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Le jour où le pape jésuite canonise deux papes avec l’admiration béate des foules y compris non catholiques (le pouvoir de séduction grandissant de ce FAUX PROPHETE jésuite!) , voici publié un extrait du livre que le Seigneur me fit découvrir « par hasard » chez un brocanteur ces jours derniers. Voici l’introduction avec un historique de la naissance et de l’activité des jésuites au fil des siècles. Dans notre génération « Qwick-boum » dénuée toujours plus de connaissances utiles, c’est un juste et nécessaire rappel et d’autant plus pertinent que Rome est à présent aux mains d’un pape jésuite. NB: « ne cherchez pas à comprendre, « Qwick-boum » ne veut rien dire mais symbolise si bien le caractère si superficiel dans lequel on entretient (à dessein) les jeunes générations…qui ignorent par conséquent tant de choses qu’il leur serait cependant nécessaire et salutaire de connaître. Ne soyons plus des produits orwelliens du « Qwick-boum! » Demain (et demain c’est vraiment demain) on va nous imposer un Qwick-boum, religieux, politique et économique à l’échelle mondiale. L’antichrist, patelin et rassurant qui nous invitera à nous vautrer dans le tout Qwick-boum avec du pain et des jeux se profile à l’horizon proche. Bonne lecture, découvrez ou redécouvrez les jésuites! Nous publierons tout le reste du livre par tranches semaine après semaine. Bien des surprises vous attendent!

Introduction

 

Pour comprendre et juger avec justesse les persécutions auxquelles les confesseurs de l’Évangile furent exposés et qu’ils subirent dans tout le pays où l’Église catholique-romaine du Moyen Âge était au pourvoir, il ne faut pas oublier que la prétention de l’Église du Moyen Âge d’être la seule qui menât au salut entraînait avec une nécessité inéluctable l’intolérance par principe vis-à-vis de tous ceux qui professaient une autre foi. L’esprit d’intolérance, il est vrai, est absolument étranger au christianisme sous sa forme primitive. Il n’est pas puisé dans le sermon de Celui qui aimait ses ennemis et adressait à son Père cette prière : « Pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il ne s’est emparé de l’Église du Moyen Âge que par le fait que la religion chrétienne fut déclarée seule religion d’État, et que l’on confondit comme une même chose l’État romain et le règne visible de Dieu. Peu d’années déjà après que le christianisme fut introduit et reconnu publiquement dans l’Empire romain, Augustin, dont la conception du christianisme est, à d’autres points de vue, si étroitement apparentée à celle de Paul, a déclaré non seulement permis, mais recommandable, l’emploi de la violence contre toute les religions non chrétiennes et contre toutes les conceptions non romaines du christianisme. C’est lui qui donne à l’invitation du Sauveur : « Forcez-les à entrer », la fatale interprétation que le Seigneur a permis et ordonné l’emploi de moyens coercitifs pour convertir les incrédules. Appuyée sur son exemple, l’opinion se répandit peu à peu que l’Église, possédant seule la vérité toute faite, avait des droits sur tout homme au monde. Or, ne pouvant assumer la responsabilité de la damnation d’un seul homme, elle doit contraindre par la force les réfractaires à croire et effrayer les autres par des châtiments. Mais l’Église eut été incapable d’appliquer pratiquement et de réaliser ce principe si, au cours du temps, le pouvoir de l’État n’était tombé dans sa complète dépendance. Au Moyen Âge, l’extension des états chrétiens correspond exactement à celle de l’Église. Les mêmes sujets qui, dans les choses profanes, doivent l’obéissance aux princes de leur pays, sont, au point de vue spirituel, obligés d’obéir aux évêques. Un État et une Église existant côte à côte, le premier étant, aussi bien que l’Église, dans l’ordre établi par Dieu, sont inconnus au Moyen Âge ; au spirituel et au corporel, il n’y a qu’un seul peuple chrétien ayant deux chefs. De même que le ciel est plus élevé que la terre, et l’âme plus précieuse que le corps, le chef spirituel, le pape, est au-dessus des chefs temporels. Le pouvoir de l’État doit faire la volonté de celui de l’Église lorsque celle-ci considère comme nécessaire l’extirpation de l’hérésie. Il résultait logiquement de cette conception qu’en aucun cas l’individu, dont le salut dépendait de la soumission à l’Église, ne pouvait, s’il perdait sa foi en l’Église, chercher ni trouver refuge auprès du pouvoir temporel. Quiconque se sépare de la foi et de l’ordre établi par l’Église se rend coupable d’« hérésie ». Il est jugé par l’Église et excommunié par elle, en sorte qu’aucun chrétien ne doit avoir de rapports avec lui ; le pouvoir temporel est tenu de le traiter comme un criminel ayant encouru une peine. Bien que la Réforme ait rompu en principe avec cette intolérance et qu’elle ait ouvert le chemin en matière de foi et de conscience, la conception du Moyen Âge, héritage du passé, a continué longtemps encore d’exercer son influence dans le sein même de l’Église évangélique. Luther lui-même qui, dans son traité sur le pouvoir temporel, rejette et combat toute contrainte en matière de foi et qui écrit : « Le Christ ne veut en son royaume personne qui ne soit pieux de son propre vouloir », Luther veut que l’autorité conserve le droit de prendre des mesures religieuses et de punir ceux qui s’insurgent contre celles-ci. Il a, lui aussi, préconisé à l’occasion la punition des hérétiques prévue par lois, non pour protéger l’Évangile qui s’impose de lui-même par la vertu du Christ et de sa Parole, mais à cause de l’autorité et pour assurer aux chrétiens la paix et la vie commune. Luther n’a pas eu pleinement conscience de la contradiction qu’il y avait à poser sans condition le principe de la liberté de conscience et à défendre d’autre part le droit du pouvoir temporel de régler dans son propre pays le culte et le dogme. Mais il a déclaré ouvertement que le feu ne pouvait pas grand-chose contre les incrédules et les hérétiques.

