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Palestine et vieilles dentelles

Palestine et vieilles dentelles

Vieilles dentelles1Il arrive parfois qu’en se replongeant dans des vieilleries, l’on découvre des trésors. Une fois la poussière soufflée, l’or peut se mettre à briller et éblouir le dénicheur.

Il en est ainsi des vieux greniers, des excavations archéologiques, des albums de photos de famille.

Comme du site de l’INA…

Et ceux qui seraient les mieux inspirés de jouer les brocanteurs sont les journalistes du XXIe siècle dont les mises en perspective historiques ne sont pas le point fort.

Qui se souvient de Panorama ? Vous savez, cette émission de reportages hebdomadaire des années 1960 et 1970, enfant naturel de Cinq colonnes à la Une,et dont le générique simplissime montrait l’écran d’un radar et la rotation de son faisceau lumineux, symbolisant le travail de scrutateurs de l’équipe de rédaction.

Et il est vrai qu’en s’y replongeant, on peut prendre la mesure du gouffre qui sépare le vrai journalisme d’investigation de cette époque de la bouillie ânonnée de nos jours sur le thème du conflit israélo-arabe.

Deux reportages réalisés dans les jours et semaines qui ont suivi la guerre des Six Jours (Juin 1967) par l’excellentissime et regretté Michel Honorin sont édifiants à cet égard. Vous y accédez très facilement en tapant « Michel Honorin moyen orient » sur le site de l’INA.

Une toute autre vision

En les visionnant, on prend la mesure de l’état d’esprit dans lequel se trouvait la population arabe des territoires fraîchement conquis.

Voici quelques extraits d’interviews. Le verbatim n’est pas tout à fait exact mais ne trahit en rien le sens des propos tenus.

Première interview : dans une rue de Jérusalem, quelques jours après la fin de la guerre.

Journaliste : vous êtes arabe ?
– Oui, monsieur.
– De Jérusalem ?
– Oui
– Allez-vous rester ici ?
– Oui
– Même avec des Israéliens ?
– Oui
– Pourquoi ?
– Pour nous, les Israéliens, c’est pareil… Nous avons toujours cohabité avec les Israéliens. Nous avons beaucoup d’amis.

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Le journaliste s’adresse à un autre habitant.

Vous êtes arabe ?
– Oui
– Allez-vous rester ici ? Vous étiez Jordanien avant.
– Bien sûr, nous sommes obligés. Où aller ?
– Auriez-vous préféré que [Jérusalem] soit restée une ville arabe ?
– Pour nous, c’est pareil, du moment que nous pouvons gagner du pain pour manger. Les Juifs ou les Arabes, pour nous, c’est la même chose.
– Y a-t-il beaucoup de gens qui pensent comme vous, ici ?
– 80%, je crois. Les autres sont ceux qui veulent partir pour rejoindre leur famille à Amman.
– Vous n’avez pas peur de rester ici ?
– Non, pourquoi ? C’est la même chose.
– Et si, demain, vous deveniez Israélien ?
– C’est la même chose, du moment que nous pouvons gagner notre pain. Nous voulons que les pays arabes comprennent que nous voulons la paix.

Deuxième reportage : on y décrit une situation compliquée en Cisjordanie deux à trois semaines après la fin de la guerre : difficultés d’approvisionnement en eau, électricité, etc.

Un arabe explique : « Les Arabes ont peur des Juifs, qu’ils prennent leurs terres, qu’ils ne puissent pas vivre en paix avec eux. Mais, maintenant, les Israéliens sont en train de donner un très bon exemple pour prouver que l’on peut vivre en paix ensemble ».

Les plus radicaux des Arabes feraient rêver les pacifistes d’aujourd’hui. En substance, ils disent : « Nous nous considérons comme Jordaniens, nous voulons rejoindre la Jordanie. Nous voulons la paix mais nous voulons juste vivre dans un pays arabe ».

Un autre interlocuteur : « L’idée de la création d’un État binational est utopique. Ce qui serait normal, ce serait de vivre avec les Israéliens en tant que peuple conquis. Notre but, pour plus tard, n’est pas de prendre notre revanche mais de reconquérir nos droits ».

Un prêtre chrétien orthodoxe : « Nous nous sentons plus à l’aise que sous administration arabe. La plupart des chrétiens préfèreraient être annexés par Israël mais ils n’osent pas l’exprimer ».

Que remarque-t-on ? Avant tout, on se rend compte des dispositions des Arabes de Cisjordanie vis-à-vis de leurs envahisseurs. Très peu d’agressivité voire même une certaine satisfaction de la nouvelle configuration. Leur désir de défendre leur identité arabe ne s’accompagne d’aucun discours belliqueux et ils ne semblent imprégnés d’aucune idéologie mortifère, d’aucun sentiment victimaire.

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On comprend bien, en regardant ces reportages, que ce conflit avait toutes les raisons de se résoudre dans les mois qui avaient suivi cette guerre. On y voit Shimon Peres, dans une interview, jeter les bases d’un futur accord raisonnable pour la création d’un État arabe. On y voit les élites arabes de Cisjordanie prêtes à coopérer dans ce sens. Et l’on sent bien que si on avait laissé tout ce petit monde s’arranger en petit comité, on aurait assisté à la pacification rapide de la région.

Surtout, on remarque, qu’à aucun moment, le terme de « Palestinien » n’arrive à la bouche des Arabes interrogés. Ils se décrivent comme « Arabes », comme « Jordaniens » mais jamais comme « Palestiniens ».

