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Quand les pasteurs américains résistaient à la tyrannie et fondaient une nation sur la Bible – Introduction par Joel McDurmon.

By 7 février 2022U.S.A

Par Joel McDurmon

The New England Pulpit: When American Pastors Preached Politics, Resisted Tyranny and Founded a Nation on the Bible

La façon de penser et la pratique des prédicateurs du début de l’ère américaine sont tout à fait opposées à celles des prédicateurs d’aujourd’hui.

Nous avons un terrible problème dans notre pays [n.d.t : les États-Unis] aujourd’hui, et la vérité présentée  dans le livre du Dr Baldwin est un antidote bienvenu, si nous sommes prêts à l’accepter. Le problème est que nos chaires et nos prédicateurs d’aujourd’hui ont abandonné la plénitude du commandement  que le Christ nous a donné : faire des nations des disciples et leur enseigner tous ses commandements. Ce Grand Commandement comprend l’appel, devoir que nos ancêtres ont prouvé qu’ils ont accompli magistralement, à dire la vérité dans la sphère publique : dénoncer les dirigeants, les gouvernements, les lois, les abus et exiger la liberté et la justice. Dans toutes nos prédications d’aujourd’hui sur l’iniquité et le péché, nous négligeons d’aborder l’injustice et la tyrannie.

Et pire encore : si quelqu’un ose mentionner aujourd’hui la portée sociale et politique plus large du Grand Commandement, il risque d’être harangué non seulement par les humanistes et les gauchistes, mais également par la grande majorité des chrétiens et du clergé. La réponse sera presque unanime, donnée presque en chœur parfait :

« Les chrétiens ne doivent pas prêcher sur la politique ! »

« Nous ne devrions prêcher que l »Évangile’ ! »

Bien sûr, cela suppose que le Grand Commandement ne s’applique qu’à la vie intérieure et privée des gens et au salut de leurs âmes pour le monde à venir uniquement. En bref, cela limite la définition de la vocation chrétienne de manière à exclure d’emblée ses aspects sociaux.

Le magnifique livre du Dr Baldwin illustre comment les prédicateurs d’une époque révolue, mais cruciale et formatrice, pensaient et pratiquaient exactement le contraire.

Une masse de recherches dans les sermons, les tracts, les brochures et autres publications de l’époque coloniale révèle comment les chaires de l’Amérique coloniale entraient constamment en résonance avec tous les aspects de la sphère publique : les bons gouvernants, les bonnes lois, les bonnes formes de gouvernement et les bienfaits de la liberté. Nous entendons surtout parler de ces valeurs de choix de l’ordre biblique qui sont devenues les cris de guerre de l’indépendance américaine.

Couvrant l’ensemble de l’époque révolutionnaire, l’auteur du livre The New England Pulpit: When American Pastors Preached Politics, Resisted Tyranny and Founded a Nation on the Bible, Alice Baldwin, conclut que la force centrale derrière tout cela était l’application par les prédicateurs en chaire de la Parole de Dieu à la politique et au gouvernement.

Elle affirme :

« Il ne faut pas oublier, dans la multiplicité des auteurs mentionnés, que la source de la plus grande autorité et celle qui était la plus utilisée était la Bible. »

Alice Baldwin.

Commentant la paraphrase classique de la devise « vie, liberté et propriété », Baldwin proclame :

« Personne ne peut comprendre pleinement la Révolution américaine et le système constitutionnel américain sans prendre conscience de la longue histoire et des associations religieuses qui se cachent derrière ces mots ; sans se rendre compte que, pendant cent ans avant la Révolution, l’on enseignait aux hommes que ces droits étaient protégés par la loi divine inviolable. »

Alice Baldwin.

Et cela en surprendra plus d’un – surtout ceux qui se concentrent trop sur l’influence des Lumières – de savoir précisément à partir de quelle source ces grands prédicateurs ont élaboré leurs doctrines.

Et Baldwin prouve que « c’est de la loi de Dieu qu’ils ont tiré leurs théories politiques ».

La Bible et la loi de Dieu

Le livre de Baldwin est une ressource extraordinaire qui permet de connaître la véritable influence du christianisme et de la Bible dans la fondation de cette nation. Il constitue une réfutation sans appel des critiques des laïcs qui souhaitent éliminer et enterrer notre héritage chrétien. Mais le livre sert également de correctif à certains défenseurs trop zélés de l’héritage chrétien de l’Amérique qui, quelquefois, ne semblent pas pouvoir s’empêcher de porter une attention intense sur la brève période de l’élaboration de la Constitution nationale, allant de 1787 à 1789.

