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Suite de la publication gratuite de « l’âme et l’esprit et leurs puissances respectives » de Jessie Penn-Lewis

 

CHAPITRE 3

L’HOMME PSYCHIQUE

 

« L’homme naturel (ou psychique) n’accueille point les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles sont pour lui une folie, et il ne peut les comprendre parce qu’elles sont discernées spirituellement. » (1 Corinthiens 2:14)

Ceux qui ont compris le sens de la Croix, et ne sont plus sous la domination de la chair, supposent assez volontiers qu’ils sont sous la seule influence du Saint-Esprit et sont uniquement guidés par Lui. C’est ici qu’il importe de placer l’une des plus importantes leçons, la plus importante, écrit Murray : celle de l’activité désordonnée de l’âme, avec ses facultés de pensée et de volonté qui sont un si grand danger pour l’individu et pour l’Église[1].

Voici un homme né du Saint-Esprit, vivifié ; l’Esprit de Dieu demeure en lui. La Croix (porte, chemin, source de victoire et d’affranchissement de la chair) lui a été révélée. Sa façon de vivre est toute nouvelle ; « il marche en nouveauté de vie » pour employer l’expression de l’Écriture, et remporte la victoire sur le péché que manifestait autrefois la vie de la chair. Qu’est devenue son âme ? Son âme : c’est-à-dire son intelligence, ses sentiments, ses émotions, sa personnalité, son moi. Et quelle est la force animatrice de cet homme qui n’accomplit plus « les désirs de la chair » ? Le Saint-Esprit, qui maintenant anime et dirige la vie psychique ? Ou bien le principe directeur émanerait-il du domaine inférieur : la vie naturelle et déchue, héritée du premier Adam ?

L’idée courante, nous l’avons vu, c’est que quiconque est mort au PÉCHÉ en Christ et ne marche plus selon la chair est nécessairement spirituel et « entièrement sanctifié » ! Or, l’affranchissement de la domination de la chair, ou vie charnelle, n’implique pas la délivrance de ce qui est psychique, des sentiments terrestres, et que l’homme ne se conduise plus selon la vie terrestre. Mourir au péché, crucifier la chair, ce ne sont là que les premières phases de l’action de l’Esprit de Dieu en l’homme. Celui-ci peut ne plus être charnel (sarkikos) et demeurer psychique, être toujours sous l’influence de l’âme au lieu de se mouvoir dans le domaine spirituel où s’établit le contact entre l’homme et Dieu.

Pour comprendre clairement ce qui précède, voyons ce qui manifeste que le chrétien est resté psychique lorsqu’il a cessé de « marcher selon la chair ».

L’âme, nous l’avons déjà dit, comprend l’intelligence et les émotions, et elle est le siège de la personnalité, donc du sentiment de soi. Même quand le chrétien est affranchi des œuvres de la chair énumérées dans Galates 5:19‑21, son intelligence, ses émotions peuvent recevoir les impulsions de la psukhê, de la vie de l’âme animale, au lieu d’être animées par le Saint-Esprit qui habite l’esprit humain régénéré. Nous dirons donc que le chrétien psychique est celui dont l’intelligence, la pensée, les sentiments, les émotions sont animés par la vie du premier Adam au lieu de l’être par la vie de Christ, Esprit vivifiant qui contrôle, influence l’intelligence et les sentiments de quiconque marche selon l’esprit (1 Corinthiens 15:45). Le Saint-Esprit demeurant dans l’esprit peut rendre le croyant capable de crucifier les œuvres du corps, même lorsque son intelligence et ses sentiments sont restés charnels.

Pour ce qui est de l’activité intellectuelle, nous avons dans l’épître de saint Jacques (au chapitre 3) un parallèle qui jette une vive lumière sur l’une et l’autre sources animatrices, l’une et l’autre sagesses. L’apôtre reproche à ses correspondants un zèle mauvais, un esprit de dispute ; puis il écrit : « Ce n’est point-là la sagesse qui vient d’en-haut ; au contraire, elle est 1°) TERRESTRE, 2°) CHARNELLE (PSYCHIQUE), 3°) DIABOLIQUE ». « Où il y a ce zèle et cet esprit de dispute, il y a du désordre et toute espèce de mal. Mais la sagesse qui vient d’en-haut est d’abord PURE, ensuite PACIFIQUE, MODÉRÉE, CONCILIANTE, PLEINE DE MISÉRICORDE et DE BONS FRUITS, EXEMPTE DE DUPLICITÉ ET D’HYPOCRISIE. » Elle porte la marque divine et participe du caractère divin ; elle est sans partialité ni esprit de parti (verset 17). La sagesse qui vient d’en-haut n’est pas contaminée de vie psychique. Il ne s’y trouve plus de place pour le sentiment du moi, pour les opinions et points de vue personnels qui provoquent querelles, divisions, jalousies ; au contraire, elle produit la paix. Nous reprendrons plus loin le troisième point de l’apôtre concernant la sagesse psychique qui est, dit-il, DIABOLIQUE.