Mais après cette digression, nous revenons à la procédure adoptée par l’Église du Moyen Âge dans la persécution des hérétiques. Dès l’an 382, nous trouvons l’application de la peine de mort pour hérésie. Depuis le XIe siècle, les violences contre les hétérodoxes deviennent toujours plus dures. Les croisades avec leurs fanatismes accrurent la fureur de persécution des papes. De nombreux décrets ajoutèrent à l’excommunication prononcée contre les hérétiques les peines temporelles : destitution, confiscation des biens, peine d’infamie, cachot, exécutions capitales. En même temps, le pouvoir temporel fut contraint par tous les moyens à la disposition du Saint-Siège d’exécuter les jugements. Avec le temps, on ne se contenta plus de prononcer les peines pour hérésie contre ceux qui se révoltaient publiquement contre les doctrines ou les prescriptions de l’Église, mais on crut devoir intervenir contre tous ceux qui s’étaient rendus, par la franchise de quelque propos, suspects de s’écarter en quelque façon des articles de foi. On y voyait une plante vénéneuse qu’il fallait détruire en germe pour l’empêcher de pulluler, une peste contagieuse dont l’Église devait préserver les fidèles. C’est à cette fin que fut instaurée l’Inquisition en tant qu’institution faisant partie de l’ordre ecclésiastique. Elle fut établie comme telle par le puissant pape Innocent III qui occupa le siège papal de 1198 à 1216. L’occasion en fut le désir de faire disparaître les Albigeois. Malgré la croisade entreprise pour les anéantir, quelques restes avaient survécu ; il s’agissait de les découvrir pour les détruire complètement. On lit dans le décret par lequel Innocent III prescrivait l’Inquisition et posa la base sur laquelle s’éleva l’édifice : En vertu de l’Esprit saint, nous ordonnons et prescrivons que les évêques, s’ils veulent échapper aux peines canoniques, doivent veiller soigneusement sur leur diocèse. Quiconque parmi les évêques néglige d’éloigner le levain de la malice hérétique sera suspendu de ses fonctions. Peu d’années après la mort d’Innocent III, le synode tenu à Toulouse en 1229 fait de l’Inquisition une institution dépendant des évêques, et édicte des prescriptions précises pour la procédure du Saint-Office. L’idée fondamentale de ces lois était que le pape, représentant de Dieu sur la terre, avait sur les hommes droit de vie et de mort et que le pouvoir séculier est tenu d’aider de toute façon les tribunaux d’inquisition dans l’exécution des jugements prononcés au nom du pape, tandis que ces tribunaux eux-mêmes sont déclarés intangibles et soustraits à toute influence séculière. D’après les dispositions prises par le synode de Toulouse, les évêques doivent, dans toutes les communes, obliger par serment un prêtre et plusieurs laïques à rechercher les hérétiques et à les dénoncer à l’évêque. Les maîtres séculiers doivent détruire les demeures des hérétiques. Tout prince, seigneur ou juge qui ménage un hérétique est dépouillé de son pays, de ses terres ou de ses fonctions ; toute maison dans laquelle est trouvé un hérétique doit être abattue. Même en cas de maladie mortelle, aucun médecin ne doit être admis auprès d’un hérétique ni de quiconque est suspect d’hérésie. Celui qui abjure l’hérésie doit émigrer dans une commune orthodoxe et porter sur ses vêtements deux croix de couleur. Quiconque abandonne l’hérésie par crainte doit être détenu par l’évêque afin d’éviter la contagion. Toutes les personnes du sexe masculin à partir de la douzième année, toutes celles du sexe féminin à partir de la quatorzième année doivent jurer de dénoncer les hérétiques aux autorités ; ce serment est renouvelable tous les deux ans.

Tandis que  l’Inquisition fut d’abord confiée aux évêques et faisait partie de leurs pouvoirs officiels, l’ordre des Dominicains, fondé à l’époque d’Innocent III, sut bientôt s’emparer de l’Inquisition et en réclamer l’exercice comme un droit lui appartenant. En 1248, le pape Innocent IV confia formellement l’Inquisition à cet ordre, tout d’abord pour un certain nombre de régions. Car, en raison des limites du pouvoir spirituel et de la résistance rencontrée dans divers pays, l’Inquisition ne put développer partout son caractère meurtrier. Ainsi en Allemagne, où, jusqu’à la Réforme, furent nommés des juges d’hérétiques ; ceux-ci, vu la répulsion des évêques et du peuple, exercèrent rarement une réelle puissance. Conrad de Marbourg, défenseur éloquent et chef du tribunal d’inquisition, fut tué en chemin par une main inconnue. C’est en Espagne, où le zèle pour la foi avait été stimulé par les longues luttes contre l’islamisme et le péril toujours menaçant d’un mélange avec cette religion et le judaïsme, que l’Inquisition, avant même le siècle de la Réforme, a exercé les plus cruels ravages. Le prieur dominicain du monastère de la Sainte-Croix à Ségovie, Thomas de Torquemada, fut, en 1238, nommé par le pape Sixte IV grand-inquisiteur d’Espagne et, en cette qualité, il s’est chargé de malédictions et couvert de sang, de même que son complice Pierre Arbuez de Saragosse.

C’est à eux qu’il faut attribuer l’institution des autodafés ou exécutions d’hérétiques qui avaient lieu avec une solennité toute spéciale. Le mot espagnol autodafe (actes de foi) devait justifier aux yeux du peuple le supplice du feu infligé aux hérétiques, et le glorifier comme un acte de foi catholique exercé à la gloire de Dieu par l’Église contre les renégats. Il y avait de grands et de petits autodafés. Tandis que ces derniers avaient lieu dans les salles de l’Inquisition, les premiers se tenaient en public et étaient entourés de formes solennelles. Ils devaient être l’image du jugement dernier, et, rien que par leur forme effrayante, remplir l’âme de la foule d’horreur pour l’hérésie. Aussi étaient-ils en général fixés aux jours de fête ; ils avaient lieu dans la plus grande église de la ville, et plus souvent encore sur l’une des plus grandes places, tandis que l’exécution même du jugement se faisait hors des portes. On annonçait cet « acte de foi » dans toutes les églises et tous les monastères des environs, et l’on promettait une indulgence de quarante jours à tous ceux qui assisteraient à la cérémonie.

