBY HERSHMAN et ILANA PARDES, ne m’en voudront sans doute pas de rédiger néanmoins un commentaire de leurs écrits ci-après.

 

 

 

 

 

Nous n’avons pas reçu les droits de reproduction. Néanmoins, la couverture du catalogue représentait dans une surprenante ellipse intemporelle (mais est-ce bien une ellipse ?) l’image de la poupée BARBIE associée à une figurine de fécondité préhistorique

Le remarquable catalogue de l’expo-sition « local goddesses » peut être consulté par les visiteurs de passage à mon domicile.
 

 

 

 

Catalogue de l’exposition « Local Goddesses

from ancient deities to mythical women of today »

En couverture, poupée Barbie associée à

une figurine de fertilité datée de 6 500 ans.

 

 

D’après :  ILANA PARDES

 

    « La création selon Eve au-delà de Genèse 3 », commentaire de Haïm Goël.

 

 

ILANA PARDES a rédigé un article extrêmement intéressant à nos yeux, puisqu’il part de ce fameux texte clé de Genèse 4 que nous connaissons bien maintenant. Que dit-elle ?

  • Eve n’est pas une déesse.
  • Mais elle aurait acquis une espèce de statut quasi divin dans notre culture occidentale et, dit Ilana Pardes, une interprétation féministe.
  • Ilana Pardes lui accorde un statut qui la rapproche de la « Grande Mère », Gaïa.
  • Pardes se pose la question de la signification des paroles d’Eve, lorsque celle-ci (je cite) ne fut pas effrayée de se lever et de retomber une fois encore (la première était lors de la tentation en Eden) lorsqu’Eve, la « mère primordiale », je cite, le nomme « Caïn », « j’ai créé (« caniti ») un homme avec le Seigneur ».
  • Selon Ilana Pardes, il s’agit d’une provocation qui surgit du fait que, d’après elle, Dieu n’est pas montré ici comme l’axe autour duquel toutes choses tournent, mais comme le partenaire d’Eve.

Ilana Pardes prétend que la plupart des traductions de ce verset ont tenté de camoufler la chose. Dans la foulée, Ilana Pardes écrit que le fait pour Eve de donner un nom peut signifier qu’il a existé une mythologie plus ancienne (donc pré-biblique) dans laquelle les déesses mères étaient bien plus impliquées dans un processus de création.

Nous ne pouvons bien entendu pas abonder dans le sens  de cette dernière idée d’Ilana Pardes, dont le « fond de commerce » est évidemment humaniste. Nous lui pardonnons donc le blasphème involontaire, pour retrouver un point important. L’attitude d’Eve en Genèse 4 :

  • est un impact sur la culture de toute l’humanité
  • est une rébellion
  • fut utilisée par Satan pour brouiller les pistes des projets divins, via une pensée humaniste aux conséquences innombrables (certaines très subtiles). Nous devrions à tout prix réfléchir à partir de ces données avec honnêteté, calme et sens des responsabilités au fameux débat sur le « ministère féminin » qui se livre actuellement dans l’Eglise en divers endroits. Je suis en train de lire un ouvrage sur le sujet, dont la médiocrité de documentation et d’argumentation est tout simplement confondante. Et les déclarations idéalistes de certaines épouses de pasteurs en jeans ultra moulants ne me paraissent pas être une plaidoirie convaincante. La vulgarité serait-elle devenue un fruit de l’Esprit ?

Une lecture biblique fidèle ne permet pas d’abonder dans le sens où va Ilana   Pardes : savoir un « pouvoir » plus appuyé de « déesses femmes » avant la chute. (Bien qu’il y aurait beaucoup à dire encore – nous avons effleuré le sujet dans le début de ce livre – sur l’état de la femme et de l’homme avant la chute. N’oublions pas néanmoins que

 

 

des anges placés par Dieu ont interdit le retour en Eden et que la connaissance que nous pouvons en avoir par prière et révélation, par exemple, est fatalement très restreinte.)

Eve a bel et bien posé un acte illicite, d’indépendance, de rébellion, en l’absence toute démissionnaire d’un Adam non biblique lui aussi.

Le reste du texte d’Ilana Pardes, au fondement très humaniste, va dans le même sens que ce qui précède. Elle affirme par exemple qu’Eve se définissant comme créatrice (« conah ») mine le fondement biblique de la création qui est d’ordre divin exclusivement. I. Pardes fait de l’attitude d’Eve une critique du système monothéiste et patriarcal. Il est intéressant de citer, pour clore, ceci : pendant qu’elle donne un nom à Caïn, Eve écrit à sa façon Genèse 2 et proteste rétroactivement contre le transfert de pouvoir qui consiste à donner naissance au corps de son partenaire à partir de son propre corps.

Ilana Pardes conclut en affirmant que « l’ancienne mère », la supposée déesse femme d’avant la chute, défend ses droits. Eve donneuse de nom est subversive vis-à-vis de la hiérarchie établie par Dieu.