Le passage ci-dessus ne nous aide-t-il pas à comprendre les conditions où nous voyons aujourd’hui l’Église ? Elle est déchirée par les divisions et les partis, ce qui manifeste une activité charnelle (Galates 5:19-20). Plus grave encore est la cause de désunion dans l’Église militante lorsque c’est l’intelligence animale (psychique) qui est le facteur de division, et qu’une sagesse charnelle (psychique) prétend exposer et annoncer la Vérité, ce qui ouvre la porte aux démons.

« L’intelligence n’est pas seulement faillible, dit Pember, elle est le plus dangereux de tous les dons, aussi longtemps qu’elle n’est pas sous la dépendance de l’Esprit de Dieu. Et cependant, que de chrétiens qui recourent à elle pour saisir et comprendre la vérité, malgré la déclaration formelle des Écritures : « L’homme psychique (donc aussi le chrétien dont l’âme est restée la force animatrice) n’accueille point les choses qui sont de l’Esprit, parce qu’elles ne peuvent être discernées que spirituellement ».

C’est souvent l’élément psychique chez les orateurs, les conférenciers, exposant le sujet de la sainteté nécessaire, qui provoque les divisions et les séparations. Il peut y avoir de l’amour dans leur cœur il est vrai, mais il n’empêche que ceci divise, car les puissances sataniques s’appuyant sur les éléments psychiques agrandissent et exagèrent toujours les divergences, au lieu de souligner ce qui unit. De sorte que des chrétiens, sous couvert de témoignage pour Jésus, combattent pour le triomphe de points de vue particuliers, choses d’importance très secondaire. Ces croyants sincères qui veulent être un moyen de bénédiction pour leur entourage parcourent les terres et les mers pour faire un prosélyte, comme les Pharisiens dont parlait le Seigneur (Matthieu 23:15). Mais ils ne s’en rendent pas compte.

C’est encore l’élément psychique qui amène certains chrétiens à mettre l’accent sur tel ou tel point des Évangiles aux dépens du reste, à multiplier les paroles « sur la dîme de la menthe, de l’anis et du cumin », alors qu’ils oublient les choses essentielles. Or, ce qui est essentiel sous la dispensation de l’Évangile, c’est la loi de Christ ; et celle-ci met au premier plan l’amour et l’unité de l’esprit entre croyants, condition essentielle de croissance dans « l’unité de la foi » (Ephésiens 4:3-13).

En résumé, la vie psychique offre aux puissances surnaturelles mauvaises un terrain favorable d’action ; elle est la grande cause des divisions et des sectes parmi ceux qui font profession d’être enfants de Dieu, et même parmi ceux qui le sont vraiment. « Gens qui provoquent des divisions », écrit Jude ; une autre version donne : « Gens qui se séparent et provoquent des séparations ». (Dans son commentaire sur ce verset, Fausset écrit : « Il y a là une affirmation présomptueuse, arrogante, de sainteté supérieure, une prétention à une sagesse et à une doctrine particulière, supérieure à celle des autres ».) « Êtres sensuels (psychiques), étrangers à la vie de l’Esprit », dit l’apôtre. Fausset traduit ici : âmes animales.

Se séparer soi-même comme ayant une plus grande sainteté est toujours un indice de vie psychique, car le Seigneur a dit : « Vous serez heureux lorsque les hommes vous haïront et rejetteront votre nom comme infâme à cause du Fils de l’Homme » (Luc 6:22). C’est ici le monde qui rejette, sépare. Sur cette question de séparation, l’apôtre Paul dit aussi : « Que chacun demeure en l’état où il était lorsqu’il fut appelé » (1 Corinthiens 7:20). C’est Dieu Lui-même, par Sa Présence, laquelle est Lumière, qui provoquera la séparation entre celui qui marche dans la lumière et celui qui marche dans les ténèbres. Il arrive fréquemment que celui-ci rejette le compagnon qui marche dans la lumière, provoquant ainsi la séparation, s’il n’est pas conquis par la lumière.

Nous le voyons donc, même ceux qui ont reçu l’Esprit d’en-haut peuvent encore se laisser dominer par les puissances de l’âme. Ils se séparent alors, où provoquent des divisions, manifestant par là qu’ils sont restés psychiques en une certaine mesure.