De même que Torquemada et Pierre Arbuez doivent être considérés comme les vrais auteurs et les inventeurs des autodafés, de même ce fut à leur instigation que des milliers y trouvèrent la mort dans les flammes. Le second en particulier ne pouvait se lasser de les organiser, et il faut l’astuce des historiens ultramontains pour avoir osé prétendre et soutenir encore aujourd’hui qu’il n’est pas prouvé que Pierre Arbuez ait fait exécuter un seul hérétique. La découverte et le châtiment des hérétiques faisaient jour et nuit l’objet de toutes ses pensées, et même après sa mort, la « loi de l’Inquisition » ne lui aurait, dit-on, laissé aucun repos. Les Acta sanctorum racontent que dans le calme de la nuit il apparut à un moine pour témoigner que sa vie sur la terre avait été agréable à Dieu. Quelques années après sa mort, il aurait fait dire aux inquisiteurs de Saragosse, par un prêtre à qui il apparut, qu’ils ne devaient pas douter que c’eût été une très bonne action d’avoir livré aux flammes un si grand nombre d’hommes, car tous, sauf un, étaient maintenant en enfer. Arbuez fut assassiné à l’hôtel d’une église où il célébrait une messe de nuit par les parents de deux victimes de sa fureur religieuse. Malgré les cruautés exercées par lui, le pape Pie IX l’a canonisé en 1867. Thomas de Torquemada a, lui aussi, après la mort de Pierre Arbuez, continué l’Inquisition avec une rigueur impitoyable. Il est difficile de fixer le nombre de leurs victimes qui a peut-être été parfois exagéré. Mais le nombre de ceux qui moururent sur le bûcher se chiffre par milliers, et celui des condamnés à la prison ou aux galères à des dizaines de milliers ; cela est non moins certain que le fait que l’Inquisition est originairement une institution ecclésiastique et non, comme on l’affirme du côté romain, une institution d’État. Il est vrai que le tribunal religieux ne prononçait pas la peine de mort, mais qu’après avoir déclaré l’accusé coupable d’hérésie, il le remettait au pouvoir séculier, et à cette occasion réclamait hypocritement l’indulgence ; mais le pouvoir lui-même se rendait suspect d’hérésie s’il faisait preuve d’indulgence. Le clergé assistait en processions solennelles à ces supplices, entouré d’une pompe lugubre ; sa présence et la visible satisfaction qu’il éprouvait aux tourments de ses victimes scellaient l’exécution des jugements de l’Inquisition.

L’inquisiteur dominicain Eymeric a publié des prescriptions détaillées sur la procédure à suivre par les inquisiteurs. D’après ces prescriptions, les criminels, les déshonorés, les parjures peuvent être admis comme témoins et comme dénonciateurs. Les époux peuvent déposer l’un contre l’autre, les enfants contre leurs parents ; ils sont en revanche exemptés des peines qui frappent les enfants des hérétiques. S’ils accusent eux-mêmes leurs parents, ils n’ont pas à subir la confiscation des biens qu’ils ont reçus par héritage. Les témoins sont assermentés et interrogés en secret. Ils ne doivent pas être confrontés avec l’accusé ; celui-ci ne doit même pas connaître leur nom. Pour arracher à l’accusé l’aveu de ses hérésies, Eymeric donne à l’inquisiteur les conseils suivants : « Si l’inquisiteur s’aperçoit que le prisonnier ne peut pas avouer son hérésie, il devra lui faire comprendre en termes bienveillants qu’il sait déjà tout, même si, en réalité, il ne sait encore rien. Si l’inquisiteur voit que l’accusé ne veut pas avouer, et qu’il n’a pas de témoins, mais s’il lui paraît en même temps que les dépositions contre l’accusé sont vraies, il devra feuilleter les pièces et dire : Il est clair que tu ne dis pas la vérité, en sorte que l’accusé croie qu’il est déjà convaincu. Ou bien l’inquisiteur prendra en mains un papier et lui dira avec une expression d’étonnement : Comment peux-tu nier ? Puis il lira sur le papier et dira : Avoue maintenant puisque tu vois que je sais déjà tout. Si le prisonnier persiste à ne pas avouer sa faute, l’inquisiteur fera semblant de devoir partir en voyage et dira : J’ai pitié de toi et je t’aurais volontiers libéré car ta santé pourrait être éprouvée. Mais il faut que je parte et je ne sais quand je reviendrai. Comme tu ne veux pas avouer, il faut que je te laisse au cachot. Alors le prisonnier consentira peut-être à un aveu. »[1]

On privait complètement l’accusé de toute possibilité d’une défense effective. Il est vrai qu’on lui en accordait quelquefois l’apparence, mais l’avocat qu’on lui donnait n’était pas désigné par lui, mais par l’Inquisition ; ce devait être, d’après le texte même des prescriptions, « un zélateur de la foi ». L’accusé ne pouvait s’entretenir avec son défenseur qu’en présence d’un des inquisiteurs, et la tâche du défenseur se bornait essentiellement à inviter l’accusé à avouer la vérité et à demander d’expier sa faute. D’après un décret du pape Innocent III, tout avocat qui prête son appui à des hérétiques est déclaré  « infâme » et destitué de ses fonctions. Un moyen efficace employé par l’Inquisition contre les accusés qui refusaient d’avouer leur faute était la torture (ou question) qui comprenait la gradation suivante : elle faisait d’abord l’objet d’une menace ; si celle-ci ne suffisait pas à obtenir l’aveu, l’accusé était conduit dans la chambre de la question où on lui montrait les instruments de torture. Puis il était entièrement déshabillé et ligoté. Si cette opération n’aboutissait pas, il était placé sur le chevalet ; on lui demandait à nouveau s’il voulait avouer. S’il persistait dans son refus, on procédait à la dislocation : on attachait un lourd poids au pied du supplicié, on l’enlevait par les mains liées au dos, on le laissait suspendu un moment, puis on le faisait tomber brusquement. En général la torture ne devait aller que jusqu’à la dislocation de tous les membres et sans effusion de sang pour sauver l’apparence que l’Église ne répandait pas le sang. Pour que les cris des torturés ne parvinssent pas au dehors, la torture avait lieu la plupart du temps dans des oubliettes souterraines pratiquées à une grande profondeur. Le séjour dans les prisons de l’Inquisition était lui-même un supplice incessant. Nous ne dirons rien de la malpropreté qui régnait dans ces lieux souterrains. La nourriture était si misérable que le pape Grégoire IX crut devoir inviter les inquisiteurs à ne pas laisser les prisonniers mourir de faim. Il était interdit de brûler de la lumière, en sorte que certains prisonniers passaient des années dans une obscurité complète. La folie et le suicide étaient souvent les conséquences de pareille incarcération.

