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Les Juifs ??? Mais ça n’existe pas voyons…/ Dreuz

Alain Rubin
2 juin 2018

L’avant-dernier week-end a vu Facebook se transformer en véritable champ de bataille, en annexe de la frontière sud d’Israël. Un site a lancé un sondage : avec qui êtes-vous ? Qui a raison ? Et pour bien marquer les esprits, les initiateurs ont placé leur « sondage » sous les auspices des drapeaux d’Israël et du mouvement dit palestinien.

Je dois dire que j’en ai pris pour mon grade : « connard », « sionard », « ultra-sioniste », « fachosioniste » et que sais-je encore.

Quand je suis venu participer à ce que je croyais être une discussion entre gens voulant savoir et comprendre, j’ai tout d’abord envoyé deux documents :

  1. le drapeau de la Palestine mandataire (c’était le drapeau d’Israël, mais au lieu que les bandes -bleue et blanche- soient horizontales elles étaient alors verticales, toujours avec le moguen David (le bouclier de David) au centre de l’étendard.
  2. un billet de banque circulant en Palestine mandataire : on voyait sans conteste qu’il était libellé en hébreu et pas en arabe.

J’ai donc posé une ou deux questions : comment se fait-il qu’un pays et un état arabe ait eu, avant 1948 et l’indépendance du Ichouv, une monnaie libellée en hébreu et non en arabe et un drapeau qui n’est rien d’autre que celui d’Israël. En d’autres termes, Israël n’était, qu’on le veuille ou non, que la continuité de la Palestine mandataire, nom donné depuis 1922 à tout le territoire qualifié par le SDN de « Foyer national juif ».

J’ai ensuite, devant la levée de sabres, rappelé ce fait -manifestement ignoré, non seulement des non-arabes et non-musulmans crachant de toutes sortes de façons leur haine du Juif « volant une terre arabe » pour le compte d’une entreprise européenne colonialiste- : le drapeau opposé à celui d’Israël, dans le sondage, n’était palestinien que depuis 1967. A l’origine, ce drapeau -qui est aussi celui de la Jordanie où vit une population majoritairement « palestinienne »- est celui de la révolte arabe contre le califat ottoman.

Ce drapeau, c’est l’étendard de l’Emir Fayçal, Charif de la Mecque, initiateur de la révolte arabe contre le califat ottoman.

Je rappelais, à ce point de l’échauffourée initiée par l’organisme « sondeur », qu’en 1916, à Paris, Fayçal Charif de la Mecque avait rencontré Chaïm Weizman et qu’ils avaient conclu entre eux un accord : les deux drapeaux n’étaient donc pas opposés, mais complémentaires.

 

 

Que n’avais-je pas dit là ?

J’ai eu droit à toutes sortes de remarques, toujours des épithètes, beaucoup de mépris, mais aucun fait.

On m’opposa :

« Avant Weizman et Le Charif de la Mecque », « avant leur accord de 1916 » acceptant la résurrection politique de la nation juive aux côtés des Arabes unifiés dans un grand royaume indépendant, « il y avait quoi » ?

J’ai rappelé ce fait, que je cite souvent : les statistiques ottomanes de 1903 établissent que Jérusalem est une ville avec une grosse majorité de Juifs, à savoir :

  • 7700 musulmans (arabes, arabisés, non-arabes et non-arabisés, musulmans venus du Soudan, d’Afrique du nord, du Caucase)
  • 42000 Juifs

On m’a encore envoyé des bordées d’injures ou des… « et avant 1903 ? ».

J’ai donc rappelé quelques chiffres plus anciens, pour Gaza en particulier vu que toute cette empoignade -initiée par un média, pour compter les pour et les contres Israël- partait de Gaza et des manifestations qui y sont organisées par le Hamas.

J’ai redonné les chiffres fournis par le géographe néerlandais Relandi, dans son Palestinae.

Relandi fournit des chiffres des populations de l’ancienne Judée -appelée Palestinae après le révolte de 135 de Bar Kochba- pour les années précédant 1695, date de publication de sa relation de voyage.

Pour Jérusalem, Relandi avait compté cinq mille habitants, des Juifs et cinq cents non-juifs, pour l’essentiel des Bédouins travailleurs saisonniers.

 

Et pour Gaza ?

Avec toute cette affaire, c’est plus significatif encore, me semblait et me semble-t-il. En effet, Relandi rencontrera à Gaza cinq cents habitants, des Juifs et quelques rares autres populations, ethniquement diverses et toutes chrétiennes.

Face à l’incrédulité de mes objecteurs ne m’injuriant pas, je rappelais cet autre fait historique : Gaza était, à l’époque du voyage de Relandi, le lieu où vivait le « prophète » de Shabbtaï Tsvi, Nathan de Gaza. Cette grosse bourgade était alors un centre de la kabbale lourianique (1), un site de réflexion juive ésotérique.

Je n’inventais rien.

 

Mais là, à ce stade de la « discussion », sont sorties les grosses batteries :

  • les Juifs n’existent pas.
  • les Juifs ne sont pas une nation ni même un peuple.

Les Juifs, ce sont des européens se prenant pour des Hébreux ou des convertis descendants de populations turques venus des steppes d’Asie centrale, les Kazars, tous des gens qui ont eu la mauvaise et injustifiable croyance -que SDN et ONU ont eu la fâcheuse idée de légitimer, d’ériger en nation alors qu’il ne sont ni une nation, ni même un peuple.

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On m’a sorti l’atout maître : Szlomo Sand !

Dans cette affaire, je me retrouvais comme l’Athénien à la bataille des Thermopyles, face et seul contre tous.

