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LA BALLADE DE SANS-NOM / Extrait N° 23 : Mon père est resté silencieux, avec sur le visage cet étonnant sourire nerveux qu’il a si souvent au bord des lèvres. C’est ma mère qui a réagi vivement. Je l’entends et surtout la vois encore !

By 17 novembre 2021LECTURE QUOTIDIENNE

Mon père est resté silencieux, avec sur le visage cet étonnant sourire nerveux qu’il a si souvent au bord des lèvres. C’est ma mère qui a réagi vivement. Je l’entends et surtout la vois encore !

                    Elle a crié avec une terrible autorité mêlée d’effroi :

                    « Mais tais-toi donc, tu es fou ! Tu es complètement fou ! »

                    Et à l’adresse de mon père :    

                    « Mais fais-le taire, c’est un fou ! Il est complètement fou, cet enfant » .

                    « Intuitivement, j’ai immédiatement su qu’elle n’en croyait rien. J’ai su, pourtant, à voir ses yeux agrandis, gigantesques, ses lèvres serrées comme les cordons d’une bourse, et ses joues devenues très pâles que j’avais touché un point sensible, qu’elle avait compris quelque chose. A partir de là, j’ai ensuite réalisé deux choses : la première est que dans les moments difficiles, c’était ma mère qui prenait les rênes. J’en ai parlé plus tard au rabbin de notre communauté avec lequel j’avais étudié un magnifique passage de la Thora… la Bible quoi ! Dans la Genèse, aux chapitres un et deux, il est expliqué de façon significative que c’est à l’homme que Dieu confia les premières responsabilités lorsqu’il créa l’humanité et que c’est à l’homme qu’il donna le pouvoir de donner l’identité par le verbe. Alors, pourquoi la plupart des hommes se taisent-ils dans les moments difficiles de la vie quotidienne ? N ’ont-ils rien à dire à leurs enfants, à leurs femmes, aux autres ?

                    La deuxième chose que j’ai comprise est que dans le grand désarroi de la maison  « humanité »,  nous disposons heureusement de signes, d’expériences à proprement parlé spirituelles, qui donnent des repères intimes à qui veut. Ces signes sont apparemment rares, j’en conviens. Mais c’est au fond affaire de perception. Pour moi, c’est toujours là en suspension, comme une espèce de murmure, de doux vrombissement et quelquefois,… ça descend. Comme ça, sans qu’on sache pourquoi. Ca doit-être dans  le bon moment et c’est finalement toujours dans le bon moment ! »

                    Sans-Nom : « Alors,… c’est  comme de la magie, du spiritisme, ton truc ou,… ou quoi? »

                    Dreyfus : «Rien à voir, petite soeur, rien à voir ! Rien à voir avec Harry Potter, Pokémon, Oui-ja, New Age et autre recherche de puissance ou de contact avec le monde des esprits. Ici, ça vient en direct. C’est pas toi qui décide mais c’est toi qui reçoit. Et puis, comment te dire,… c’est beau. C’est entièrement gratuit. Ca arrive comme ça, comme une manne parfaite dans le désert et puis, surtout, tu sais, tu sens que la source est pure. Ca se ballade en fait à des années lumières au-dessus de ta tête, loin. Et soudain, c’est là, rien que pour toi, boum !

                     Alors tu saisis pourquoi je reste Dreyfus l’indépendant ! Je suis perpétuellement dans l’attente de cela, moi. Rien que de cela ! Et puis il y a les anges, dans tout ça. Ils y sont ! Ce qu’ils font, je ne le sais pas encore, mais ils y sont et donc ils y font quelque chose. »

                    Sans Nom :  « En tout cas ta vision des blocs de bétons effondrés, de la boue et du sang mêlés dans un chaos de fin du monde,… Impressionnant ! »

                    Dreyfus : «  Tu ne crois pas si bien dire, Sans Nom. Cette vision m’est revenue en boomerang lorsque le 11 septembre 2001 les deux tours du World Trade Center se sont effondrées à New-York. J’ai su alors que ma vision avait été prophétique et concernait directement cet évènement. »

                    Sans Nom hurlant : « Hein !… »

                    Posky-Fal, songeur : « Mais les anges oui, les anges,… comme ceux de la place St Aldebert. Ceux qui … ? ».           

                    Dreyfus : « …détaxent l’eau blonde sur la tête des foules ».