Les victimes de l’Inquisition qui avouaient leur hérésie ou qui, sans l’avouer, étaient accusés sur la déposition de deux témoins étaient irrévocablement condamnées au supplice, c’est-à-dire à être brûlées sur le bûcher ; vis-à-vis de ceux qui avant le supplice manifestaient du repentir, on usait de douceur en les faisant étrangler auparavant. Mais, ainsi que nous l’avons fait observer, les condamnés étaient remis pour l’exécution du jugement au pouvoir séculier ; celui-ci, sous menace de peines graves, était tenu de suivre les instructions de l’Inquisition. Le tribunal d’Inquisition – ou comme on l’appelait officiellement le Saint-Office – donnait, au nom du Siège apostolique, au pouvoir séculier l’ordre de procéder à l’égard des condamnés conformément aux instructions du tribunal d’Inquisition. Les jugements portés par celui-ci étaient soustraits à toute révision de la part des tribunaux de l’État. Ceux-ci n’étaient que les instruments chargés de l’exécution ; si l’on tient compte de ces rapports, on n’a pas exagéré en disant que l’État était le « bourreau du pape ». À différentes reprises, les papes ont même insisté pour que leurs décrets relatifs à l’Inquisition fussent insérés dans les recueils de lois profanes.

Mais même ceux qui étaient graciés en raison de leur rétractation et de leur abjuration de toute hérésie n’échappaient pas aux plus durs châtiments. Ils rentraient, il est vrai, en grâce auprès de l’Église à cause du repentir qu’ils avaient montré, mais ils étaient très souvent obligés d’expier leur crime d’un emprisonnement très long, voire perpétuel. Ils subissaient fréquemment la confiscation de leurs biens qui était la règle pour les condamnés à mort. Nous citerons seulement parmi beaucoup d’autres un exemple de ces soi-disant « grâces » emprunté aux procès-verbaux de l’Inquisition romaine. On annonce à un accusé d’hérésie qui, après un long interrogatoire, a déclaré qu’il regrettait et abjurait son hérésie, que l’inquisiteur le libère de la censure et des peines ecclésiastiques, et que réconcilié, il est recueilli dans le sein de l’Église romaine, sa mère. Mais il est dit textuellement : « Comme il serait inouï que les offenses à la Majesté de Dieu et à notre sainte mère l’Église demeurassent impunies, nous te condamnons à la prison perpétuelle conformément à nos instructions. Là, tu pourras réfléchir et expier par des larmes l’offense que tu as faite à la Majesté de Dieu, et à notre sainte mère l’Église. Nous ordonnons de plus pour ta pénitence, et afin que tu obtiennes plus sûrement le pardon de tes fautes que, pendant une année, tous les six dimanches, tu récites pieusement à genoux devant le crucifix et l’image de la sainte Vierge Marie qu’on suspendra dans ta cellule, les sept psaumes de la pénitence et les litanies, et que tu jeûnes ces jours-là au pain et à l’eau ».

L’Inquisition ayant été introduite en beaucoup de pays avant le siècle de la Réforme, le pape Paul III, à la suite de l’extension prise par la Réforme, instaura à Rome en 1522 un tribunal suprême d’Inquisition dont tous les autres tribunaux ecclésiastiques devaient dépendre. Il s’appuyait sur l’autorité de saint Pierre. De même que celui-ci s’était élevé contre le premier hérésiarque, Simon le magicien, de même le successeur de Pierre devait de Rome se rendre maître de tous les hérétiques. Six cardinaux, parmi lesquels Caraffa et Toledo, furent nommés commissaires du Siège apostolique et inquisiteurs généraux en-deçà et au-delà des monts. Ils avaient le droit de déléguer, là où ils le jugeaient bon, la même puissance à des ecclésiastiques. Tous sans distinction devaient être soumis à leur tribunal. Ils pouvaient s’en réserve prononcer la peine de mort, mais non faire grâce. Le pape se réservait le droit de grâce. La bulle qui instituait ce tribunal suprême au siège de la papauté lui donne pour mission de poursuivre par tous les moyens les hérétiques, même les plus hauts placés, et d’extirper l’hérésie. Sur les instructions du cardinal Caraffa, on installa aussitôt à Rome un édifice spécial comprenant de dures prisons pourvues de solides serrures et de verrous. Le Saint-Office, ainsi qu’on nomme ce tribunal suprême par analogie à ce qui avait été établi dans divers pays, était tenu de sévir non seulement contre ce qui était suspect de protestantisme, mais contre quiconque trahissait le goût de la nouveauté. Le premier président de ce tribunal romain d’Inquisition, le cardinal Caraffa, étant monté lui-même sur le trône pontifical sous le nom de Paul V, lui conféra d’importants privilèges qui accrurent son importance et étendirent son action. Sous la forme qu’il a encore actuellement, le collège d’Inquisition fut restauré en 1587 par le pape Sixte-Quint ; le pape s’y réserva la préséance. Sa tâche se borne, il est vrai, aujourd’hui à veiller à l’intégrité de la foi et à donner aux évêques les instructions nécessaires pour la répression des novations de toute sorte. Mais, à l’époque de la Réforme et de la Contre-Réforme, l’Inquisition, comme nous le verrons dans les divers chapitres, a été le plus sûr moyen d’éteindre parmi des peuples entiers toute manifestation de l’esprit protestant et de la vie évangélique.

Dans cette œuvre d’extermination, l’ordre des Jésuites a rivalisé de zèle avec l’Inquisition. Peu après sa fondation, cet ordre visait à prendre en main cette institution et à s’en assurer la direction. S’il n’y réussit pas complètement dans les pays où les Dominicains s’étaient emparés des tribunaux d’Inquisition à la faveur de nombreuses décisions papales et en étaient devenus les fermiers généraux, du moins parvint-il à introduire l’Inquisition dans des contrées qui jusqu’ici avaient su s’en défendre. Mais ce n’est pas seulement dans ces pays que l’ordre des Jésuites est devenu l’instigateur et l’instrument le plus puissant de la Contre-Réforme ; dans ceux même où les Dominicains étaient à la tête des tribunaux d’Inquisition, il a pris part à la persécution du protestantisme avec un zèle énergique en dépit de la jalousie et de la haine qui existaient entre lui et les Dominicains. Nous le rencontrerons à chaque pas dans les divers chapitres de cet ouvrage ; il semble donc à propos de faire dès maintenant ici mention de sa fondation et de son activité.