L’autre domaine de la vie psychique est celui des émotions qui procèdent des sens physiques. Ici encore le chrétien peut se laisser influencer par ce qui est psychique, tout en imaginant qu’il se trouve sous une influence purement spirituelle. Pember assure que la connaissance de la psychologie biblique démontre l’impossibilité de promouvoir, de déterminer une influence sanctifiante, spirituelle, en agissant sur les sens. Et cependant, c’est bien là le but que se proposent certains services religieux, et même des réunions missionnaires où l’Évangile est annoncé : atteindre l’esprit par le moyen des sens, des émotions. « Édifices magnifiques, vêtements sacerdotaux somptueux, rites attrayants pour les regards, parfums agréables pour l’odorat, musique céleste pour l’oreille, tout cela peut bercer, engourdir, en d’agréables émotions artistiques, mais ne saurait dépasser l’âme et nourrir l’esprit… Seul ce qui est spirituel peut agir sur l’esprit…[2] » Dieu agit d’abord sur l’esprit, puis Il pénètre l’âme et domine le corps. Satan au contraire agit d’abord sur le corps, puis sur l’âme, enfin sur l’esprit, et le processus est celui-ci : terrestre, charnel (ou psychique), diabolique (Jacques 3:15). L’influence satanique pénètre d’abord le vase d’argile, le corps fait de poussière, de là elle essaye de capter l’âme pour pénétrer enfin dans l’esprit[3].

Ces faits sont extrêmement solennels. Ils expliquent la présence de tant de chrétiens de nom dans nos églises, gens dont la vie ne manifeste en rien qu’ils sont à Christ ! Et qu’il est douloureux de penser que leur présence révèle cependant un besoin spirituel plus ou moins conscient, une soif de Dieu qui peut-être ne sera jamais satisfaite ! L’âme seule est nourrie par une exposition tout intellectuelle de la vérité, par la beauté des chants et de la liturgie, par le recueillement du sanctuaire : tout ceci est insuffisant pour l’esprit. Or, l’adoration en esprit et en vérité est le seul service que Dieu demande et qu’Il accepte.

Cherchons-nous à diminuer ou à déprécier ces moyens, ces influences ? Que Dieu nous en garde ! Ce que nous disons, c’est qu’ils ne sont pas suffisants pour sauver les âmes. Ils peuvent préparer le chemin, amener l’individu à portée de la parole de Dieu – qui est toujours lue si elle n’est pas toujours prêchée – choses qui prédisposent au salut et ont leur valeur.

Mais voici le danger, et il est redoutable. C’est que les influences religieuses QUI S’ARRÊTENT À L’ÂME et n’atteignent pas l’esprit conduisent à une forme de piété sans puissance, et ramènent le christianisme au niveau des philosophies et des religions païennes. C’est pourquoi des hommes religieux (psychiques) mettent le Fils de Dieu sur le même plan que Mahomet ou Confucius ; c’est pour cela qu’ils dissertent sur le christianisme comme sur toute autre religion de ce monde, au lieu d’être obligés, comme aux jours de l’Église primitive, de reconnaître que la toute-puissance de Dieu y est à l’œuvre et qu’elle rend témoignage à toute prédication fidèle au Nom du Seigneur Jésus-Christ, unique Sauveur d’un monde perdu.

N’est-ce pas parce que seuls les sens, les émotions, ont vibré sous les appels de l’orateur qu’il faut enregistrer un tel pourcentage de défections dans nos œuvres d’évangélisation ? N’est-ce pas pour cela que tant d’œuvres n’ont qu’une influence de surface, passagère ? Pour cela enfin que, souvent, l’évangéliste se sent épuisé et parfois tombe malade ?

Un correspondant m’écrit : « N’est-ce pas l’élément psychique chez celui qui parle en public ou en particulier – psychisme se manifestant par une excitation émotive, une certaine énergie, une grande ardeur – qui provoque souvent les cas d’épuisement nerveux ? L’Esprit ne peut-il communiquer la vérité sans cette usure, cet épuisement du corps ? Est-il impossible d’annoncer la vérité sans excitation factice, Dieu communiquant Sa force au message annoncé, et agissant, non pas sur l’homme, mais sur son témoignage, pour que celui-ci pénètre la pensée des auditeurs ? Si je ne me trompe pas, beaucoup plus pourrait être accompli de la sorte, et avec beaucoup moins de fatigue ». Nous pensons comme notre correspondant.

Un homme peut avoir une âme ardente qui influence profondément les âmes des autres et qui agit puissamment dans le domaine des émotions. Mais la foi des auditeurs se trouve alors comme greffée sur cette influence, cette sagesse humaine, psychique, et pas sur Dieu. Il n’y a pas eu contact avec la puissance de Dieu. Et nous comprenons mieux maintenant la pensée de Murray lorsqu’il voit le plus grand danger qui menace le chrétien et l’Église, en cette activité désordonnée de l’âme, dans les domaines de l’intelligence et de la volonté. Les anciens Quakers ou « Amis » la désignaient sous le nom d’activité de la créature (creaturely activity). Et c’est bien ici l’énergie de la créature, la force naturelle qui est mise au service de Dieu. Le messager n’a pas cherché à collaborer spirituellement avec le Saint-Esprit qu’il a reçu, le don du Seigneur ressuscité et glorifié.

