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LA BALLADE DE SANS-NOM / extrait N°17 : La Saragaminskaia:  « Mais non, rien à voir. J’vous dis simplement que le Kaiser, le Parrain, il était vraiment bizarre pendant la projection. Spécialement quand la fille apparaissait sur l’écran. Comment elle s’appelle, encore… la fille ? » « Yvonne de Galais », répond Andalouz Gold, épelant lentement, avec respect et cérémonie.

By 9 novembre 2021LECTURE QUOTIDIENNE

La Saragaminskaia :  « Mais non, rien à voir. J’vous dis simplement que le Kaiser, le Parrain, il était vraiment bizarre pendant la projection. Spécialement quand la fille apparaissait sur l’écran. Comment elle s’appelle, encore… la fille ? »

« Yvonne de Galais », répond Andalouz Gold, épelant lentement, avec respect et cérémonie.

 

La Saragaminskaia : « Et aussi, quand l’autre, le Grand Maulnes apparaissait, il semblait bizarre le Kaiser. A la fin, il n’en pouvait plus. La fille si jolie dans le décor féérique de la fête au château. Et puis le Grand Maulnes, enfin l’acteur…, ce genre de mec comme on n’en fait plus, noble, indépendant, responsable, et puis… beau par-dessus le marché, large de face, la puissance quoi… Mieux que Ben-Hur, le mec! C’est dire. Il vous en voulait un peu aussi, à vous les Jovens, d’avoir apporté quelque chose d’aussi joli,… poétique,  et,… et,… d’aussi doux, quoi ! C’est un film venu d’une autre planète, ça ! Vous pouvez pas comprendre ? C’était trop beau, trop… ! Lui, le Kaiser, il a craqué. Voilà,… voilà pourquoi ! J’étais assise à côté de lui pendant la projection,…je l’aimais bien moi, et il lui a pris une crise, comme aux époques où il disparaissait et réapparaissait subitement. Soudain, il est devenu raide et  tout pâle. J’ai cru qu’il allait cracher sur les fleurs du parc ou hurler sur les chimpanzés et les crocos au zoo, quand il s’est levé et qu’il est parti…Comme y faisait parfois dans ces moments de crise. Faut réaliser quoi,… enfin ! Il allait mal j’vous dis. Il allait très mal. Rappelez-vous, il y a trois semaines, le gars qui a fracassé à coups de masses le beau visage de  la femme en marbre,… enfin le chose, le médaillon, juste à droite à la sortie de l’université. Même à la télévision  on en a parlé. Et bien ça, c’était lui. Je le  revois comme j’vous vois, à la soirée des Boudga-Tar, le nouveau club des Hongrois  de la zone T. « Je l’ai écrabouillée, cette putain de marbre. Je l’ai écrabouillée comme ça ! » Et il montrait comment : avec deux marteaux en même temps. « Je l’ai aplatie parce qu’elle était arrogante à force d’être toujours si parfaitement belle » qu’il disait.  « Et puis son sourire, toujours son sourire. C’est de l’arnaque » qu’il disait. « C’est de l’arnaque. Ca n’existe pas des femmes qui sourient comme ça. Ce sourire c’est une manière de vous dire qu’elle a toujours raison et qu’elle se fout de vous ! Marre ! C’est comme ma mère. Toujours raison ! Un vrai rat de caserne. Elle  décide  tout de A à Z dans ma vie. Dans ma vie ! Dingue ! Et maintenant, qu’est-ce que j’suis ? J’suis  rien, j’suis  personne. Et j’vais où ? Hein,  où j’vais ? Et vous, vous tous, hein ? Quoi ? Parce que vous, vous le savez, où vous allez ?».  Punaise, dans le ton il ressemblait presque à, comment déjà ? Ah oui à l’acteur,… Gérard Depardieu. A ce moment-là il pleurait. Sans blague, il chialait sec. Il n’y avait personne qui aurait pu faire quelque chose. Une drôle de pensée m’a même traversé l’esprit.  J’aurais aimé que son père soit là, qu’il vienne, même pour lui en coller une… Qu’il vienne quoi,… vous voyez. En plus, il avait bu, le Parrain… Alors, voilà ! »

 

 

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