                    Polsky-Fal, troublé : « Et ça veut dire quoi, ça… Ce texte ? ».

                    Dreyfus : « Tu sais, quand on écrit, il  y a des choses comme ça qui vous traversent l’esprit sans qu’on comprenne nécessairement tout de suite. C’est comme un message venu de là-bas. » Il pointe son doigt vers le haut.  « Il faut saisir cela avec un certain courage, avec humilité et puis comme c’est beau, c’est pas trop difficile à faire, hein ?

                    A  mon avis, ces anges-là, s’ils détaxent, c’est qu’ils rendent à nouveau gratuit quelque chose qui l’était et qu’un petit malin a rendu payant. L’eau blonde, c’est ce qui était gratuit. Ca doit symboliser le contact avec celui  qui est à des années lumières au-dessus de nos têtes. Et comment t’expliquer, avec quelque chose qui serait un immense réservoir de bonté qui se veut proche quelque part là-bas ». Il pointe à nouveau son doigt vers le haut.

                    Sans-Nom :  « Arrêtez vous deux ! Ca me donne le frisson. Pendant que vous parliez, sur le toit de la maison là, là …  de l’autre côté. Au coin du toit, j’ai vu… »

                    Polsky-Fal : «  Tu as vu quoi ? »

                    Sans-Nom : « J’ai vu,… Il y avait un… un ange. »  

                    Polsky et Dreyfus :…

                    Sans-Nom : « Blanc, si blanc. Et toute cette lumière… »

                    Polsky-Fal : « Arrête, où ça, mais où ? »

                    Dreyfus sourit et pleure.

                    Dreyfus : « Alors vous me croyez maintenant?

                    Celui qui dispense ces choses n’est pas un pauvre, c’est sûr !  Et certainement pas un pauvre petit  magicien  de trois sous, ni un lecteur d’horoscopes. Ces signes-là sont à la disposition de chacun d’entre nous, j’en suis convaincu. Le tout est de savoir si nous en  voulons vraiment. Vous connaissez ce proverbe :  « Là où est ton coeur est aussi ton trésor! » Ca rejoint un peu ce que je disais tout à l’heure avec le désespoir. Au fond, tous les hommes le sont, désespérés. Mais la question est de savoir s’ils veulent le voir en face et s’ils veulent épuiser la question honnêtement, jusqu’au bout. J’ai constaté que la plupart des hommes ne veulent rien en savoir. Ils se construisent toutes sortes de radeaux qui seront finalement…  de la Méduse et des banquises, pour fuir. Tout est prétexte à fuite chez la plupart, presque tout. Alors on cherche un exutoire à cette chose désagréable qui pousse en dedans, toujours plus : l’angoisse. Et c’est la drogue, le sexe, l’alcool, le business, n’importe quoi ! Il y a même des exutoires pour les lâches. L’exploitation vaniteuse de ses talents, la recherche de position sociale, tout fait bois au foyer. A la foire aux exutoires, le choix est raffiné, varié à souhait. Si vous saviez !

                    Même la religion, et surtout la religion dans certains cas. Essayez donc de parler de Dieu avec la plupart des hommes religieux. Vous aurez vite réalisé qu’ils n’ont rien à vous dire. Car rares seront ceux qui auront eu une expérience personnelle avec ce Dieu dont ils parlent. Et pourtant ils lisent des livres qui parlent de Dieu et des livres où Dieu parle, paraît-il. A l’extrême opposé, essayez de parler de Dieu avec des gens non-religieux. Ces gens là  ne pourraient-ils pas parler de Dieu ? Moi, je suis persuadé que si Dieu existe, il n’a pas de religion. Alors, les gens non-religieux ont tout à fait le droit de parler de Dieu. Et qu’est ce qu’ils vous disent la plupart du temps? Ils vous disent qu’ils ne croient pas en Dieu, en manifestant presque automatiquement une grande irritation à peine voilée. Pourquoi sont-ils en colère contre quelque chose ou quelqu’un auquel ils ne croient pas ? Comment peut-on éprouver des sentiments à l’égard de quelqu’un s’il n’existe pas ?