Son fondateur, Ignace de Loyola, était issu d’une ancienne famille de noblesse espagnole ; il était le fils cadet du chevalier Beltram de Loyola et naquit le 31 juillet 1491 au château de ce nom, dans la province basque de Guipúzcoa. Il passe sa jeunesse comme page à la cour de Ferdinand le Catholique. Un esprit chevaleresque, le besoin d’activité, la dévotion aux saints furent de bonne heure les traits dominants de son caractère. Le désir de gloire qui se manifestait particulièrement en lui se nourrit des histoires héroïques et de la légende des saints. De tout temps, la recherche de l’honneur guerrier s’unit en lui à l’esprit religieux du sacrifice. Mutilé par une balle à la défense de la forteresse de Pampelune contre les Français en 1521, sa blessure le jeta pour longtemps sur un lit de douleur. Il fut conduit au château de son frère à Loyola ; c’est là, durant les heures de solitude de sa maladie, que se forma dans son esprit l’image d’une chevalerie spirituelle, riche de renoncements et de sacrifices, mais aussi de victoires et de célébrité et à laquelle il voulait se consacrer. Il choisissait déjà comme le but de son activité et comme mission la conversion des incrédules. Mais il croyait encore à cette époque que son champ d’action devait être parmi les mahométans et les païens. Après sa guérison, il se rendit au cloître de Montferrat, en Arragonie, où il suspendit ses armes à l’hôtel de la Vierge Marie pour se vouer tout entier au service de la Reine du ciel. Selon l’usage des chevaliers, il fit sa veillée d’armes debout ou à genoux devant l’image de sa nouvelle patronne. Échangeant son costume de chevalier contre un pauvre vêtement d’ermite, il alla ensuite au monastère des Dominicains de Manresa pour y mener la vie sévère d’un ascète dans la pénitence, les flagellations répétées quotidiennement, les jeûnes sévères. Il eut à subir des luttes intérieures contre le doute dont il était assailli et qui l’ont fait comparer à Luther. Mais il y avait un abîme entre ses luttes et celles de Luther. Le combat intérieur de celui-ci avait pour cause un profond sentiment du péché et de la damnation qui s’imposait à lui avec une violence écrasante, tandis qu’Ignace était poussé par le vain désir d’imiter glorieusement et de dépasser les saints les plus illustres ; la douleur même que lui faisait éprouver le péché était sans profondeur. Luther triomphait de la contradiction avec l’arme de la parole divine. Ignace s’enivrait de rêveries et de visions. Luther atteignit par ses luttes la certitude de la justification devant Dieu et de la paix en Dieu dans la foi basée inébranlablement sur la parole de Dieu et le mérite du Christ ; l’effort Ignace aboutit à la soumission absolue à l’autorité du Siège apostolique et il trouva la paix dans la justification de sa propre conscience.[2]

Après un pèlerinage qu’il entreprit en Palestine, il essaya d’acquérir, par des études à Barcelone et à Alcala, la formation scientifique qui lui manquait. Mais, à côté de ces études, il initiait les jeunes gens qui se confiaient à lui aux exercices spirituels et il servait aussi de directeur à des femmes. On croit à de l’ironie quand on apprend qu’un Ignace de Loyola se rendit par-là suspect à l’Inquisition et qu’il fut emprisonné par elle dans les plus sombres cachots. L’interrogatoire prouva il est vrai que le soupçon de luthéranisme qu’il avait encouru était injustifié, et il fut remis en liberté. Mais une fois encore, à Salamanque où il s’était rendu après sa libération, il devint suspect à l’Inquisition ; il passa 42 jours au cachot et n’échappa qu’à grand-peine au bûcher. Le discrédit où tombait quiconque avait été arrêté par l’Inquisition le força de quitter sa patrie et de se rendre en France pour y continuer ses études. Là aussi, l’Inquisition ouvrit contre lui une nouvelle enquête à cause du livre sur les Exercices spirituels dont il était l’auteur et il eut encore de la peine à prouver son orthodoxie. Au collège Montaigu, à Paris, il réussit à former autour de lui un cercle de jeunes gens qui se confiaient entièrement à lui et qui plus tard devinrent les premiers membres de l’ordre des Jésuites dont il fut le fondateur. C’était Pierre Le Fèvre, François Xavier Alphonse Salméron, Jacques Laynez, Nicolas Bobadilla, tous espagnols, à l’exception du premier. Le Portugais Rodriguez se joignit à eux. Il les initia aux exercices spirituels qu’il avait imaginés et qui furent l’âme de l’ordre des Jésuites. Il y appliquait à la vie intellectuelle et religieuse les principes des exercices militaires. Ces exercices doivent conduire l’homme à briser avec sa vie de péché et à en commencer une nouvelle, non par l’œuvre morale quotidienne de la pénitence, mais par un dressage méthodique et violent, par une excitation des facultés imaginatives qui va jusqu’à la perception sensible des tourments de l’enfer.

Le 15 août 1534, jour de l’Assomption, le petit groupe formé autour d’Ignace se réunit sur la colline de Montmartre, près de Paris. Là, dans la petite église Sainte-Marie, ils se vouèrent à une sorte de chevalerie spirituelle selon l’esprit de Jésus et de Marie. De même qu’un régiment choisit le nom de son colonel, ils s’appelèrent comme Jésus qu’ils avaient choisi pour guide « la Société de Jésus ». Dès le début, tous leurs efforts tendirent à assurer la domination absolue du pape sur le monde entier. Aussi décidèrent-ils de se mettre entièrement à sa disposition et d’aller où il les enverrait pour triompher de l’incroyance, aussi bien parmi les mahométans et les païens que dans l’Église même. Aux trois vœux monastiques habituels de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, ils en ajoutèrent un quatrième, celui de la soumission absolue au pape. Le jour dont il a été question plus haut doit être considéré comme celui de la fondation de l’ordre des Jésuites bien que celui-ci n’ait pris provisoirement que la forme d’une association d’étudiants.