J’ai toujours soutenu que pour voir les véritables racines chrétiennes de notre héritage, il faut remonter avant l’époque de l’élaboration de la Constitution et se concentrer sur l’époque coloniale qui l’a précédée. Dans Restoring America One County at a Time (Restaurer l’Amérique, un comté à la fois), j’explique ce point :

Pour trouver les véritables fondements chrétiens de ce pays, nous devons remonter à une époque précédant ceux que l’on appelle souvent à tort les « fondateurs » pour découvrir les idées bibliques claires qui existaient dans la société et le gouvernement avant leur époque – des principes qui ont été perdus, négligés, marginalisés, voire supprimés pendant la période ultérieure des « fondateurs ». Une grande partie de ce que nous en sommes venus à associer à « l’Amérique chrétienne » était en fait le produit d’un impérialisme progressiste de la fin du XIXe siècle, qui n’était chrétien que de nom et ne pouvait que rarement, voire jamais, citer la Bible pour confirmer ses programmes politiques et sociaux. En dehors d’une certaine rhétorique chrétienne – qui était plus politique que biblique – il y avait un fossé entre les leçons de l’école du dimanche et toute application complète des idéaux bibliques à la société depuis l’époque des Pèlerins et des Puritains jusqu’à aujourd’hui [3].

Joel McDurmon.

Une partie de cette difficulté est due à l’incompréhension d’une étude phénoménale entreprise par les politologues Donald Lutz et Charles Hyneman concernant les influences intellectuelles de « l’époque des fondateurs », qu’ils ont décrite comme coïncidant avec la période 1760-1805. Les résultats ont été publiés en 1984, et ils ont mis en évidence l’impact omniprésent de la Bible sur la culture politique américaine pendant une partie de cette époque. Mais ils ont été un peu mal interprétés au point d’être compris dans un sens qui ne correspondait pas à ce qu’ils voulaient dire : certains ont rapporté les résultats de manière à donner l’impression que les rédacteurs ultérieurs de la Constitution avaient largement cité la Bible dans leurs écrits – en particulier le livre du Deutéronome ! Mais ce n’est pas ce que les données ont montré. Les données ont montré que la grande quantité de citations de la Bible, y compris une grande partie du Deutéronome, était apparue dans des publications au début de cette époque, bien des années avant la Convention de Philadelphie. Ce qui aurait dû dissiper tout malentendu, c’est le commentaire de l’auteur de l’étude lui-même, selon lequel, à mesure que l’on se rapproche de l’époque de la Convention, « la proéminence de la Bible disparaît » dans les données.

J’ai fait une analyse plus détaillée de cette étude ailleurs [4]. J’y fais référence ici uniquement pour souligner l’importance cruciale du livre du Dr Baldwin qui suit. Ce que Lutz et Hyneman ont découvert chez les générations de prédicateurs qui ont mené à l’indépendance américaine est ici révélé avec un relief saisissant dès 1928. Baldwin ne tergiverse pas, mais va droit au but :

Il ne faut pas oublier, dans la multiplicité des auteurs mentionnés, que la source de la plus grande autorité et la plus utilisée était la Bible. Le prédicateur de la Nouvelle-Angleterre puisait largement ses convictions dans la Bible, qui était pour lui un livre sacré, infaillible, la volonté de Dieu pour l’homme. Par la force des choses, elle colore sa pensée politique. Sa conception de Dieu, de la loi de Dieu et de la relation de Dieu à l’homme déterminait dans une large mesure sa conception de la loi humaine et de la relation de l’homme à ses semblables. Si ses idées sur le gouvernement et les droits de l’homme provenaient en partie d’autres sources, elles étaient renforcées et sanctionnées par l’Écriture sainte. Cela était bien sûr particulièrement vrai pour le clergé. Ils se tenaient devant le peuple en tant qu’interprètes de la volonté de Dieu. Leurs discours politiques étaient des sermons, leurs slogans politiques étaient souvent des textes bibliques. Ce qu’ils enseignaient sur le gouvernement avait l’autorité divine [5].