Il se trouve alors que l’homme qui n’a saisi la vérité qu’intellectuellement influencera les destinées éternelles d’âmes immortelles ; qu’une forte individualité dominera sur la vie des autres ! On élaborera des plans pour atteindre les âmes et les amener à Dieu, et nous aurons les concerts pour fumeurs (smoking concerts), les attractions musicales, les conférences sur des sujets populaires, etc., chacune de ces choses révélant la mentalité des promoteurs. Ceux-ci peuvent être nés de nouveau, mais étant encore dominés par l’âme, ils ne savent pas comment collaborer avec le Saint-Esprit qui communique Sa puissance au messager, pour le salut des pécheurs.

Il y a aussi dans l’Église des disciples qui ont reçu le Saint-Esprit, cependant ils sont restés psychiques, bien qu’à un moindre degré.

Il y a dans leurs expériences religieuses un mélange de spirituel et de sensuel (psychique) qui les a conduits à vouloir toujours sentir de façon consciente la présence de Dieu. Aussi, bien que le Saint-Esprit habite en eux, ils retombent souvent dans le domaine de l’âme, parce qu’ils ne comprennent pas la vie de l’esprit et comment l’esprit humain est uni à l’Esprit de Dieu.

Le domaine de l’âme n’est pas seulement celui de l’intelligence et des émotions ; c’est aussi le siège de la personnalité avec ses affections, ses possibilités de joie ou de tristesse, d’exaltation ou de dépression. C’est ainsi que nous lisons dans l’Écriture : « Mon âme est triste jusqu’à la mort » (Matthieu 26:38), « Mon âme magnifie le Seigneur » (Luc 1:46), « Maintenant, mon âme est troublée » (Jean 12:27), « Possédez vos âmes par votre patience… » (Luc 21:19), « Son âme juste tourmentée » (2 Pierre 2:8), « Ils séduisent les âmes mal affermies » (2 Pierre 2:14).

Ces passages prouvent que les dispositions, les tendances (les caractères idiosyncrasiques) procèdent de l’âme aussi bien que du corps, du domaine psychique aussi bien que du physique. Et la forme de l’âme – si nous pouvons nous exprimer ainsi – sa capacité pour la joie, l’amour, la douleur, la patience, peut être remplie de joies spirituelles et de vie qui émanent du second Adam : Esprit vivifiant ; ou d’autre part, de joie, de vie, de sentiments psychiques, sensuels, inférieurs, naturels, qui procèdent du premier Adam. Si ces sentiments, ces émotions inférieurs pénètrent de quelque manière et pour une proportion si infime soit-elle dans l’âme du racheté et l’influencent, l’homme est resté psychique en une certaine mesure, même s’il a reçu le Saint-Esprit. Il s’attachera à certaines émotions psychiques, et vivra dans le royaume des sensations, le domaine de la personnalité, au lieu de s’attacher à ce qui vient de l’esprit, le domaine où l’homme peut avoir conscience de la présence de Dieu. Et par là, il rejoindra ceux qui espèrent, ceux qui recherchent des expériences spirituelles affectant les sens, au lieu de les attendre uniquement dans le pur domaine de l’esprit régénéré où Dieu demeure.

Examinons maintenant comment les esprits mauvais agissent sur tous les développements de vie psychique.

L’ÂME ET LA PUISSANCE DES TÉNÈBRES

« Mais si vous avez un zèle amer et un esprit de contention en vos cœurs, ne vous glorifiez point  et ne mentez point contre la vérité. Car ce n’est point là la sagesse qui vient d’en-haut, mais elle est terrestre, sensuelle (grec : psychique) et diabolique. » (Jacques 3:14-15)

Ce passage, que nous avons déjà cité, établit clairement la relation possible entre les puissances mauvaises et la vie de l’âme (vie animale). Il n’est nullement question ici des œuvres de la chair, mais de l’âme, de l’intelligence, par quoi nous voyons que les esprits mauvais peuvent influencer celle-ci, aussi sûrement que le corps.

La vérité nous est dite ici sans ambages, et de façon formelle : tous sentiments d’amertume, d’envie, de rivalité dans la recherche ou la possession de la connaissance, procèdent de l’action des esprits mauvais sur l’âme, et ont leur source dans l’enfer, comme le signale aussi Fausset dans son commentaire.

C’est là cependant ce que bien des enfants de Dieu ne comprennent pas ou nient. Ils admettent l’influence satanique dans les péchés grossiers charnels, « les œuvres de la chair », mais dans le domaine de la connaissance, qu’ils considèrent comme ce que la civilisation moderne a de meilleur, ils la nient. Leur attitude résulte du fait qu’ils refusent d’accepter les affirmations de la parole de Dieu concernant la Chute, laquelle a entraîné la première création dans la corruption et la mort, à un degré tel que toute l’imagination des pensées du cœur de l’homme n’était plus que mauvaise en tout temps (Genèse 6:5). L’imagination des pensées, les conceptions : ici encore, il s’agit du domaine psychique. Et à la source de cette corruption totale, le poison du serpent qui s’est ouvert un chemin par l’avenue de l’intelligence : le désir de connaissance.