Après avoir continué pendant un certain temps leurs études, les affiliés se rendirent en 1537 à Venise où ils reçurent la prêtrise. La guerre qui avait éclaté entre la République et les Turcs les empêcha de réaliser leur projet de se rendre à Jérusalem. Au lieu d’entreprendre le voyage, ils se répandirent dans les villes de la République où ils se firent prédicateurs populaires. Ignace découvrit à Venise l’ordre des Théatiens qui s’était donné pour mission de rénover la vie ecclésiastique et de former un clergé capable. Il reconnut que c’était aussi sa voie et celle de ses compagnons. En 1537, il se rendit avec eux à Rome pour demander au pape l’autorisation de fonder le nouvel ordre. Mais ce ne fut qu’après de longues négociations et après avoir écarté de nombreux obstacles qu’il obtint, le 27 septembre 1540, la confirmation de la « Société de Jésus », limitée d’abord à 60 membres. Dès le 14 mars 1543, une nouvelle bulle papale supprimait cette restriction. On procéda à l’élection du général de l’ordre et le choix se porta à l’unanimité sur Ignace. Mais ce ne fut qu’après avoir réuni une seconde fois toutes les voix, et à l’invitation de son confesseur qui le pressait de ne pas résister au Saint-Esprit, qu’il accepta « en qualité de représentant de Dieu dans son ordre » et après avoir reçu l’eucharistie, le vœu d’obéissance de ses subordonnés sous le sceau du serment.

La bulle par laquelle le pape Paul III confirmait l’Ordre n’assigne pas expressément pour mission aux Jésuites de combattre le protestantisme. Il est désigné comme société ayant pour but de confirmer l’âme chrétienne dans la foi, comme milice du Christ pour la propagation de la foi. Mais la réalisation de la toute-puissance du pape que l’Ordre avait en vue devait comprendre la conversion ou l’anéantissement des hérétiques et des incrédules. En fait, les Jésuites s’efforcèrent bientôt de mettre en œuvre dans tous les pays de l’Europe la Contre-Réforme, et ils l’ont toujours revendiquée comme leur plus beau titre de gloire.

Quelques années à peine après sa fondation, l’Ordre faisait sentir partout son influence. La « Société de Jésus » obtint quantité d’avantages et de prérogatives, et se développant rapidement, elle occupa bientôt dans l’Église une place complètement indépendante. L’autorisation de prêcher dans toutes les églises et sur toutes les places publiques donnait aux Jésuites une activité qui s’étendait à toutes les classes de la population. Leur influence s’accrut du fait que, sans égard pour le clergé séculier, ils surent partout utiliser le confessionnal. C’est par ce moyen qu’ils réussirent à pénétrer dans la bonne société et dans les cours princières. Ils ont su exercer sur les masses une action funeste en extériorisant le culte, en lui donnant la forme sensuelle d’une vénération des saints et de Marie. Ils restaurèrent les processions et les pèlerinages, découvrirent de nouvelles formes de prières, s’attachèrent particulièrement à la fondation de confréries ; ils surent par-là donner à leur activité un caractère populaire. La fondation des établissements d’éducation en particulier, l’occupation de chaires aux universités, et l’emprise exercée par là sur la jeunesse adolescente ont puissamment contribué à assurer l’influence de l’Ordre sur les classes cultivées. Parmi les principes que l’ordre des Jésuites inculquait et inculque encore à ses membres, il faut placer en première ligne l’obéissance aveugle que chacun doit observer à l’égard des ordres de son supérieur. Il est obligé de voir en lui Dieu ou le Christ lui-même ; il doit le laisser disposer de ses forces intellectuelles et morales comme d’un bâton ou d’un cadavre. Il doit lui subordonner non seulement sa volonté, mais son intelligence. On exige impitoyablement de tous Jésuites le renoncement à toute opinion propre. « Si l’Église décide qu’une chose qui paraît blanche à nos yeux est noire, nous devons déclarer de suite qu’elle est noire. » Telle est textuellement une des règles des Jésuites. Chacun des membres de l’Ordre devint de la sorte un instrument aveugle et irresponsable dans la main de son supérieur. Ignace voyait dans les Exercices spirituels, où l’essence même du jésuitisme est le plus fortement marquée, le meilleur moyen d’obtenir ce résultat. On n’y appliquait au spirituel le dressage des recrues par le caporal tel qu’il se pratiquait autrefois. Un autre moyen consistait à exiger du Jésuite de rompre tous les liens qui le rattachaient à ses parents, à sa famille, à ses amis, à son pays et à sa patrie, de briser toute relation, de se dépouiller de tous les nobles instincts d’attachement, d’amour, de reconnaissance, de fidélité que Dieu a donnés aux hommes pour se consacrer entièrement à l’Ordre et voir en lui sa patrie et son toit paternel.[3]

Du vivant même de son fondateur, l’ordre des Jésuites fut, comme nous le verrons dans les divers chapitres de cet ouvrage, dans tous les pays où l’Évangile avait été introduit ou qui manifestaient, comme les pays où l’évangile avait été intrfoduit, un mouvement de réforme, l’instrument le plus puissant de la Contre-Réforme. Là où il prenait pied, il tâchait d’extirper la vie évangélique ou de l’étouffer en germe. Lorsqu’Ignace de Loyola mourut, le 31 juillet 1556, l’Ordre comptait déjà plus de 1000 membres et 100 collèges dans les 13 provinces où il était réparti. Son fondateur est inhumé dans l’église du Gesù à Rome sous un hôtel d’une grande magnificence qui lui est dédié. De chaque côté de son cercueil, des groupes en marbre représentent la foi et la religion triomphantes ; à leurs pieds on voit des hérétiques et des livres sur lesquels on peut lire les noms de Luther et de Calvin. (Voir l’illustration page 14).

L’ordre des Jésuites ayant choisi pour principales missions la conversion des hérétiques et leur soumission au pape, il devait inévitablement porter son attention sur l’Allemagne, et, vu l’extension que le protestantisme y avait prise, il ne pouvait manquer de faire de ce pays son principal champ d’activité. Vers le milieu du XIXe siècle, en effet, il n’y avait plus dans toute l’Allemagne de contrée purement catholique. Même dans les pays comme l’Autriche et la Bavière où les princes régnants restaient sévèrement attachés à l’ancienne foi, et dans les contrées qui demeuraient soumises au pouvoir ecclésiastique, il ne manquait pas de nombreux sujets soumis à la Réforme. On n’exagère pas en affirmant que, vers le milieu du XVIe siècle, presque neuf dixièmes de la population de l’Allemagne appartenaient à la Réforme et à la foi évangélique, ou du moins inclinaient vers elle. Aussi, pour prendre pied dans ce pays et s’assurer l’aide nécessaire à la lutte contre le protestantisme en Allemagne, Ignace, aussitôt après la confirmation de l’Ordre par le pape Paul III, fonda à Rome le Collège germanique dont le but était de former des jeunes gens à la prêtrise, d’en faire des missionnaires, des professeurs destinés après leur éducation à être employés en Allemagne au salut des âmes. L’acte de fondation de ce collège lui assigne pour but de conquérir dans toutes les contrées de l’Allemagne d’intrépides confesseurs de la foi qui pourraient être utilisés à découvrir le venin caché de l’hérésie, à vaincre et anéantir par la parole et par les actes les erreurs manifestes.