Cette réalité conduit Baldwin à étudier les concepts politiques et gouvernementaux que ces pasteurs tiraient en fait de l’Écriture, comme nous l’avons résumé ci-dessus, et le principal d’entre eux est l’application de la loi de Dieu à la vie. Si les prédicateurs faisaient souvent référence à la « loi naturelle », Baldwin note que dans leur esprit, celle-ci n’était pas distincte de la « loi de Dieu ». S’il y avait la moindre question, les prédicateurs se tournaient vers la révélation écrite de la loi de Dieu, y compris les lois de l’Ancien Testament afin de rendre claire la loi naturelle :

La révélation dans l’Ancien et le Nouveau Testaments a contribué à rendre claire la loi naturelle et à en révéler toute l’étendue. Dans l’Ancien Testament, Dieu a donné à l’homme une « loi positive ». Il est vrai que certaines de ses lois ne s’appliquaient qu’aux Juifs, mais il y avait aussi de grands principes moraux qui s’appliquaient à toutes les phases de l’activité humaine, aujourd’hui comme autrefois, et qui étaient également obligatoires. Ainsi, même dans la partie des lois de l’Ancien Testament qui ne s’appliquent plus aux chrétiens et dans l’histoire des relations de Dieu avec son peuple élu, il y a de nombreux exemples pour les hommes d’aujourd’hui [6].

Certes, les relations entre certains termes théologiques et les usages que l’on en faisait, n’étaient pas toujours uniformes ni même purement bibliques. En fait, certains des prédicateurs eux-mêmes s’écartaient de l’orthodoxie à certains égards. Mais dans une large mesure, les doctrines les plus importantes de la liberté américaine découlaient d’une compréhension et d’une application bibliques de la loi de Dieu. Baldwin pouvait donc conclure :

« Il n’y avait pas de conflit dans leur esprit entre la loi divine et la loi naturelle. Elles étaient les mêmes » ; et ainsi, « c’est de la loi de Dieu qu’ils ont tiré leurs théories politiques » [7].

Application des lois bibliques

Ces hommes tenaient vraiment la Bible en haute estime, et par conséquent, ils s’attendaient à ce qu’elle fût appliquée dans tous les domaines de la vie, y compris la politique et le gouvernement. Ils exigeaient donc de leurs gouvernants qu’ils fussent chrétiens, et pas seulement chrétiens, mais qu’ils étudient avec ardeur ce livre divin, la Bible, et ses lois. Baldwin relate cette compréhension et la façon dont les prédicateurs de l’époque étaient à l’avant-garde pour en faire une exigence du monde réel :

Les dirigeants doivent étudier attentivement la loi de Dieu, tant naturelle que révélée. C’est dans la Bible que se trouvent toutes les maximes et règles de gouvernement : les lois naturelles y sont clarifiées, le dirigeant y apprend l’autorité qui lui est due et ses limites, le peuple y apprend jusqu’où il doit se soumettre. Les gouvernants doivent aussi comprendre à fond la Constitution et le droit civil, afin de connaître leurs obligations et les droits du peuple. Même lorsque Dieu a traité avec les Juifs qui étaient sous son gouvernement immédiat, il a demandé à leurs dirigeants d’écrire la Constitution dans un livre et de la lire constamment. Il était évident que la connaissance et les capacités étaient nécessaires, et le clergé était unanime à exiger ces qualités chez les dirigeants civils et, pour la plupart, chez leurs ministres également [8].

Ces relations entre Dieu et le gouvernement, entre Dieu et le peuple, et entre le gouvernement et le peuple, étaient établies par le concept biblique d’alliance – un thème qui revient fréquemment dans cette étude. Ce concept était lui aussi directement issu de la révélation de l’Ancien Testament et constituait la base de la théologie et du gouvernement du ministre de la Nouvelle-Angleterre :

Sa théologie en dépendait, c’était le fondement de son gouvernement d’église, il croyait qu’elle était à la base de tous les rapports de Dieu avec les hommes. Lorsqu’il parcourait la Bible, il trouvait, comme il le croyait, que même le gouvernement juif, qui était le propre de Dieu, reposait sur l’alliance. Lorsqu’il interrogeait la Raison et la Nature, qui étaient pour lui la voix de Dieu, il trouvait à nouveau le pacte ou l’alliance. Lorsqu’il lisait les sages du passé et de son époque, il la trouvait à nouveau. Quand il regardait son propre environnement, il la trouvait. Les chartes étaient considérées comme des alliances, et lorsque les hommes créaient de nouvelles villes, ils rédigeaient un pacte propre à chaque ville. Dans la pratique, c’est devenu le seul moyen de former une personne morale [9].