Lorsque l’homme est racheté et que son être se renouvelle de jour en jour à l’image de Christ, il est de la plus haute importance pour la puissance des ténèbres de garder quelque terrain, quelque point de contact, quelque chose de la nature adamique dans le corps ou l’âme. Car, à mesure que l’homme devient spirituel, c’est-à-dire que son esprit se dégage et s’unit au Seigneur de gloire, il est moins accessible à la puissance des mauvais esprits, et mieux armé pour les discerner et les combattre. Mais comment l’enfant de Dieu pourrait-il lutter avec quelque chance de succès s’il ne discerne pas l’Adversaire, s’il nie son action possible sur l’âme, s’il n’accepte pas le fait de la Chute et ne comprend pas que celle-ci se produisit justement dans le domaine psychique où Satan provoqua la désobéissance, la révolte, par l’appât de la connaissance ! Et depuis lors, pénétrant l’âme, le venin du serpent contamina l’être tout entier et toute la race.

Satan peut atteindre tous les domaines de notre être : a) l’esprit, mort pour Dieu, est accessible aux esprits mauvais que gouverne le prince des ténèbres. b) L’âme (intelligence, imagination, pensées, volonté, émotions) est dominée par la vie adamique, déchue et corrompue. Corps  et âme sont donc en la puissance de celui qui a empoisonné la race : le père du mensonge. Et l’apôtre Jean déclare que le monde entier est plongé dans le Malin (1 Jean 5:19).

Aussi n’est-il pas suffisant que l’homme soit racheté par le précieux Sang de Jésus, il faut encore qu’il soit transporté, « transféré hors de la puissance des ténèbres dans le royaume du bien-aimé Fils de Dieu », et que toutes les parties de son être, l’esprit d’abord, soient RENOUVELÉES successivement par l’affranchissement de la puissance du péché et de la vie inférieure. Si la première création a été faite « de façon étrange et merveilleuse » (Psaume 139:14), la seconde création de l’homme (déchu, plongé dans la matière et le Malin) est bien plus extraordinaire et merveilleuse encore : tombé, il est relevé ! Et son esprit domine à nouveau sur l’âme et le corps. Œuvre extraordinaire que, seul, pouvait accomplir le Dieu : Père, Fils, Saint-Esprit. Le Père donne le Fils, autorise le don de Sa vie ; le Fils se donne ; le Saint-Esprit, plein de patience et d’amour, se communique à la créature et besogne en elle pour accomplir les desseins divins.

Il va sans dire que le prince des ténèbres s’oppose activement à la délivrance de ceux qu’il tient captifs, et que tous les degrés d’affranchissement sont l’objet d’une lutte acharnée. Connaissons donc les éléments de la nature déchue qui offrent le terrain d’action favorable. L’Écriture nous dit que l’homme non régénéré est l’esclave de Satan : « Vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés, écrit l’apôtre aux Ephésiens, enfants de rébellion, du nombre desquels nous étions tous autrefois, vivant selon nos passions charnelles, accomplissant les désirs de la chair et de nos pensées » (Ephésiens 2:2). Lorsque l’esprit a été vivifié au contact du Saint-Esprit, et affranchi de la domination de Satan, il demeure que l’âme et le corps restent accessibles à celui-ci.

1. L’âme : dans la vie psychique, la sagesse psychique devient démoniaque lorsque les esprits mauvais l’influencent pour mener à bien quelque plan. Ainsi, ils feront naître des préventions, des préjugés, à l’insu de la personne elle-même, ce qui, à quelque moment critique, annihilera l’œuvre du Saint-Esprit. Cette action de l’ennemi sur la pensée de chrétiens qui aiment le Seigneur est des plus néfastes pour l’Église. Car il est évident que le Saint-Esprit est souvent plus entravé par les idées préconçues, les préventions de braves chrétiens contre d’autres chrétiens, que par l’incrédulité et la haine du monde. Et que dire du domaine des émotions où l’ennemi peut réveiller la vie naturelle (animale) de façon si puissante que l’action divine en est entravée et comme étouffée, la voix du Saint-Esprit comme couverte. C’est contre cela que nous sommes mis en garde : « N’éteignez point l’Esprit » dit l’apôtre (Thessaloniciens 5:19).