Il ne se passa pas beaucoup de temps avant que les premiers missionnaires de l’ordre des Jésuites ne parussent sur le sol allemand, d’abord avec réserve et en observateurs silencieux, tels qu’une patrouille envoyée pour sonder le terrain. Au Concile de Trente, les représentants des Jésuites réussirent à nouer les premières relations avec les évêques allemands, et par leur intermédiaire à préparer auprès du roi Ferdinand d’Autriche – plus tard empereur sous le nom de Ferdinand Ier – et auprès du duc de Bavière les voies pour l’établissement de l’Ordre dans ces pays. Cependant, après la fondation de l’Ordre, une dizaine d’années s’écoulèrent encore avant que celui-ci parvint à se fixer à demeure en Allemagne. Le premier fondateur d’établissements jésuites fut Pierre Canisius, né le 8 mai 1521, à Nimègue. Il était issu d’une vieille famille patricienne de cette ville. Son père Canis, dont, à l’exemple des savants de l’époque, il latinisa le nom, avait obtenu à différentes reprises la dignité de bourgmestre qu’il devait à la confiance de ses concitoyens. À l’âge de 14 ans, Pierre Canis entra pour compléter son éducation à l’université de Cologne restée complètement étrangère au mouvement de la réforme humaniste, et qui déclinait d’année en année. Mais le père, qui voulait le faire entrer dans l’église en qualité de juriste, avait choisi précisément pour lui cette école. Le goût du fils pour la théologie mystique et les études spirituelles détruisit les projets paternels, et, en 1520, le jeune homme entra comme moine dans l’ordre des Chartreux. La connaissance qu’il fit à Cologne du jeune Espagnol Alphonse Alvarez fut pour lui d’une importance décisive. À l’instigation de Pierre Le Fèvre, l’un de ses partisans qu’Ignace de Loyola envoya alors en Allemagne, Alvarez fut choisi pour examiner si le terrain de Cologne était propice à l’ordre des Jésuites. Ayant fait par Alvarez la connaissance de Le Fèvre qui déploya à Mayence une activité fort remarquée, Canisius fut gagné à l’ordre des Jésuites où il fut reçu novice le 8 mai 1543. Il ne devint un véritable élève des Jésuites que sous la direction du général de l’Ordre, Ignace, à Rome, où il prononça en 1549 le vœu solennel qui l’attachait pour toujours à la Société. Le coup d’œil pénétrant d’Ignace reconnut que Canisius ne pourrait rendre nulle part plus de service qu’en Allemagne. Il fut donc envoyé d’abord en qualité de professeur d’université à Ingolstadt où ses sermons et ses cours furent bientôt très fréquentés. Cependant, la fondation d’un collège de Jésuites à Ingolstadt ayant rencontré d’abord des difficultés auprès du duc Albrecht de Bavière, Ignace obtint du roi Ferdinand que Canisius fut appelé à Vienne où il alla se fixer en 1552. La confiance du roi ne lui valut pas seulement le titre de prédicateur de la cour, il fut chaudement recommandé par Ferdinand comme évêque de Vienne. Toutefois, le principe strictement observé par le général de l’Ordre et d’après lequel aucun membre de la Société de Jésus ne devait accepter une dignité ecclésiastique s’opposait à cette nomination. Les membres ne devaient pas tomber sous la dépendance d’un étranger, que ce fut celle du pape ou celle d’un gouvernement temporel, et perdre par là le contact avec le général de l’Ordre.

Nommé, le 7 juin 1556, Provincial des Jésuites pour la Haute-Allemagne, Canisius a travaillé infatigablement à la propagation de l’Ordre et au développement de sa puissance, et il est devenu par là l’un des principaux champions de la Contre-Réforme. En sa qualité de Provincial, il réussit à fonder de nombreux établissements jésuites en Allemagne et en Suisse. Dans ce but, il allait sans repos de pays en pays, de ville en ville. La première fondation qu’il parvint à réaliser à Ingolstadt après de nombreuses difficultés fut suivie d’autres établissements : Ratisbonne, Passau, Innsbruck, Munich, Augsbourg, Cologne, Wurtzbourg, Mayence, Trèves et beaucoup d’autres lieux ; chacun d’eux devint un centre de propagande qui avait pour tâche la lutte contre le protestantisme. La destruction du protestantisme en Bavière et en Autriche en particulier doit être attribuée à la puissante influence de Canisius.

Le catéchisme composé par Canisius à l’instigation du roi Ferdinand Ier et paru sous le titre Summa forme le pendant du catéchisme de Luther, et est l’un des principaux monuments de la Contre-Réforme allemande. Canisius sut aussi exercer une action personnelle sur les enfants. Lorsqu’il les avait attirés par toutes sortes de présents : images, croix, chapelet, etc., il les initiait en jouant à la dévotion catholique. Il leur enseignait avant tout les usages religieux, le signe de la croix, l’Ave Maria. Suivant la coutume des Jésuites, il insistait sur ce dressage extérieur et sur l’humilité poussée jusqu’au complet abandon de la volonté. Mais, de même que l’ordre des Jésuites en général, il a choisi comme champ d’activité moins l’enseignement populaire que les écoles supérieures.

Il est incontestable que, jugé du point de vue catholique, Canisius, par la rénovation de l’Église catholique allemande, par les améliorations apportées à l’éducation du clergé, les progrès qu’il fit faire aux sciences théologiques et à l’enseignement, à l’instruction religieuse du peuple, et surtout par le zèle infatigable qu’il apporta à combattre le protestantisme, s’est acquis de grands mérites. Malgré tout, vers la fin de sa vie, il s’est rendu suspect au général de l’Ordre à Rome par les œuvres qu’il écrivit, par sa fidélité à l’Empereur et un reste de patriotisme qu’il avait conservé. En 1569, il fut contraint d’abandonner ses fonctions de Provincial des Jésuites en Allemagne. Il était amer pour lui être réduit à l’impuissance et, malgré ses succès, d’être écarté, encore que sa mise à la retraite fut accompagnée des paroles les plus élogieuses. Il fut envoyé comme prédicateur à Innsbruck où lui manquaient non seulement le temps de travailler, mais surtout une bonne bibliothèque et le stimulant des relations scientifiques. Il passa les dix dernières années de sa vie au collège des Jésuites qu’il avait fondé à Fribourg en Suisse. C’est là qu’il est mort le 21 décembre 1597.[4]

Après ces remarques préliminaires sur les idées fondamentales qui guidèrent l’Église catholique dans ses persécutions contre l’Évangile et les tendances réformatrices ainsi que sur les mesures, les moyens et les instruments de ces persécutions, nous passerons en revue dans les chapitres qui suivent les divers pays où s’est accomplie cette œuvre sanglante.