Baldwin explique ensuite que ce concept a des racines historiques profondes
qui remontent jusqu’à la théologie de l’alliance des premiers colons. Pourtant, même en 1780, l’un des prédicateurs les plus en vue, Samuel Cooper, prêchait cette doctrine – avec une référence explicite à l’ancienne république hébraïque – devant la Chambre des représentants du Massachusetts et le gouverneur John Hancock [10].

Mais l’application de la loi biblique ne s’arrêtait pas aux constructions théoriques ou aux généralités. Les prédicateurs continuaient régulièrement à prêcher sur des principes spécifiques ayant des conséquences dans le monde réel – y compris la résistance armée et la désobéissance civile si nécessaire. En fait, faisant écho aux enseignements des réformateurs des siècles précédents, nombre de ces prédicateurs décrétaient l’invalidité de lois, voire de gouvernements entiers, s’ils défiaient l’ordre ou les lois bibliques. Par exemple, comme le résume Baldwin, Elisha Williams prêchait en 1744 que

Les gouvernements qui n’émanent pas du peuple et dans lesquels celui-ci ne fait pas ses propres lois ne sont pas, à proprement parler, des gouvernements du tout, mais des tyrannies et « absolument contre la loi de Dieu et de la nature [11]. »

Les exemples abondent. Le sermon de Stephen Johnson sur le jour du jeûne de 1765 est l’un des plus percutants. Comme le rapporte Baldwin,

« Aucune obéissance n’était due à des édits qui étaient inconstitutionnels. . . Lorsque les autorités exécutives et législatives dépassent les limites de la loi de Dieu et de la Constitution, leurs actes sont ipso facto nuls et non avenus [12]. »

Il s’agissait là, en substance, d’une doctrine de la nullification (*), bien avant qu’elle ne fût à la mode.

Prêchant en 1757 à l’un de mes endroits préférés de l’époque – les « élections annuelles de l’artillerie » – James Cogswell a lancé un vibrant appel aux armes pour défendre la religion :

Il existe un principe d’autodéfense et de préservation, implanté dans nos natures mêmes, qui nous est nécessaire presque, en tant qu’êtres, et qu’aucune loi positive de Dieu n’a jamais contredit. . . Lorsque notre liberté est envahie et attaquée, c’est une raison suffisante pour que nous fassions la guerre pour la défendre ou la récupérer. La liberté est l’un des privilèges les plus sacrés et inviolables dont jouit l’humanité ; … quel réconfort un homme peut-il tirer de la vie lorsqu’il est à la disposition d’un tyran despotique et arbitraire, qui n’a d’autre loi que sa volonté ? … Vivre, c’est être libre : c’est pourquoi, lorsque notre liberté est attaquée, et que des machinations clandestines ou sournoises, ou une violence ouverte nous menacent de la perte d’un bienfait si cher, il est temps de nous révolter et de défendre nos privilèges incontestables et inestimables… Si notre religion est en danger… cela justifiera notre engagement dans la guerre. . . La religion est un trésor dont il ne faut jamais se séparer… Nous nous battons pour nos propriétés, nos libertés, notre religion et nos vies [13].

James Cogswell, 1757.

Notez la relation organique et presque sans faille entre la liberté religieuse et la liberté civile dans cet argument. Cette relation était fondamentale à l’époque.

Toutes ces doctrines découlaient de la compréhension selon laquelle la vie chrétienne ne devrait pas être confinée simplement à des actes de piété privés ni aux quatre murs d’un placard, ni même d’un bâtiment d’église. Au contraire, la liberté que le Christ nous a acquise inclut également la liberté politique. Les prédicateurs exigeaient que cela soit reconnu et appliqué. En prêchant le sermon annuel de Thanksgiving en 1766, Joseph Emerson a explicité ce point de vue. Il a ouvertement rendu grâce pour une victoire politique sous la forme de l’abrogation du Stamp Act (**) :

Et quelle est la grande, la puissante délivrance que nous avons expérimentée ? . . . A-t-elle une valeur telle qu’elle exige que l’on passe une journée entière à louer Dieu pour elle ? Oui, notre vie, et même l’éternité, puisque c’est ce que notre Sauveur nous a acquis, et que des choses si glorieuses, de nature spirituelle, y sont liées. Et de quoi s’agit-il ? La délivrance de l’esclavage, rien de moins que l’esclavage ignominieux et vil [14].