2. Le corps : l’Adversaire peut agir sur le système nerveux et sur le magnétisme animal inhérent à tout organisme humain, et également sur certains éléments charnels, sensuels, sexués, qui constituent le corps même. Il convient donc que le croyant cherche auprès de Dieu la lumière sur la complexité de son être, afin de se connaître soi-même et de marcher en toute humilité et dépendance du Seigneur qui a vaincu le Malin et peut protéger quiconque se retire vers Lui. Protection efficace pour tous ceux qui se mettent au bénéfice du sang répandu, tous ceux qui obéissent à la Parole divine, et restent accessibles à la vérité. Celle-ci verse la lumière nécessaire sur tout terrain cédé à l’ennemi par où il peut attaquer et pénétrer dans l’âme et dans le corps.

L’ennemi est très rusé. Avec une habileté consommée, les mauvais esprits agiront à couvert de ce qui est naturel : le tempérament, quelque trouble fonctionnel ou physique[4] ; ils se dissimuleront derrière la souffrance physique ou morale, et se déguiseront de quelque manière pour donner le change et empêcher que leur présence soit reconnue et combattue[5].

 

CHAPITRE 4

DE LA SÉPARATION DE L’ÂME ET DE L’ESPRIT

 

« Car la parole de Dieu est vivante et efficace, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants : elle atteint jusqu’au fond de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles, et elle juge des pensées et des intentions du cœur… » (Hébreux 4:12)

Ce très remarquable passage de l’épître aux Hébreux établit nettement l’existence de l’âme et de l’esprit, la nécessité de discerner l’une et l’autre, et de les séparer ; enfin, il nous indique l’instrument de cette division nécessaire pour que le chrétien vive selon Dieu dans l’esprit (1 Pierre 4:6). Commentant ce passage, Pember dit : « L’apôtre attribue à la parole de Dieu la puissance de séparation : c’est elle qui brise l’homme et le réduit en pièces, séparant l’esprit, l’âme et le corps, comme autrefois, le sacrificateur, après avoir dépouillé l’animal destiné à l’hôtel, séparait les membres pour l’holocauste… ».

De son côté, Fausset écrit : « La parole de Dieu est vivante et puissante ; le mot du texte signifie énergiquement efficace ; elle pénètre de part en part jusqu’à séparer l’âme animale (psychique) de l’esprit, qui est ce qu’il y a de plus élevé en l’homme ; elle transperce jusqu’à diviser l’âme de l’esprit, les jointures et les moelles ; elle discerne entre ce qui est spirituel, charnel et animal, entre l’esprit et l’âme. La parole de Dieu divise donc les parties étroitement unies de l’être immatériel. Son action est comparée à celle du souverain sacrificateur qui, après avoir ouvert le corps de la victime, séparait les membres et pénétrait jusqu’aux moelles… ».

L’image employée est des plus suggestives, très instructive pour quiconque a perçu le danger et redoute les développements de la vie psychique aux dépens de celle qui procède du sanctuaire de l’esprit où demeure l’Esprit de Dieu.

Devant cette déclaration de l’Écriture, la question se présente aussitôt : « Que dois-je faire ? Comment discerner ce qui est psychique dans ma vie et mon service ? » Selon les indications de notre texte, allons à notre Souverain Sacrificateur. C’est à Lui qu’il appartient de séparer et de juger. « Il est maintenant au ciel, et aucune créature n’est cachée devant Lui ; mais toutes choses sont nues et entièrement découvertes devant Celui à qui nous devons rendre comptes. » (Hébreux 4:13) « Il exercera les devoirs de sa charge, maniera Lui-même l’épée à deux tranchants de la Parole, et séparera l’âme de l’esprit, Lui qui discerne jusqu’aux pensées et aux intentions du cœur. » Fausset signale ici que le mot original traduit par pensées serait mieux rendu par réflexions, sentiments, et que le mot traduit par intentions signifie les conceptions mentales, l’intelligence.

Celui qui s’est fait homme pour pouvoir être un Souverain Sacrificateur miséricordieux et fidèle (Hébreux 2:17), capable de compatir à nos infirmités puisqu’il a été tenté comme nous en toutes choses (Hébreux 4:15), est le seul qui puisse manier l’instrument de séparation pour diviser l’âme de l’esprit et pénétrer pensées, réflexions, sentiments, intelligence, conceptions et intentions. Quelle œuvre à faire ! Comment cette vie psychique qui jette de si profondes racines sera-t-elle discernée et délogée ? Comment toutes pensées seront-elles rendues captives de Christ ? Comment l’esprit dominera-t-il ? Laissons agir notre Souverain Sacrificateurs. Il ne se lassera ni ne se découragera que l’œuvre ne soit achevée. Immanquablement, la victoire couronnera Son œuvre de jugement et de purification en tous ceux qui se sont remis à ses soins.

Mais que doit faire le chrétien ? Quelle part lui incombe ? Quelle sera sa collaboration dans cette immolation ?