Trompe l’œil

Et pour cause, ce « peuple palestinien » n’avait jamais existé jusque-là. Il y avait bien eu les Philistins du temps du roi David mais leurs descendants se sont à jamais perdus dans les labyrinthes de l’Histoire. Les Romains, un peu énervés par la révolte juive de Shimon Bar Kokhba en l’an 135, avaient rasé Jérusalem et avaient nommé la province « Palaestina » en guise d’affront envers les Juifs.

Par la suite, la région fut appelée Palestine par commodité sans qu’aucun peuple, juif, musulman ou chrétien ne pût en revendiquer la propriété en tant que « peuple ». On s’est mis alors à parler de Juifs de Palestine, d’arabes de Palestine, de chrétiens de Palestine, mais jamais de « Palestiniens ».

Mais revenons à 1967…

Le président égyptien, Gamal Abdel Nasser, comptait, lui, sur une victoire écrasante et rêvait de devenir le leader charismatique du monde arabe, celui qui aurait enfin réussi à rayer Israël de la carte et à terminer le travail des nazis. Ses rêves de panarabisme s’effondrant, il présente sa démission dès le 9 juin pour reprendre les rênes du pouvoir… le 10 juin après des manifestations monstres au Caire pour réclamer son maintien à la tête de l’Égypte.

Mais le pouvoir, pour en faire quoi ? Son armée décimée ne permettait pas d’envisager la moindre revanche sur le plan militaire.

Qu’à cela ne tienne. Commençons par le sommet de la ligue arabe de Khartoum et son triple « Non » dicté par Nasser, trois mois après la guerre des Six Jours :

  1. Pas de paix avec Israël,
  2. Pas de reconnaissance d’Israël,
  3. Pas de négociation avec Israël.

La résolution finale comprenait également d’autres paragraphes parmi lesquels une lutte permanente contre Israël pour regagner les territoires perdus pendant la guerre et… la défense des droits du « peuple palestinien ».

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Nous y voilà : un peuple créé de novo pour peser sur la scène diplomatique. Une pure invention de Nasser qui choisit ainsi, la porte lui étant fermée, de passer par la fenêtre. Et de sortir de son chapeau une OLP, rangée dans un placard et même jusque-là méprisée depuis sa création en 1964, une aubaine inespérée.

C’est à partir de là que la sémantique a basculé et que l’on a arrêté de parler de réfugiés arabes mais plutôt de réfugiés palestiniens, vous savez les descendants de ce peuple à qui on a volé la terre : la Palestine. Le conte binaire avec un gentil et un méchant pouvait enfin voir le jour.

Et la sémantique, c’est important quand on veut construire un mythe surtout quand celui-ci se dote vite d’une branche armée et terroriste qui se met à peser à l’international à coups de détournements d’avion, d’attentats, de meurtres de masse (J.O de Munich, Achille Lauro, etc.).

Le plus étonnant est sans doute la naïveté ayant permis à cette fable de devenir une réalité dans les consciences. On peut comprendre les dirigeants politiques occidentaux, responsables d’États fortement dépendants de l’approvisionnement pétrolier. Mais pourquoi les intellectuels, les journalistes ont-ils eux aussi accompagné ce narratif complètement bidon ? Pourquoi ce suivisme unanime et panurgien ? Dès l’apparition de ce mythe, personne ne l’a plus remis en cause et les décennies à asséner ces foutaises ont sédimenté pour arriver au résultat incroyable et nullement contesté d’un peuple qui revendique un État sans jamais avoir existé.

On comprend mieux pourquoi ce conflit ne trouve pas de solution, alors que 1967 aurait pu constituer un tournant définitif. Il y a une énorme différence entre la population des reportages d’Honorin et celle d’aujourd’hui. De nos jours, les arabes des « Territoires » ont été corrompus par une propagande efficace, galvanisés par une lutte pour leur libération, toujours séduisante aux yeux des tranches d’âge inférieures, la montée de l’islamisme du Hamas, à la fin des années 1980, jouant le rôle de redoutable catalyseur en produisant de jeunes martyrs à la pelle.

La très grande difficulté pour construire une véritable paix réside dans cette imposture. Comment fédérer un « peuple » protéiforme, fait de bric et de broc, dont les membres, si l’on remonte à trois ou quatre générations, proviennent de contrées éloignées du Moyen-Orient, arrivés pour la plupart en Palestine au début du XXe siècle et attirés justement par le boom économique créé par les nouveaux arrivants juifs. Rappelons qu’à Gaza et sur les bords du Jourdain, on ne parle même pas le même dialecte.

Pour se revendiquer en tant que peuple, il faut, au minimum, présenter une Histoire commune, une architecture traditionnelle, des coutumes culinaires, une littérature, des arts bien identifiables. Tel n’est pas le cas du « peuple palestinien ».

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Les deux dirigeants historiques palestiniens (Arafat et Abbas) n’ont jamais présenté de réel projet d’avenir pour ce peuple. Ne parlons pas du Hamas dont le seul programme est la pulsion de mort. Ces populations arabes, depuis leur contamination par l’idéologie arafatienne au début des années 1980, n’ont été soudées que grâce à un seul ciment : la haine des Juifs. Peut-on raisonnablement construire un État sur cette seule base ?

Les Arabes de 1967 sont décédés ou trop vieux et ont sans doute été dépassés par la fougue de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Leurs paroles mesurées sont dans les limbes et même leur écho est perdu à jamais.

Peu de chances que les archives de l’INA atteignent un jour les écoles de Ramallah…

Pas beaucoup plus de chances que les rédactions occidentales s’y intéressent non plus…

Oui, Coco, je comprends… Pas le temps et un peu trop tard de toute façon…J-PC♦

Livre JPCJean-Pierre ChemlaMABATIM.INFO

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