J’avoue, il y a de quoi s’inquiéter : le temps des massacres n’est pas loin.

J’ai fait alors observer à ceux qui m’accusaient d’être un Kazar, « faux Juif » et « voleur de terre arabe », que j’étais comme de nombreux aszkénazim : un descendant de Sefaradim qui, eux-mêmes n’étaient pas des Berbères arrivés d’Afrique du nord avec Tarik mais des descendants d’Hébreux venus fonder Carthage avec les Phéniciens de Tyr, proches voisins et associés des Hébreux du temps du roi Salomon.

Herzl, lui aussi, en dépit de son nom, est issu de cette population dont la venue en terre ibérique remonte au roi Salomon puis à ceux qui de Carthage s’en iront sur la péninsule fonder des colonies hébréo-puniques, puis se répandront en Europe et dans l’aire musulmane ottomane après l’expulsion de 1492.

J’indiquais aussi que j’étais un curieux Kazar puisqu’un mien ancêtre Rubin (s’écrivant probablement Rûbîn, -comme al nabi Rûbîn-, à partir de l’hébreu Reuven arabisé puis translitéré en caractères latins, et enfin devenu Rubin) sorti du Portugal après les persécutions consécutives à l’expulsion d’Espagne s’installait en 1599 en Belgique ; en 1720, ses descendants quittaient la Belgique, les uns pour la Pologne où ils devinrent les Rubin de Tomaszov, les autres gagnant le Brésil où la nouvelle rencontre avec l’inquisition les déterminera à préférer aller vivre en Argentine et en Uruguay où on retrouve aujourd’hui leurs traces et leurs descendance.

Bref, je ne voyais pas du tout comment je pouvais répondre aux critères de la « vérité historique » de « l’historien » staliniste Szlomo Sand.

 

Si j’y reviens ici aujourd’hui, c’est pour ceux qui pensent, c’est pour ceux qui sont de bonne foi, ce n’est pas pour ceux qui fourbissent les sabres et les kalachnikov.

J’écris pour tous ceux qui se demandent sincèrement : mais en fin de compte, les Juifs, c’est quoi ? Est-ce qu’ils ont une raison légitime de s’accrocher à la terre qu’ils nomment terre d’Israël ?

Je voudrai citer ici un témoin. Il s’agit d’Ibn Sa’id, un élève d’Ibn Hazm.

Ibn Sa’id est un homme témoin de cette trop brève période au cours de laquelle, Juifs et Arabes musulmans d’Andalousie se fréquenteront, dialogueront, comme des égaux, voir polémiqueront presque librement.

Ecoutons-le. Il écrit en 1060, pas en 1960 ou en 1880 ou 1860 époque selon laquelle, pour Szlomo Sand et tutti quanti, on a « inventé le peuple juif » pour nuire aux Arabes.

Ibn Sa’id écrit en 1060 :

« (…) La nation juive, à l’exclusion de toutes les autres nations, est la maison du prophétisme et la source de l’apostolat (…). Cette nation vivait en Palestine. C’est dans ce pays que vivait leur premier et leur dernier roi, jusqu’à ce qu’ils soient bannis par l’empereur romain Titus qui détruisit leur royaume et les dispersa dans toutes les directions, en sorte qu’il n’est pas un endroit du monde habité où l’on ne trouve des Juifs, qu’il s’agisse de l’est ou de l’ouest, du nord ou du midi (…).

Sa’id Al-Andalousi, livre des catégories des nations.

On peut trouver cet ouvrage chez l’éditeur Blachère, Paris 1935.

Manifestement, l’ouvrage de référence – de l’icône du stalinisme et du pro-djihadisme unifiés pour chercher à recommencer l’œuvre de Titus- « Comment fut inventé le peuple juif », présente de graves lacunes :

  • d’une part il ignore qu’une bonne partie de ceux que l’on appelle « Ashkénazes », sont descendants de Juifs expulsés d’Espagne et Portugal
  • d’autre part, il ne sait pas non plus grand-chose des Sefaradim ; il n’a pas consulté, pour son travail « universitaire », ces auteurs Arabes de l’époque dont le point de vue méritait pour le moins qu’on s’y arrête.

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J’en arrêterai là, pour aujourd’hui

Enfin, presque, je rajouterai ceci, pour ceux de bonne foi qui croiraient encore que Szlomo Sand n’est pas un idéologue, un personnage pas très pittoresque détestant sa famille, mais un savant et rien d’autre.

Sand dit qu’il faut attendre le Sépharade Hertzl pour que l’on parle, pour les Juifs, de peuple et de nation.

Plus haut, j’ai cité un témoin arabe musulman du 11ème siècle qui aimait bien les Juifs, maintenant je vais citer quelqu’un qui détestait les Juifs. Il s’agit de Voltaire. Qu’écrit-il à leur sujet, de son point de vue d’accusateur, et je conclurai sur ses paroles :

« (…) c’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre » (« tolérance », in dictionnaire philosophique).

Alors, que l’on aime les Juifs, comme l’arabe musulman du 11ème siècle, ou qu’on les déteste, comme le philosophe français du 18ème, on dit ce que l’on aime ou ce que l’on déteste, un peuple et une nation : les Juifs, fragment des douze tribus d’Israël.

 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Alain Rubin pour Dreuz.info.

1) des kabbalistes du 14ème ou 15ème siècle, dont une autre grosse bourgade juive, Safed en Galilée, était le centre, avaient estimé que l’âge de l’univers était de 17 milliards d’années humaines…

Leur ésotérisme ne les empêchait pas de réfléchir d’une manière recoupant le raisonnement scientifique le plus contemporain.

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