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Les Etats Unis, la France, l’Allemagne déclarent leur faiblesse à Poutine

By 10 février 2015Lève-toi !

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Guy Millière – La situation en Ukraine est complexe. Une large partie du pays, à l’Est, est russophone, de culture russe, et se perçoit comme plus proche de la Russie. Une autre partie du pays, à l’Ouest, est ukrainophone et se perçoit plus proche du monde occidental.

Au temps où l’Union Soviétique existait, les deux parties du pays se trouvaient régies par la même dictature totalitaire. Depuis la chute de l’Union Soviétique, le pays s’est peu à peu émancipé et a pris lentement ses distances avec la tutelle russe. Vladimir Poutine n’a pas admis cette volonté d’émancipation, les populations russophones se sont montrées réticentes par rapport à celle-ci. La Révolution orange de 2004 a conduit à une avancée du camp de l’émancipation. Le soulèvement du Maïdan Nejalejnosti en novembre 2013 a conduit à une avancée ultérieure. Vladimir Poutine a réagi comme on pouvait s’attendre à ce qu’il réagisse, en annexant la Crimée, et en menant une annexion rampante de la partie russophone du pays. Cette annexion rampante se poursuit.

Ce qui est grave en l’affaire est que les Etats Unis de l’administration Obama n’ont pas anticipé la réaction de Poutine, et que les pays de l’Union Européenne ne l’ont pas anticipée non plus : la Russie n’a avancé que parce que les Etats Unis et l’Union Européenne lui ont donné l’opportunité d’avancer.

Ce qui est grave est que l’Ukraine s’est rapprochée de l’OTAN, sans en être encore pleinement membre, et a reçu des assurances de protection de l’OTAN en échange de l’abandon de son stock d’armes nucléaires : le rapprochement avec l’OTAN est devenu un fiasco très grave qui détériore la crédibilité résiduelle de l’OTAN et de son rôle, l’abandon du stock d’armes nucléaires de l’Ukraine est lui-même devenu un fiasco très grave qui ne peut que ne pas inciter le moindre pays possédant l’arme nucléaire à se dénucléariser.

C’est là une débâcle supplémentaire pour l’administration Obama, et les vagues promesses de réarmer l’Ukraine pour qu’elle se défende qui circulent à Washington sont désormais dérisoires et trop tardives : c’est avant, bien avant, qu’il fallait réarmer l’Ukraine.

Ce qui est grave est que l’Union Européenne a négocié avec l’Ukraine des accords de rapprochement et de partenariat économique sans avoir jamais eu les moyens diplomatiques et militaires d’assumer ce rapprochement et ce partenariat.

C’est là une débâcle pour l’Union Européenne aussi, qui apparaît une fois de plus comme ce qu’elle est : impuissante et inconsistante.

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Le voyage effectué par François Hollande et Angela Merkel à Kiev, puis Moscou, était emblématique de l’impuissance et de l’inconsistance européennes et n’a servi à rien, sinon à montrer à Vladimir Poutine qu’il avait toutes les cartes en main.

Les propos de John Kerry disant que « le choix des Etats Unis était une solution pacifique, et que la Russie devait annoncer ses choix » étaient ridicules. La Russie a annoncé ses choix par ses actes, et ils ne sont pas ceux d’une solution pacifique.

La conférence tenue à Munich, dimanche 8 février, a ressemblé à un lointain écho d’une autre conférence, elle aussi tenue à Munich, en 1938, et qui est devenue un symbole de la pusillanimité des démocraties. Sergei Lavrov a tenu à Munich un discours de type soviétique qui a fait dire à Phillip Hammond, ministre britannique des affaires étrangères que la Russie se conduit de façon « tyrannique ». Sergei Lavrov n’a pas eu l’air effrayé.

Une rencontre aura lieu à Minsk, mercredi 11 : elle sera un simulacre. Poutine imposera ses conditions. Porochenko, le Président ukrainien, devra accepter les conditions. Merkel et Hollande diront avoir pesé, mais n’auront aucunement pesé. On parlera de « large autonomie » pour les régions que la Russie tient d’ores et déjà, et d’une zone « démilitarisée » que la Russie militarisera si telle est son intention.

Ce qui se passe est observé de près par la Pologne et les pays baltes : on y voit que Poutine peut agir par la force et reconstituer le glacis soviétique plutôt que d’entrer dans une logique de partenariat paisible avec le monde occidental, et qu’il n’y a personne pour arrêter Poutine.

Ce qui se passe est observé de près aussi, outre les pays qui songeraient à se dénucléariser contre de vagues promesses, par les pays qui cherchent à se doter de l’arme nucléaire, mais aussi par les pays dont les dirigeants raisonnent comme Vladimir Poutine.

Chacun sait, sauf les commentateurs attitrés, qu’il n’y aura pas de guerre plus large en Ukraine, car la guerre a eu lieu, et la Russie l’a gagnée. Chacun sait que le gouvernement ukrainien sait qu’il a perdu. Chacun sait que, même si les Etats Unis se montraient plus fermes (pure hypothèse d’école sous Obama), les Européens choisiraient l’apaisement, et que les propos grandiloquents de Hollande ou Fabius ne sont que des propos grandiloquents. Chacun sait que les sanctions économiques agitées devant Poutine ne le feront pas plier, même si la Russie en souffre, et que l’Allemagne ne veut que très modérément des sanctions économiques contre la Russie, qui lui fournit une bonne part de l’énergie dont elle a besoin.

Les Etats Unis, la France, l’Allemagne, l’Union Européenne, viennent de déclarer leur faiblesse à Poutine et au reste du monde.

C’est un moment triste pour la liberté et pour les valeurs de la civilisation occidentale.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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