[1] C. Von Huoensbroech ( ? page 5), La Papauté, Tome 1, p. 79.

[2] Cf. l’étude de D. Rietschel : Martin Luther et Ignace de Loyola.

[3] Histoire illustrée de la Réforme, par D. Rogge. Nouvelle édition. Etablissement pour l’art chrétien Zulauf Leipzig, 1906 (?, page 11), p ; 358 et s.

[4] Les renseignements sur Pierre Canisius sont empruntés à l’œuvre de D. Drews (N°38 des œuvres de la Société d’histoire de la Réforme).

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  • Danielle dit :

    Merci de nous remettre à l’esprit ces choses terribles, ou de nous les faire découvrir, car dans les temps qui viennent, elles pourraient revenir en force. Les moyens de torture sont bien sûr différents, mais le résultat escompté sera le même : détruire tous les chrétiens véritables, et tuer dans l’œuf la moindre velléité de rébellion. Soyons attentifs à toutes ces choses, et gardons les yeux fixés sur notre Seigneur. Il vient bientôt et nous fera tenir bon si nous le considérons comme notre bien le plus précieux. Sa Parole sera toujours efficace pour ceux qui le suivent et veulent le servir de tout cœur.

  • Dites-moi cher Haïm, le titre du livre en question, c’est bien?
    « Les persécutions contre l’évangile », par Bernhard Rogge

    Balbino Katz, oui, vous avez bien lu « Katz » (épisode 2 du chapitre hasard ?!?) en parle sur son blog, j’ai trouvé ce complément intéressant, pour vous aussi, « Lèvesoisien/nes », le saviez-vous? Je cite :

    « Bernhard Rogge vécut un véritable cauchemar en raison de son identité juive. Selon la loi, Rogge aurait dû quitter la marine en raison de son ascendance juive, qualité aggravée aux yeux de ses persécuteurs par le fait qu’il avait épousé une Juive.
    Poussé à bout par les mesquineries et le harcèlement de fonctionnaires nazis comme le Kreisleiter de Eutin, l’officier demanda à l’amiral Raeder d’intercéder en sa faveur auprès de Hitler. Grâce aux démarches de son supérieur, Hitler déclara Rogge deutschblüting ce qui arrêta définitivement les persécutions dont il était victime. Malheureusement, cette décision arrivait trop tard pour sa jeune femme et pour sa belle-mère qui s’étaient suicidées de désespoir.
    Avec son certificat d’aryanité en poche, Rogge reprit le cours de sa carrière au sein de la Kriegsmarine, signant une des plus belles pages de la guerre de course grâce à l’Atlantis, mais aussi en mer Baltique en 1944 et en 1945. »
    [Suite du billet ici►http://bit.ly/1fGFwSF]

  • Samuel dit :

    De HAIM GOEL:

    Valérie, êtes-vous vraiment certaine qu’il s’agit bien du même personnage? Le BERNARD ROGGE de mon livre est Docteur en Théologie et son prénom est Bernard et non BERNHARD. Ceci posé, grâce à vous et aux recherches internet qui découlent de votre message je me rends compte que j’ai acquis le livre pour moins de 10 euros alors qu’il est côté partout autour des 60 euros…Sur place, le brocanteur nous a manifesté une « presque étrange » sympathie empreinte de douceur lors de notre passage, en route pour notre Séder, alors que de loin, le voyant je lui trouvai une physionomie assez rébarbative. Ce fut à tel point que nous envisageons de le revoir pour lui parler du Seigneur, car sa gentillesse soudaine et très appuyée, vraiment sincère et insistante fut interprétée par nous comme une ouverture, mais avec le recul et bien des bizarreries positives de comportement chez cet homme il y a quelque chose de D.ieu derrière tout cela. Nous nageons une fois encore en plein surnaturel gracieux. Selon sa réaction il semblait fort bien connaître la valeur marchande de l’ouvrage. J’en conclus donc que cet homme fut amené à nous faire un véritable cadeau…

    • Votre question m’interpelle:
      Le fait qu’il soit Docteur en Théologie empêche t-il qu’il ait pu faire partie de la marine?
      Dans les résultats « Google recherche », l’orthographe du prénom peut porter à confusion puisque pour le même livre, selon le site, on lit « Bernard » et « Bernhard » (peut-être est-ce de l’Allemand?)…
      En fait, je ne suis jamais « certaine » de rien Haïm, je fais aussi des erreurs.

      Cliquez sur ce lien et voyez: 690 résultats du même auteur…
      https://www.google.fr/search?hl=fr&tbo=p&tbm=bks&q=inauthor:%22Bernhard+Rogge%22

      Et sur celui-là http://www.abebooks.fr/servlet/SearchResults?an=rogge+bernard&n=100090007
      On trouve, par exemple:

      The German Raider Atlantis
      Frank, Wolfgang and Bernard Rogge

      puis

      Les Persécutions Contre l’Évangile
      Rogge Bernard

      Je manque vraiment d’éléments de mon côté pour vous fournir une réponse plus détaillée, plus pertinente:
      des précisions sont-elles indiquées sur votre livre?

  • Samuel dit :

    DE HAIM GOEL

    Valérie, merci de votre collaboration. Oui le prénom Bernard en français s’écrit Bernhard en allemand (je suis né belge en Allemagne et parle allemand). De là vient peut-être une confusion car le livre est une traduction de l’allemand en français ce qui prouve déjà que l’auteur est allemand. Bien, si et quand j’aurai le temps, je vais approfondir. Mais en ce moment je suis noyé dans le travail. Merci encore et si Bernard et Bernhard ne font qu’un et que le soldat et le théologien sont un seul et même homme et qu’en plus l’homme est juif c’est vraiment un cas intéressant!

  • BOUVIER François et Martine dit :

    Qwick boum ….. ça ne serait pas comme « people », par exemple ??

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