 

 

    D’après : DEBBY HERSHMAN

 

    « Les déesses locales. », un commentaire de Haïm Goël

 

 

De toute évidence, l’exposition « les déesses locales » que j’ai visitée à Jérusalem il y a un peu plus de deux ans est un événement et un voyage extraordinaire dans le cours de l’Histoire. Une exploration saisissante de zones souvent méconnues (occultées) des religions passées et de leurs rites et puissants symboles.

Debby Hershman nous témoigne dans son texte que la réflexion qui l’a sans doute menée à organiser cette exposition a commencé par un choc : celui qu’elle éprouva devant la Vénus de Laussel dont, dit-elle, elle releva le « soulagement d’une femme enceinte tenant une corne d’abondance ». Cette Vénus de Laussel est aussi connue comme la Mona Lisa de l’âge de la pierre. Ses cuisses amples et son visage rond souvent veuf de traits, nez, bouche, oreilles) ne nous parlent pas de douceur. La corne d’antilope gravée dans sa main signifiait le changement des saisons, le cycle de la vie et du temps, nous dit Debby Hershman.

Celle-ci poursuit avec un constat d’historien que depuis des temps immémoriaux bien des cultures placèrent la femme au centre de leurs rites. Elle ne fut pas, loin s’en faut, seulement symbole de sexe et de maternité mais symbole de créativité, de destruction, …

Dans son texte d’introduction à l’exposition, Debby Hershman développe encore des thèmes dont la seule évocation est source de réflexions convergentes dans le cadre de ce livre. Il en est de même dans tous les textes de ce catalogue. A titre d’exemple, le choix des figurines de déesses locales est d’une surprenante variété, qui nous interpelle sur les charges anciennes des femmes.

 

Un des auteurs y voit un défi face à la conception d’un progrès linéaire car l’Histoire de l’humanité nous montre une femme déesse à accomplissements multiples et très divers, très proches finalement de l’idéal du féminisme contemporain.

Ceci conforte évidemment notre analyse biblique qui fait apparaître le « féminisme » de « tous les possibles » dans la foulée de la chute, lorsqu’Eve « revendique » son droit à l’indépendance par rapport à Adam et à l’ordre divin, à Dieu, dans la Genèse.

Un des auteurs écrivant dans le catalogue nous déclare que le monothéisme a atténué le caractère « multi-face » de la femme déesse. Ce n’est pas l’analyse d’un homme de foi, qui déclarerait que le monothéisme est d’abord une émanation divine et que c’est cette divinité qui a fondé l’univers et ses lois.

Mais sa remarque et ses recherches sont intéressantes, car elles illustrent que dans toute l’Histoire ce principe de rébellion d’Eve s’est incarné.

Freud posait une question fameuse : « Que désire la femme ? » Selon un des auteurs, la réponse donnée par l’Histoire serait : tout!

 

La déesse Mar (Le Point 20 septembre 2007)

La grâce du serpent

 

« Non les seins proéminents n’ont pas attendu l’après-guerre américain à Hollywood pour devenir des objets de légende. Au XVIIe ou au XVIIIe siècle dans l’Inde du Sud, dans la province du Karnataka, lors de cérémonies hindouistes, des hommes portaient cette parure de bronze aux formes féminines épanouies pour célébrer la déesse Mar, protectrice, farouche et féconde. Sa poitrine est soulignée par les courbes de serpents, un animal là-bas symbole de la grâce. » (Judith Benhamou-Huet)

 

 

AYYT, déesse Mère primordiale d’un peuple de Sibérie

 

 

 

Dans cette tradition Ayyt est représentée sous l’arbre de Vie et assise sur la montagne primordiale.

 

Lorsque l’on sait que le cœur du jardin d’Eden était, selon la tradition juive le Mont  Morijah (donc la montagne primordiale par excellence) et que l’arbre de vie y était planté, l’intention blasphématoire de Satan remplaçant un D.ieu Père par une divinité primordiale mère est rendue évidente par le témoignage de cette antique tradition.

 

 

 

Un extrait d’article de Séverine Moureaud, docteur en archéologie :

 

« Une nouvelle représentation de la déesse Hariti, appartenant à une collection privée, vient enrichir le corpus iconographique de la déesse. Cette pièce, dont la provenance exacte nous est malheureusement inconnue, nous permet d’approcher le syncrétisme religieux, technique et iconographique, qui caractérise l’art du Gandhara. Le relief d’Hariti présenté ici est assez tardif, mais sa datation reste incertaine, variant entre la fin du 1er et le IVème siècle de notre ère. Cette déesse, dont le culte très ancien est apparu avant le bouddhisme, est ici mise en image pour servir une spiritualité nouvelle avec des codes iconographiques d’influences diverses, dont hellénique.