Joseph Emerson.

(…) L’intérêt de la chaire pour les actes du gouvernement a continué a perduré de manière encore plus intense après l’indépendance, lors de la formation des Constitutions des états :

L’œil ministériel était fixé sur le corps législatif, et lorsque l’on leur présentait une Constitution qui n’avait pas été formée de cette manière, ils incitaient les habitants de leur ville à la rejeter, donnaient leurs raisons et poursuivaient leurs demandes auprès de l’Assemblée. Par exemple, lorsque la ville de Billerica commença en 1775 à réfléchir à la forme de gouvernement à adopter, elle choisit comme membre de son comité son ministre bien-aimé et démocrate Henry Cummings, qui avait dirigé son action antérieure contre la Grande-Bretagne. . . Cummings n’était que l’un des nombreux ecclésiastiques qui avaient activement contribué à faire rejeter la Constitution de 1778 par leurs villes [18].

Dans ces efforts, notez que les ecclésiastiques utilisaient tous les moyens à leur disposition. Ils étaient actifs dans de nombreux comités publics, dans les mairies, dans les lieux publics, et publiaient souvent dans les journaux et les brochures, sans oublier l’utilisation constante de leur outil le plus familier, la chaire. En proclamant fidèlement l’ensemble du conseil de Dieu dans tous les domaines de la vie, ces hommes ont ébranlé une tyrannie jusque dans ses fondements et ont aidé à reconstruire une société libre sur ses ruines. Et tout cela a commencé en modelant patiemment et avec persévérance les cœurs et les esprits de toute une génération auparavant.

Façonner l’esprit du public

Ce point ne doit pas être perdu pour nous. Ces prédicateurs ne sont pas apparus sur la scène uniquement lorsque la tyrannie a soudainement surgi. Ils avaient travaillé sans relâche pour enseigner et former leurs ouailles et le grand public au message biblique de la liberté et de la liberté politique. C’est grâce à un travail constant et ciblé au fil du temps que leur influence s’est répandue dans la population et qu’ils ont jeté les bases de la résilience au milieu de la crise.

Baldwin note ce travail en arrière-plan, par exemple, dans la prédication de Jonas Clarke, déjà mentionné :

« Pendant des années avant le Stamp Act, l’on dit qu’il prêchait dimanche après dimanche et expliquait dans de nombreuses réunions de ville les doctrines des droits naturels et constitutionnels et le droit de résistance [19].

Jonas Clarke.

Elle commente plus loin, avec une note de regret pour notre propre époque, mais en soulignant le même principe :

Il semble qu’il s’agisse d’un fait très significatif, dont les historiens ne se sont jamais suffisamment rendu compte, à savoir que pendant les sept années qui ont précédé le début des troubles avec l’Angleterre, le peuple entendait continuellement du haut de la chaire des paroles si éloquentes sur la valeur indicible de ses privilèges et de ses droits en tant qu’Anglais ; sur la loi et la Constitution par opposition à la tyrannie et au gouvernement arbitraire ; sur le danger de devenir des esclaves et de perdre toute liberté, civile et religieuse sous un tel gouvernement ; sur la justification de la guerre pour défendre ses précieux droits et libertés [20].

Alice Baldwin.

En fait, poursuit-elle,

« Il est vrai qu’il n’y a pratiquement aucune idée dans un sermon qui n’ait été présentée selon une continuité ininterrompue de près de cent ans. . . »

Au moment des crises, les doctrines de la liberté et de la résistance étaient de « vieux thèmes familiers », des « convictions courantes » et il n’y avait « rien de nouveau » [21].

Alice Baldwin.

Les fondements avaient été posés depuis si longtemps qu’il était naturel pour le peuple de penser en fonction d’eux. Et lorsque les tyrans commencèrent à empiéter sur le territoire, il était naturel pour le peuple de les considérer comme des ennemis progressistes, et de se considérer comme les « vrais conservateurs » qui ne faisaient rien d’autre que « soutenir les traditions du passé » [22].

L’influence de ces ministres s’est étendue aussi largement que leur vision du monde et leur dévouement à cette dernière. Loin de ne traiter que la piété personnelle, la vision large et la passion entraînante des prédicateurs ont inspiré les hommes à changer une nation de bien des façons. L’on disait, par exemple, que la prédication de Stephen Johnson dans les années 1760 avait inspiré l’organisation des Sons of Liberty, célèbres pour leur exécution de la Boston Tea Party [23] (***).

