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Kabyles solidaires de Sarah Halimi… et d’Israël. La mort atroce de Sarah Halimi, comme jadis l’affaire Dreyfus, permet enfin des émergences d’avis avec leurs conséquences…La lumière s’allume toujours dans les ténèbres, si et quand nous l’allumons…

By 30 avril 2021Le mot du jour
PUBLIÉ PAR JEAN-PIERRE LLEDO LE 30 AVRIL 2021

Source : Tribunejuive

Lors de la Manifestation parisienne au Trocadéro du 25 Avril dernier pour protester contre l’infâme décision d’une Juge française de disculper l’assassin de Sarah Halimi, la présence du drapeau amazigh associé à celui d’Israel, n’est pas passé inaperçu[1]. Beaucoup d’amis m’ont interpellé. Je ne pourrais faire mieux pour satisfaire leur curiosité que leur proposer de lire un article écrit déjà il y a quelques années.

Mais avant, je voudrais attirer l’attention sur le fait que le Pouvoir algérien vient de se livrer à une provocation vis-à-vis de la principale organisation de résistance du peuple kabyle, le MAK, dans le style bien connu de tous les pouvoirs totalitaires, provocation si grossière que même l’AFP a reproduit sa réaction (une fois n’est vraiment pas coutume).

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Voici pour la dépêche :

Algérie: le mouvement kabyle MAK réfute tout projet d’attentat

Paris, France | AFP | lundi 26/04/2021 – 12:17 UTC | 391 words

Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK, indépendantiste) a réfuté lundi tout projet d’attentat en Algérie et mis “au défi” le ministère algérien de la Défense d’apporter la preuve de ses accusations.

“Le ministère algérien de la Défense vient de déraper gravement en publiant un communiqué sur son site officiel dans lequel, sans aucune preuve, il accuse le MAK de préparer des attentats terroristes”, a affirmé le président du MAK, Ferhat Mehenni, dans un communiqué à l’AFP.

Le ministère de la Défense a annoncé dimanche le démantèlement d’une “cellule criminelle” de militants “séparatistes” du MAK, affirmant qu’ils projetaient des attentats contre les marches du mouvement de protestation populaire du Hirak.

A l’appui de ses accusations, il cite les aveux d’un certain H. Nourredine, qu’il présente comme un ex-membre du MAK, révélant l’existence d’un “plan criminel perfide visant à perpétrer ces attentats (..) et à implorer l’intervention étrangère dans les affaires internes du pays”.

“Nous réfutons tout. Cet homme n’est en aucune manière un militant du MAK”, a martelé le porte-parole du mouvement, Aksel Ameziane, joint par l’AFP.

“Nous mettons au défi le ministère algérien de la Défense de donner le nom de ce prétendu +militant du MAK+, sa date et son lieu de naissance”, a renchéri le président du mouvement.

Le MAK est un “mouvement pacifique” qui revendique le “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”, ont souligné ses deux représentants.

Basée (aussi- NDLR) à Paris, cette organisation illégale en Algérie, née dans le sillage du “Printemps kabyle” de 2001, est une des bêtes noires du régime qui l’accuse de visées “séparatistes” et de racisme anti-arabe.

La Kabylie est une région berbérophone du nord-est de l’Algérie, traditionnellement frondeuse vis-à-vis d’un Etat très centralisé. Elle est un des fiefs du Hirak.

A l’approche d’élections législatives anticipées qu’il a convoquées pour le 12 juin, le régime — dont l’armée est le pilier — cherche par tous les moyens, notamment médiatiques, à discréditer le mouvement pro-démocratie, de retour dans la rue depuis la fin février.

Le Hirak est aujourd’hui accusé par le pouvoir d’être infiltré par des activistes du mouvement islamo-conservateur Rachad et des militants du MAK, qui chercheraient à l’entraîner dans la confrontation violente, selon les autorités.

Né en février 2019 du rejet massif d’un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, le Hirak réclame un changement radical du “système” politique en place depuis l’indépendance en 1962.

vl/agr/fz/sst

© 1994-2021 Agence France-Presse

La Longue Marche de la Kabylie vers son Indépendance[2]

Contribution de Jean-Pierre Lledo, cinéaste, essayiste.

Moi qui ait été le témoin durant 30 ans de la lutte du peuple kabyle pour sa liberté, comment pourrais-je dissimuler mon émotion après avoir vu les images de la Marche organisée le 12 janvier dernier, à l’occasion de Yennayer (nouvel An berbère) 2966, à Tizi Ouzou, capitale de cette contrée, et ce à l’appel du MAK (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie)[3]

Et comment ne pas être frappé par la symbolique de  la quasi-simultanéité de cet évènement avec, quelques jours plus tôt, le décès d’Ait Ahmed, un des historiques kabyles du mouvement indépendantiste algérien, qui entra en opposition (armée puis politique) au système dictatorial qui se mit en place dès l’indépendance en 1962.

Ce dirigeant dès le début s’opposa à la nouvelle Constitution algérienne imposée par l’Armée de Boumediene en raison notamment du second article postulant que l’Islam est religion d’Etat, puis au Code de la Nationalité qui en découla, n’accordant automatiquement la nationalité algérienne qu’aux seuls musulmans, alors même que de nombreux  Chrétiens et Juifs s’étaient engagés pour l’indépendance, au côté ou au sein du FLN.