1. LE DON DE SOI : don complet de l’être tout entier sur l’autel de la Croix, comme autrefois celui de l’holocauste sur l’autel du sacrifice ; don sans arrière-pensée, sans regret, avec la volonté arrêtée d’être rendu conforme aux Seigneur en Sa mort (Philippiens 3:10) par l’action intérieure de Son Esprit. Don sans restriction, avec le désir que Sa main ne s’arrête que lorsque toute vie psychique, animale, sera séparée de l’esprit, afin de devenir cet instrument, ce vaisseau que l’Esprit de Dieu pourra librement pénétrer, traverser, et par quoi Il pourra se communiquer au monde.

2. LA PRIÈRE VIGILANTE, PERSÉVÉRANTE, DE TOUS LES INSTANTS. Celle-ci accompagnera la lecture des Écritures, qui révéleront tout ce qui est psychique, ce dont le chrétien se séparera aussitôt en obéissant implicitement à la lumière reçue, selon qu’il est exposé en ce passage : « Vous avez purifié vos âmes en obéissant à la Vérité par l’Esprit ».

3. PORTER CHAQUE JOUR LA CROIX en toutes circonstances, et remporter une victoire décisive sur les œuvres de la chair et tout autre péché, en même temps que l’Esprit de Dieu poursuit Son œuvre de séparation, et enseigne à marcher selon l’esprit.

Lorsqu’Il était encore ici-bas, le Seigneur invita à plusieurs reprises Ses disciples à porter la Croix. Il montrait par-là comment s’accomplit l’œuvre de séparation en quiconque se place sur l’autel, pour que le Souverain Sacrificateur, armé de la Parole, l’épée à deux tranchants, fasse l’œuvre nécessaire.

I – LA CROIX ET LES AFFECTIONS

« Celui qui ne prend pas sa Croix et ne me suis pas n’est pas digne de moi. Celui qui aura conservé sa vie (PSUKHE, vie psychique) la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie (PSUKHE) à cause de moi, la retrouvera. » (Matthieu 10:38-39)

C’est à l’occasion du départ des douze disciples, qu’Il envoie vers les brebis perdues de la Maison d’Israël, que le Seigneur fait retentir l’appel à porter la Croix. Il avertit ses messagers des tribulations qui les attendent. Les ennemis d’un homme seront les membres mêmes de sa famille, dès que les droits du Christ s’opposeront à la volonté des siens. L’heure viendra où les difficultés surgiront, et il faudra faire un choix entre ce que Dieu demande et ce que veulent les parents : peut-être un père, une mère ? L’épée est là qui va faire son œuvre de séparation. Obéissant à l’appel, le disciple prendra la Croix et suivra le Seigneur jusqu’au crucifiement[6], même si la décision prise élève une barrière entre lui et les siens, en provoquant la discorde et la mésintelligence.

Telle fut la part du Seigneur. Lui qui a ordonné d’honorer père et mère dut prononcer un jour ces paroles sévères : « Qui est ma mère ? Et qui sont mes frères ? », alors que ceux-ci, croyant qu’il tombait en défaillance, le faisaient appeler, ne comprenant point que les affaires de Son Père devaient avoir le pas sur toute autre chose. Placer Christ avant la famille, avant les droits familiaux, divise, et ces divisions entraînent une souffrance intime, profonde, qui est bien comme une épée transperçant l’âme. L’élément charnel, psychique, de l’affection est alors détruit ; l’âme purifiée s’ouvre à l’amour divin sous l’action du Saint-Esprit, et ceux qu’elle aime, elle ne les aime plus pour elle-même ni pour eux-mêmes, mais pour Dieu et en Dieu.

La vie inférieure a fait place à une autre vie, d’ordre supérieur. L’âme avec sa personnalité, sa capacité, subsiste, mais maintenant elle reçoit l’impulsion de l’Esprit de Christ, dernier Adam qui habite l’esprit, au lieu d’être animée de la vie animale héritée du premier Adam (Lire 1 Corinthiens 15:45-48).

Dans l’Évangile de Luc, l’action de la Croix sur les affections psychiques humaines est mieux définie, elle est décrite avec plus d’énergie. C’est le mot « haïr » qui y est employé, et le Seigneur dit : « Si quelqu’un veut venir après moi et ne HAIT pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et MÊME SA PROPRE VIE, il ne peut être mon disciple » (Luc 14:26). Ici encore, le mot grec est psukhê ; il s’agit donc de la vie psychique.

