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Les tueurs de Francfort. Un saisissant et revigorant témoignage parmi les manouches !

Les tueurs de Francfort

En chemin vers Francfort, nous devons nous arrêter une nuit pour nous reposer. Ma femme est malade. Elle ne dit rien, mais la souffrance crispe et altère souvent ses traits. Je prends soin d’elle, jusqu’à ce qu’elle me dise qu’elle va mieux. Aussitôt elle veut repartir.

A Francfort, un pasteur allemand qui s’occupe des gitans a loué une salle pour notre passage. Il a réservé pour plusieurs jours. Il m’annonce ainsi : «Un manouche, comme vous… Ecoutez son témoignage…» Le local ne désemplit pas. L’atmosphère est extraordinaire. Toute l’assistance boit nos paroles. Des guérisons se produisent, des conversions, des repentances, des consécrations… Nous sommes même étonnés du respect où l’on tient ici tout ce qui touche à Dieu. On voit des gitans s’incliner très bas devant des prédicateurs en train d’exercer leur ministère, et faire de même quand ils évoquent le Seigneur. Un soir, je remarque particulièrement deux frères, qui se ressemblent, venus avec leurs femmes. Tous quatre sont vêtus comme des princes, en manteaux de vison foncé, admirablement taillés. Ils portent une fortune sur eux. L’un peut avoir la cinquantaine, l’autre la soixantaine. Leurs épouses arborent de beaux bijoux, tandis qu’ils tiennent chacun une canne-épée. Malgré la coupe d’une parfaite élégance, leurs vêtements se déforment légèrement sur les bosses de leurs armes à feu… Leur père est là aussi, un homme très important, respecté, très mauvais. Sous d’autres cieux, on parlerait d’un mafieux! Ses armes sont visibles. Je prêche depuis une vingtaine de minutes quand soudain l’un d’eux pousse un rugissement. Je sursaute. Il s’agite, parle très fort, mais d’une voix qui s’enroue et s’enraie : – C’est toi… toi que mon frère m’a annoncé!… Mon frère… Il l’a dit… Je n’y croyais pas… C’est lui, le petit homme à moustaches… O mon Dieu!!! Et il pleure, non, il sanglote… L’homme si élégant et surarmé n’arrive plus à se contrôler. Il accourt et se jette à genoux devant moi. Immédiatement, je le relève : – Lève-toi : je suis un homme, de la même nature que toi. – On croyait que notre frère était fou, mais il disait les mêmes choses que toi… Je sens en moi une impulsion du Seigneur pour le laisser parler. Je réalise très vite qu’il faut le mettre derrière le micro. Parfois, sous le coup de l’émotion, il parle manouche, mais nul besoin de traduction : fascinée, l’assemblée le suit parfaitement. Par moment, il pleure, ou bégaie. Il y a de quoi! Voici le témoignage que toute la salle entend et qui va se répandre les jours suivants comme une traînée de poudre : «Nous étions trois frères. Quand notre famille a été arrêtée par les nazis, l’un de nous, celui qui prêchait la Parole de Dieu, était caché derrière un buisson. Il allait échapper à la rafle, mais il a entendu une voix dans son cœur : “Ta place n’est pas là. Toi qui connais le Seigneur, tu te caches? Tu abandonnes tes frères?” Aussitôt il est venu nous rejoindre et il est monté dans le camion. Il a donné sa vie, délibérément, pour ses frères…2 / 3 En Allemagne, il n’est pas resté un seul gitan. Nous, nous avons été déportés à Dachau, puis à Buchenwald. Dans les camps, notre frère converti ne cessait de parler de la Bible. Dans ce contexte et vu les risques, on le prenait pour un fou. Les kapos voulaient le faire taire et ont fini par le menacer : – On va le dire, que tu prêches. – Si vous voulez. Mais moi je dois parler de Dieu, de la vie éternelle après la mort, des jugements et de la résurrection. Tous ont tant besoin de lui… Il a continué de prêcher, malgré l’interdiction formelle, sous peine de mort. Alors, les Allemands l’ont pris, mis tout nu dans un tonneau dont ils avaient cassé la glace et laissé là jusqu’à ce qu’ils le croient mort. Et lui, il louait le Seigneur! Même nous, ses frères, avons cru qu’il déraillait… Puis les nazis l’ont arraché à la glace reformée, pour le jeter sur un tas de cadavres et d’agonisants. Mais de là, il m’a appelé : – Amôn, viens là, mon frère, viens plus près, dépêche-toi, je vais mourir… Mais j’ai quelque chose à te dire… Tu vas sortir d’ici, avec ta femme… – D’ici? Impossible! On est trop surveillés! Ils ont décidé de nous tuer tous… Déjà je suis très malade… Ma femme, c’est pas mieux… – Le Seigneur va te donner la force… Ecoute… Un jour tu verras un petit homme, à moustaches, un manouche comme nous… Il parle de Dieu. Il viendra vers toi… Et tu rencontreras Jésus, le Seigneur! Alors mon frère prêcheur est mort, en parlant de Jésus. Je ne sais pas comment, nous nous sommes retrouvés, mon seul frère survivant et moi, avec nos femmes, dans un champ… Nous avons mangé de l’herbe… Puis des Américains nous ont trouvés… Contre toute espérance, nous étions sauvés. Ecoutez tous, déjà nous voici, bien vivants. Aucun de nous ne sait comment nous avons pu nous en sortir… Mais en plus, ce soir, la prophétie de mon frère achève de s’accomplir : c’est lui, Archange, ce prédicateur; il est comme mon frère me l’a annoncé et décrit! Dieu existe! Dieu est vivant! Dieu est bon. Il fait des miracles…» A la fin de son témoignage, Fratella, tombé à genoux, se remet à pleurer. Il prie, il se convertit. Désormais, il veut parler du salut à tout le monde, comme son frère le faisait.3 / 3 Depuis plusieurs années, sa femme souffrait cruellement d’un rétré- cissement mitral, auquel s’ajoutaient plusieurs autres maladies. Les mé- decins étaient unanimes : elle allait mourir sous peu. Ce soir-là, elle donne sa vie au Seigneur elle aussi. Elle se fait bientôt baptiser, guérit complètement et met ses forces retrouvées au service de l’Evangile. Tout de suite, pour commencer, elle aide son mari à nettoyer la maison des armes, puis elle l’accompagne dans ses nouvelles activités. Ce soir-là, le nom et l’histoire des Fratella s’inscrit de manière indélébile dans toutes les mémoires des témoins. Un réveil éclate et nous plongeons cent deux personnes dans les eaux du baptême, avant de songer à reprendre la route.

Elisabeth Horyat Source : Archange l’évangéliste, Editions Philadelphie Adaptation et mise en forme : APV Date de parution sur www.apv.org : 23.02.15

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