Et c’est de son parti, le FFS (Front des Forces Socialistes), que naquirent différents mouvements culturels puis politiques qui avec le temps s’autonomisèrent mais dont le dénominateur commun est resté la revendication de la reconnaissance de la langue berbère comme langue nationale et officielle et de tous les droits culturels qui en découlent.

Cette cause a en partie triomphé, mais elle est désormais considérée insuffisante pour assurer l’épanouissement du peuple de Kabylie, région balnéaire et montagneuse entre la Méditerranée et le désert, qui reste une zone de sous-développement. Et quelques jours après l’enterrement d’Aït Ahmed, c’est le MAK qui démontrait que la lutte du peuple kabyle avait désormais atteint un point de non-retour : la revendication d’autodétermination devant inéluctablement  mener à l’indépendance. La transmission s’était faite !

Ferhat Mehenni qui dirige actuellement le GPK[4] (Gouvernement Provisoire Kabyle) en exil pour donner à cette cause une audience internationale, est à l’origine de la création du MAK. Il est à lui seul un résumé et un symbole de toutes les luttes menées sous différentes bannières par le peuple et surtout la jeunesse kabyles. Puisqu’au début des années 70, c’est comme chanteur qu’il se fit connaitre, participant à l’éclosion de la nouvelle chanson kabyle, et dans son cas, à l’origine de la chanson à textes politiques. Il alla bien sûr en prison en tant que membre d’une Ligue des droits de l’homme frappée d’illégalité. Et dans les années 80, il soutint de toute sa célébrité le R.A.I.S (Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques), un mouvement citoyen qui s’imposa sans demander ni avoir d’autorisation, et dont l’objet essentiel était d’affronter la censure et la torture.

Ces luttes de la Kabylie furent chèrement payées par des centaines de morts. Ne pouvant atteindre le père, le propre fils de Ferhat Mehenni[5], d’une trentaine d’années, fut d’ailleurs assassiné à Paris, sans doute par un agent de la Sécurité militaire algérienne, comme ce fut le cas en 1987 d’Ali André Mécili, avocat, un autre dirigeant du FFS.

Le MAK et le GPK dont les dirigeants ont longtemps cru en une simple autonomie dans le cadre de l’Algérie, sont arrivés aujourd’hui à la conviction qu’il n’y a plus d’autre solution pour la Kabylie que l’indépendance. Ceux-ci ont indéniablement appris de l’histoire mondiale des mouvements de libération, à commencer par le FLN algérien. Manifestement, ils ont opté pour une lutte pacifique, les luttes armées ayant dépossédé les peuples au profit des hommes en armes. Et c’est un signe de sagesse qui donne idée de la maturité de ce mouvement.

On doit noter aussi parce que ce n’est pas anodin dans le contexte du monde musulman que ces dirigeants, en accord avec leur peuple, s’opposent à toute forme de judéophobie, y compris celle qui se dissimule derrière la lutte contre le sionisme et contre Israël. Sans doute le peuple kabyle, à l’instar d’autres peuples minoritaires dans le monde musulman, notamment le peuple kurde, a perçu instinctivement qu’il y avait une affinité entre sa volonté d’existence indépendante pour préserver personnalité, identité et dignité, et celle du peuple juif.

Je ne résisterai pas à citer deux faits.

Lorsque la gendarmerie nationale algérienne n’hésita pas à tirer à bout portant sur des manifestants kabyles pacifiques tuant plus d’une centaine de jeunes (Années 2001) sans parler de toutes les autres exactions, dont les viols de jeunes hommes, les jeunes se mirent à scander le nom de celui qui avait été la bête noire de toutes les armées arabes du Monde arabe :  ‘’Sharon ! Sharon !’’, soulignant ainsi la lâcheté de ces vils militaires juste aptes à réprimer un peuple sans défense.

Plus récemment, au moment du décès d’Ait Ahmed, des supporters algériens de foot violèrent en différents stades, la minute de silence décrétée démagogiquement par le pouvoir en criant ‘’Palestine chouhada !’’ (Palestine martyre), manière de signifier leur mépris au peuple kabyle assimilé ainsi aux Juifs, puisque malgré la disparition quasi-totale des Juifs d’Algérie avec l’indépendance, ‘’Juif !’’ reste l’insulte préférée comme partout dans le monde musulman. (Il existe sans doute, notamment en Kabylie, de nombreux Juifs marranes, mais seule une Kabylie libre leur permettra de s’affirmer comme tels).

La Kabylie fut prompte à réagir à cette injure : ‘’Israël chouhada !’’ (Israël martyre) !

Tous mes Vœux au peuple kabyle et à ses courageux dirigeants anciens et nouveaux, pour le nouvel an berbère Yennayer 2966 !

Honte à cette intelligentsia algérienne qui, mis à part l’écrivain Boualem Sansal, se fait la caisse de résonnance d’un pouvoir qui trouve légitime le droit à l’indépendance des Sahraouis marocains, mais pas celui des Kabyles !

Honte à ces gauches française et mondiale aux soutiens sélectifs, qui plutôt que soutenir la cause d’un peuple enraciné en sa terre depuis des millénaires, préfèrent faire allégeance au pouvoir algérien, afin qu’il ne puisse être dit que les Arabes peuvent aussi être des colonisateurs ![6]

 17 Janvier 2016

Jean-Pierre Lledo, cinéaste, essayiste

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean Pierre Lledo pour Dreuz.info.

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