 

Mythe et construction d’une figure religieuse synchrétique

 

A l’origine, Hariti donna naissance à cent enfants qu’elle aimait de tout son être et, pour nourrir sa progéniture, elle tuait les enfants d’autrui. La mère d’une victime plaida un jour sa cause auprès du bouddha Sakyamuni pour sauver son enfant. La légende dit alors que Sakyamuni enleva le plus jeune fils de Hariti, Aiji, et la cacha dans son bol de riz. Hariti chercha son fils à travers l’Univers avec un grand désespoir. Elle implora l’aide du Bouddha. Ce dernier lui fit remarquer combien sa souffrance était grande d’avoir perdu l’un de ses cent enfants. Il lui demanda alors d’imaginer la souffrance de parents qui perdaient leur unique enfant. Sur ces sages paroles, Hariti se repentit en se convertissant au bouddhisme et devint ainsi déesse de fécondité et protectrice des enfants. La grenade devint alors pour elle un substitut à la chair enfantine. Ogresse d’origine iranienne, Hariti fut incorporée par ce mythe au bouddhisme  la suite de l’arrivée de la parole du Bouddha en Bactriane par la vallée de l’Indus. Cette assimilation des mythes et des rituels zoroastriens constituait un excellent moyen de pousser les autochtones à une conversion au bouddhisme.

 

En territoire iranien, Hariti est initialement un daeva ou démon canibale. Elle est assimilée par certains chercheurs de la religion pré-zoroastrienne à la déesse Hurvatat. Hariti parvient jusqu’au Turkestan chinois, et finit par être assimilée à Kouanin, de même que les Jésuites y verront une préfiguration de la vierge Marie. Le mythe est également parvenu jusqu’au japon où la déesse est connue sous le nom de Kishimojin. »

 

Mœurs agricoles indiennes au Canada

 

« L’explorateur Champlain pensait à ses projets d’établissement et le Canada lui apparaissait de plus en plus comme recélant d’immenses possibilités agricoles. Or le travail de la terre, occupation beaucoup moins intéressante que la guerre ou la poursuite d’animaux sauvages, était tout à fait négligé par les Indiens, à l’exception de quelques tribus. Le maïs et le tabac, qui avait si fort rébuté les marins de Jacques Cartier, étaient les principales  cultures pratiquées au Canada. Là encore, les tâches étaient réparties suivant un rite sans équivalent en Europe : les hommes déblayaient le terrain, abataient les gros arbres. La femme internait ensuite exclusivement : elle plantait la semence, cultivait la plante et emmagasinait la récolte. Ceci, non par un abus délibéré du pouvoir masculin, mais bien parce que la femme était considérée comme incarnant le principe de fécondité. Dans les croyances indiennes, une terre cultivée seulement par les hommes n’aurait rien produit. » (Indiens et coureurs des bois. R.H. Guerrand).

 

 

UNIVERS AGRICOLE ET MYTHES FEMININS (extrait d’un article de Sylvie Briet – Interview de Geneviève Dermendjian)

 

« Pourquoi les figures maternelles sont-elles si puissantes en Méditerranée ?

La civilisation occidentale et, localement, méditerranéenne, puise ses racines dans le Proche-Orient, l’Egypte, la Grèce, Rome ; ces sociétés nous ont intellectuellement forgés et la problématique masculin-féminin y fut largement présente.

L’importance du monde agricole a beaucoup joué dans la création des mythes féminins anciens, notamment grecs. Décrits au VIIIè siècle avant J.-C. par Homère et Hésiode, qui les ont repris de traditions plus anciennes, ils se sont créés notamment autour des questions de maternité, fertilité, fécondité, brièveté de la vie, pouvoir masculin et pouvoir féminin.

Quel rôle incarnent ces figures mythiques ?

Chez les Grecs, le mythe de Déméter et Coré est essentiel et complexe. Déméter et Zeus donnent naissance à une fille, Coré, que Zeus marie à son frère Hadès, le dieu des morts, sans en parler à Déméter. Par cette union, Coré devient reine des Enfers sous le nom de Perséphone et ne peut quitter son royaume. Déméter, dont le rôle divin est d’assurer la prospérité agraire, cesse alors toute activité ; la famine menace, les dieux ne reçoivent plus d’offrandes. Après plusieurs délégations inutiles auprès de Déméter, Zeus donne l’ordre à Hadès de rendre son épouse, et la végétation repart. C’est une victoire du pouvoir féminin, mais un pouvoir limité car, par un subterfuge, Hadès obtient que Perséphone revienne avec lui un tiers de l’année, période pendant laquelle la terre est infertile.

Ce mythe relie la féminité et la fécondité à la croissance de la végétation, montre un pouvoir féminin qui menace l’ordre masculin : il permet de poser l’expérience de la souffrance et de la mortalité.

Un autre mythe très ancien et complexe évoque le personnage de Lilith, figure centrale de la démonologie juive et première épouse d’Adam. Créée comme lui de la terre, elle n’accepte pas de se coucher sous lui, s’envole dans les airs et se cache dans les eaux profondes. Trois anges la retrouvent mais elle refuse de les suivre, arguant du fait qu’elle a été créée pour faire du mal aux nouveaux-nés ne portant pas une certaine amulette, encore utilisée de nos jours. Rebelle, Lilith est considérée comme un modèle négatif, mais elle a pu et peut servir de figure d’identification à des femmes en recherche d’autonomie…/… »

 

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