Lorsque les combats ont ensuite éclaté, les ministres ont été des serviteurs, et parfois des dirigeants. Ils ont dirigé les efforts de recrutement, attirant souvent des volontaires avec des sermons émouvants là où les recruteurs habituels avaient échoué [24]. Les ministres ont servi leur pays de diverses manières, y compris en combattant. Baldwin consacre un chapitre entier (11) à ces services variés qui consistaient souvent à ouvrir leur maison à des masses de travailleurs et, dans certains cas, à faire des sacrifices financiers sur leurs salaires déjà maigres [25]. Il existe même des anecdotes de ministres prêchant à l’église avec des mousquets chargés à leur côté et des réserves de poudre à canon cachées dans la chaire [26].

La chaire est à l’origine de tous ces actes et sacrifices pour la liberté. Il n’est donc pas surprenant de constater que la chaire a déclaré l’indépendance bien avant que l’État ne le fasse réellement. En 1774, l’indépendance résonnait déjà à des degrés divers dans de nombreuses chaires. Le fougueux John Cleaveland a anticipé le langage de la célèbre Déclaration de 1776 avec ses propres mots, plus d’un an auparavant, en déclarant que tous les liens politiques étaient rompus et que l’allégeance à la Grande-Bretagne était totalement dissoute [27].

Prêcher et enseigner le peuple de cette manière signifiait avoir une population préparée et entraînée pour des actes de liberté. Cela culminerait, bien sûr, dans les efforts pour établir de nouvelles Constitutions. S’inspirant de leurs leçons sur le gouvernement représentatif et le gouvernement par alliance ou par contrat, les colons ont naturellement mis en pratique ce qui avait été prêché. En conséquence, Baldwin affirme que « la convention constitutionnelle et la constitution écrite étaient les enfants de la chaire » [28].

Il est grand temps de retrouver les grandes et puissantes prédications de notre époque fondatrice – une époque où les pasteurs n’avaient pas peur de prêcher sur la politique, de résister à la tyrannie et de fonder leurs gouvernements sur la Bible.

Le déclin des libertés civiles aux États-Unis, en France et dans tous les pays autrefois christianisés est directement lié à l’absence de prédication sur ce sujet sur les chaires d’aujourd’hui. Le magnifique livre du Dr Alice Baldwin est un antidote bienvenu à ce problème, si nous sommes prêts à le prendre.

Ce livre presque passé aux oubliettes est une puissante ressource dans cette perspective. Nous le recommandons à tous les chrétiens dans l’espoir qu’ils suivront encore plus l’exemple qui y est développé.

Notes

  1. Pp. 212-213. (Toutes les références suivantes, sauf indication contraire, renvoient aux numéros de pages ci-dessous).
  2. P. 51.
  3. Joel McDurmon, Restoring America One County at a Time (Powder Springs, GA: American Vision, 2012), pp. 2–3.
  4. Joel McDurmon, “The Framers and their allegedly frequent Bible quotations,” http://americanvision.org/6415/the-framers-and-their-allegedly-frequent-bible-quotations, 28 sept. 2012 (accédé le 18 nov. 2014).
  5. Pp. 16–17.
  6. P. 21.
  7. P. 29.
  8. Pp. 46-47.
  9. Pp. 32–33.
  10. Voir Eran Shalev, “‘A Perfect Republic’: The Mosaic Constitution in Revolutionary New England, 1775–1788”, The New England Quarterly 82/2 (juin 2009), pp. 235–263, pour cet exemple et bien d’autres exemples supplémentaires de l’application des lois de l’Ancien Testament à la période de formation des États-Unis.
  11. P. 41.
  12. Pp. 128–129.
  13. P. 110, note de bas de page 16 ; c’est moi qui souligne.
  14. P. 123, note de bas de page 44 ; c’est moi qui souligne.
  15. P. 138.
  16. Voir pp. 120–121.
  17. P. 117.
  18. P. 173.
  19. P. 120.
  20. P. 113.
  21. Voir pp. 113, 105, 131.
  22. P. 133.
  23. P. 126, note de bas de page 52.
  24. P. 153.
  25. P. 209.
  26. P. 207.
  27. P. 165.
  28. P. 170. Ici, elle parle en général des constitutions écrites et des conventions écrites, avec très probablement à l’esprit l’assemblée de l’état du Massachusetts, qui a culminé en 1780. Elle ne parle pas de la convention nationale ultérieure de 1787-1788, bien que les concepts s’appliquent sous une forme plus sécularisée.

