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LA BALLADE DE SANS-NOM / Extrait N° 25 : Dreyfus, quant à lui, a tenté de partager sa compréhension des choses spirituelles, ses visions et ses expériences angéliques. Mais le moine, irrité, fâché même et probablement  jaloux, l’a interrompu par ces mots…

By 19 novembre 2021LECTURE QUOTIDIENNE

Dreyfus, quant à lui, a tenté de partager sa compréhension des choses spirituelles, ses visions et ses expériences angéliques. Mais le moine, irrité, fâché même et probablement  jaloux, l’a interrompu par ces mots :

 

 « Allons, allons, mon petit, n’exagère pas avec ces choses. Tutututut, les anges, les anges… Tututut, que sais-tu des anges, toi ? Pfft !  Nos peintres qui les reproduisent depuis des siècles sur leurs icônes ont eu le temps d’y réfléchir eux. Et encore, ils n’en disent pas tellement grand chose. Le sujet est si profond, si… si vaste ! Mais toi que peux-tu en dire? Et puis, moi-même, qu’est-ce que j’en connais ? Qui a jamais vu des anges ? Seules certaines sectes de chrétiens extrémistes parlent de ces choses, ainsi que les juifs parfois. Mais ce sont des gens dangereux, des exaltés. Il faut les fuir, les combattre même, comme on a combattu les protestants, jadis. Sans intérêt, tout cela, sans intérêt. Tenez, je vous offre à chacun une petite vierge phosphorescente. J’en ai tout un stock. Offerte par l’abbé Konfor de… , d’où déjà ? Oh ma mémoire ! D’où déjà ? Bref, confiez-vous à elle ! Elle est notre mère à tous. Et puis, elle brille la nuit,… voyez-vous ! Allons !… Ah oui, Konfor de l’Abbaye Notre-Dame des douleurs de… , d’où déjà, d’où déjà ? Oh ma mémoire ! Elle brille dans le noir. Elle brille, hé, hé ! Ca rassure, posé sur la table de nuit. Allons,… allez et à bientôt ! »

 

Les trois jeunes gens ont clairement saisi qu’il existe un lien entre la personnalité de la patronne du « carré en rond » et les convictions très matriarcales de l’ermite. Et ceci expliquant cela, ils peuvent à présent comprendre par quel étrange lien ces deux personnages s’associent  pour des conférences, des séminaires, des activités ponctuelles.

Sans-Nom : « Mais c’est un vrai couple ces deux-là !  Reste à savoir ce qu’elle représente pour lui et lui pour elle. Tout au fond, elle doit faire la maman et lui l’enfant gâté, chiche ! »

Polsky-Fal hurlant de rire :  « Oui, c’est gros mais il doit y avoir de cela. Elle brille la nuit et ça rassure. Hé, vous l’avez gardée votre petite statue phosphorescente ? »

Sourire des trois comparses.

« Vous avez vu sa banquise à lui ? Non mais, vous avez vu » s’est exclamé Dreyfus véhément sur le chemin du retour. « C’est Maman ! Tout au fond, à travers son culte à Marie, il ne fait que prolonger un attachement maladif à sa propre mère. Et une banquise de plus ! Croyez-moi, ce genre de banquise, ça dérive longtemps, et loin !  Dur ! Et puis, il est  même pas en accord avec sa bible, le moine ! Il y est interdit, dans la Bible,  de parler aux morts et donc de les prier. Ces sombres photos de jeunes femmes décédées, vous vous rappelez ?  La Thora », continue-t-il, indigné, « la Thora, vous voyez, le livre avec les dix commandements… chez nous. Il est repris intégralement dans la bible des chrétiens, non ? Le deuxième commandement n’interdit-il pas formellement les représentations de choses spirituelles par des statues, icônes, etc ? »

Polsky-Fal : « Une fois, mon beauf, le paratonnerre, histoire de faire un peu le malin, il est allé à son église catholique avec une bible pour comparer le texte lors de la lecture. »

Sans-Nom : « Et alors ? »

Polsky-Fal : « Et alors ? Ce jour-là, ils lisaient justement les dix commandements. Ils en ont lu neuf. La foule n’a pas fait la différence, neuf ou dix ! Y avait pas un petit « Jérôme » dans un coin pour compter, hein ? C’est le deuxième, celui justement qui interdit les images taillées qui a été… oublié ! ». Mon beauf, il était très nerveux après. Il comprenait pas ou faisait semblant. Il disait: « Bon, faut rester humble dans tout ça. Faut rester humble!’ Et il baissait la tête. »

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