 

Polsky-Fal : « Et toi, Dreyfus, qu’est-ce que tu crois ? »

                     Dreyfus : « Je crois qu’il y a des signes qui jalonnent mon existence. Je crois qu’il y a ces signes dans la vie de chacun, comme je vous l’ai déjà expliqué et je ne veux surtout pas rater l’occasion d’y voir un jour plus clair  dans ce qui ne m’est pas accessible aujourd’hui. »

                     « Dis-moi, Dreyfus », questionne Sans-Nom. « Tu nous as parlé tout à l’heure d’une autre expérience. Ce ne serait pas encore en rapport avec les anges ? Tu sais, ce genre de choses finalement, moi, ça me travaille. »

Dreyfus : « Ca t’intéresse, Sans-Nom ? Alors, accroche-toi et écoute, parce que ce que j’ai à raconter  est spécial.

Il y a quelques mois d’ici, j’ai visité un  ami. Nous parlons souvent poésie ensemble. Lui a déjà publié. Il est à peu près de dix ans mon aîné. C’est un chic type et tout et tout. Alors, ce jour-là, sans trop réfléchir, j’ai utilisé mon scalpel de désespéré lucide pour trouver en lui la fêlure. Nous parlions et quand j’ai réalisé que j’avais touché en lui un point ultrasensible, j’ai compris que je m’étais aventuré trop loin. Dans son silence, j’ai perçu une douleur poignante, sévère et l’espace d’un instant, ses grands yeux bleus m’ont regardé, pleins de détresse. Puis il a souri comme il a pu et nous avons continué à parler poésie comme si de rien n’était.

                    Quelques instants après, je faisais de l’auto-stop au bord de l’autoroute et j’ai ressenti, comme accolée à mon côté droit, une présence. Et cette présence s’est dirigée ensuite vers ma tempe droite. Vers ma tête. C’était tellement subit. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. C’était même quelque chose de bon. De sévère mais… de bon. Alors, dans mon esprit, s’est déroulé un film. Une fois encore, hé oui,  Sans-Nom ! Je me voyais marcher tout au long et tout au bord d’une immense falaise comme il y en a à Etretat, en Normandie ou du côté de Douvres chez les Anglais. Une voix intérieure s’est fait entendre ainsi : « Si tu continues ce genre de pratique cruelle, ta vie sera brisée nette ». Je me voyais chuter du haut d’une de ces  falaises. Les reproches qui m’étaient faits par cette voix concernaient ce qui venait de se passer avec mon ami et ce, bien que je n’aie pas tout à fait réalisé le mal que j’avais fait. »

Polsky-Fal, un rien goguenard et sceptique : « Alors ça encore, c’était un ange? Ton ange gardien, peut-être ? » 

Dreyfus : « Te moque pas Polsky, ne te moque pas ! Ne fais pas l’enfant en jouant au dur. Mon ange gardien ? Qui sait ? En tout cas, de cette voix émanait quelque chose d’une grande autorité et d’une profonde intelligence. Quelqu’un m’avait révélé à quel point je pouvais être méchant, voire cruel sans même le réaliser. Et ce jour-là, Dreyfus a grandi. J’étais au fond soulagé que quelqu’un m’explique un peu les choses. Quelqu’un avait marché à côté de moi. J’ai immédiatement abandonné la déplorable faculté que j’avais assez souvent de cerner et de dévoiler le secret, la fêlure des âmes. Quelques années auparavant la voix m’avait débarrassé d’une autre tendance fâcheuse… »

Sans-Nom : « Mais,… ça ne nous dit toujours pas vraiment pourquoi tu es un marié célibataire ».

Dreyfus : « Oh, l’indiscrète ! J’en ai dit assez, non ? T’aurais pas un peu besoin de ton ange à toi, là ? Hum ! »

Sans-Nom, rosissante mais persévérant du regard avec l’effronterie d’avance pardonnée aux très jeunes filles : « Dreyfus ?… »

Dreyfus, bon prince : «  Bon, je vous expliquerai cela une autre fois. Sachez seulement que si je ne vis pas avec elle aujourd’hui, c’est de ma faute. Pourtant, notre rencontre et notre mariage furent aussi le fruit d’un signe et d’une intervention spectaculaire, mais mal lue… Nous n’avons simplement pas  été capables de gérer cela. Alors, nous nous sommes séparés… »

                  Sans-Nom : « Quoi ? encore des signes surnaturels ! Y a pas à dire, Dreyfus, tu es vraiment l’homme qui marche sur trois pattes, toi ! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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