Remarques

(*) Dans l’histoire constitutionnelle des États-Unis, la nullification est une théorie juridique selon laquelle un état a le droit de nullifier, c’est-à-dire invalider, toute loi fédérale qu’il considère comme inconstitutionnelle.

(**) Stamp Act : loi promulguée en 1765 par le roi George III d’Angleterre et imposant un droit de timbre sur les actes légaux, les annonces publicitaires et la presse dans les colonies américaines. Le Stamp Act devait permettre par les ressources ainsi levées, de payer les dépenses entraînées par la défense des colonies au lendemain de la victorieuse guerre de Sept Ans (1756-1763). En Amérique (où un Congrès des représentants de neuf colonies rédige un manifeste) comme au Parlement de Londres (où William Pitt prend la tête de l’opposition), les protestations se multiplient, et l’on invoque le droit des citoyens à ne pas se soumettre à un impôt que leurs députés n’auraient pas expressément approuvé. En 1766, Pitt obtient l’abolition du droit du timbre, mais ne peut empêcher le vote préalable d’un Declaratory Act proclamant le droit de la métropole de légiférer, même pour les colonies américaines, sans que soient exceptées les matières fiscales. La controverse est la première d’une série qui mènera rapidement les colons américains à la révolte.

(***)  Le commerce du thé fut à l’origine d’un fait historique qui participa à l’indépendance des États-Unis:  la Boston Tea Party qui eut lieu le 16 Décembre 1773. A l’époque, la Grande Bretagne était en possession de 13 colonies sur le continent américain. Ces colonies étaient de plus en plus soumises à des impôts considérés comme injustes par les habitants. Des taxes sur le sucre et les timbres fiscaux avaient déjà suscité la colère des colons et le gouvernement britannique dut reculer devant l’ampleur des contestations. En 1770, les troupes britanniques tuent 5 manifestants à Boston dans le Massachusetts.

La loi Tea Act votée en mai 1773 exemptait la British East India Company (Compagnie des Indes Orientales) de taxe sur les ventes de thé aux colonies américaines. Cette institution, crée par Elizabeth I, traversait à ce moment une grave crise économique.

Grâce à cette loi, la Compagnie remporta le monopole sur la vente de thé en Amérique du Nord face aux autres compagnies étrangères lourdement taxées. Cet événement inquiéta encore plus les colons qui craignaient la fin de la libre concurrence pour d’autres produits.

Le 16 Décembre 1773, des navires de commerce de la British East India Company, chargés de thé en provenance d’Asie, rentrent dans le port de Boston. Des colons et des importateurs prennent la décision de jeter la totalité de la cargaison à l’eau, soit 350 caisses, et ainsi lancer un fort message de révolte à Londres. Certains ont pris soin de se déguiser en Indien Mohawok, symbole de la lutte d’un peuple pour sa liberté (1). Cet événement sera dès lors nommé la Tea Party.

Source : https://store.americanvision.org/products/the-new-england-pulpit


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  • Danielle25 dit :

    Merci Haïm pour cet article très instructif. Depuis de nombreuses décennies, l’ennemi utilise nos dirigeants et tout membre influent de la société pour éradiquer la Bible de toute institution et de la vie des gens. D.ieu ne fait plus partie de la société. Il en a été exclu, et même en certaines églises, Jésus ne serait plus le bienvenu car Il dénoncerait de façon criante ce qui s’y passe (théorie de la prospérité, mariages anti-bibliques, voire même pratiques New Age présentées comme provenant d’une nouvelle action de l’Esprit ! Si nos pasteurs pouvaient revenir à la simple et sainte Parole, en la prêchant et en la vivant eux-mêmes ! Malheureusement, les prêches et sermons chrétiens sont bien trop édulcorés par les choses du monde et tout est autorisé de nos jours. S’il était normal d’avoir des principes bibliques et une certaine moralité lorsque j’étais jeune, il est aujourd’hui tout à fait normal et même recommandé d’être « tordu », sans les repères salvateurs de la parole de D.ieu. Du coup tout est autorisé, et Satan mène la danse…

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