Dans le passage de l’Évangile de Matthieu, il est surtout question de choix, de préférence, de première place ; le Seigneur fait appel à la volonté : il faut choisir entre Lui et les membres de la famille, et Lui donner la première place dans le cœur, sinon le servir est impossible. Cette idée est exprimée par les mots : « PLUS QUE MOI ». Mais dans Luc, c’est surtout sur L’ACTION du disciple que le Seigneur met l’accent : une décision virile concernant l’élément naturel, psychique, les affections. Il faut haïr sa vie (psukhê) pour que les affections soient purifiées, sanctifiées. Le disciple qui veut suivre pas à pas le Seigneur haïra donc sa vie psychique, pour que, dans le domaine des affections, elle soit séparée de l’esprit. En échange de cette vie qu’il hait, qu’il perd de propos délibéré, le disciple trouve une vie plus pure, plus puissante, dans le domaine spirituel. Il est fait participant de la vie de Christ, et il connaît à son tour cet amour insondable dont Christ a aimé le monde : AMOUR PUR, DÉSINTÉRESSÉ, OÙ LE MOI N’A PLUS DE PLACE, et c’est de cette façon, en Christ, qu’il aime à son tour les siens.

II – LA CROIX ET L’INTÉRÊT PARTICULIER

« Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même. Car quiconque voudra sauver sa vie (psukhê) la perdra, et quiconque perdra sa vie pour l’amour de Moi la retrouvera. » (Matthieu 16:24‑26)

Nous trouvons aussi cette seconde déclaration dans l’Évangile de Matthieu. Elle est provoquée par les paroles de Pierre essayant de détourner Jésus du chemin du Calvaire : « À Dieu ne plaise Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas ! » C’est alors que Jésus avertit les disciples que, pour le suivre, il faut RENONCER À SOI-MÊME. Voilà bien le mot qui résume toute la vie psychique : SOI-MÊME ; le MOI sous toutes ses formes : faire de soi le centre, tout ramener à soi, se prendre en pitié, chercher son intérêt particulier, reculer devant la souffrance, vouloir sauver sa vie au lieu d’aller de l’avant, en la répandant même jusqu’à la mort en faveur des autres.

Choisir le chemin du Calvaire pour l’amour de Jésus, c’est renoncer à soi, à la vie du moi, pour avoir en échange la vie de Christ, cette vie si prompte au sacrifice, si prête à se répandre en faveur des autres, si désireuse d’être en bénédiction.

Nous trouvons à nouveau dans l’Évangile de Marc les mêmes termes que dans l’Évangile de Matthieu. Dans celui de Luc, le mot « quotidien » est ajouté. Nous voyons par là que l’immolation, le crucifiement du Moi est de tous les instants ; c’est une œuvre qui se poursuit. L’aspect de la Croix est ici différent de celui qui est exposé dans l’épître aux Romains, au chapitre 6 et dans les autres épîtres. Dans ces livres, la mort du vieil homme est présentée comme un fait accompli, qui se vérifie à mesure que l’enfant de Dieu se reconnaît comme mort au péché et vivant pour Dieu, en Jésus-Christ.

III – LA CROIX ET LES BIENS D’ICI-BAS

« Souvenez-vous de la femme de Lot. Quiconque cherchera à sauver sa vie (son âme) la perdra ; et quiconque aura perdu sa vie la retrouvera. » (Luc 17:32-33)

Voici une déclaration du Seigneur presque identique aux précédentes concernant l’intérêt propre, l’instinct naturel de la conservation, l’attachement aux biens de cette vie. « Souvenez-vous de la femme de Lot » dit Jésus pour illustrer cette tendance à vouloir sauver ce qu’on possède à l’heure du danger.

Or, dans le domaine de la vie spirituelle supérieure, pour gagner il faut perdre. Naturellement, l’homme cherche ses trésors ici-bas ; ceux-ci suffisent à la vie psychique. Sur les pas de Jésus, il est amené à y renoncer. Dans ce domaine aussi, la séparation de l’âme et de l’esprit doit s’accomplir ; elle est manifestée par l’attitude à l’heure de l’épreuve. « Vous avez souffert avec joie qu’on vous ravit vos biens » est-il écrit dans l’épître aux Hébreux 10:34.

Cette attitude de désintéressement total vis-à-vis des biens terrestres manifeste souvent un plus haut degré de la Grâce divine que le sacrifice de la vie.

L’attachement de l’âme non régénérée aux choses de cette vie est inné. Il faut cependant renoncer, perdre sa vie, pour gagner la Vie de Christ, laquelle, pénétrant l’esprit atteint l’âme et lui communique un tel sentiment d’abondance qu’à l’heure de l’épreuve tous les trésors terrestres semblent insignifiants à côté des biens éternels.

Se laisser presque uniquement absorber par le travail de la maison et les choses de cette vie au détriment du Royaume de Dieu est une manifestation évidente de vie psychique prédominante. Tout amour dans les affaires de cette vie (affaires nécessaires cependant), toute tendance à se laisser ensevelir dans les choses terrestres, appelle l’action du Souverain Sacrificateur et l’intervention de l’épée à deux tranchants : la parole de Dieu. Une fois l’œuvre achevée, l’âme est tellement séparée de l’esprit que, tout naturellement, celui que le Seigneur a racheté à grand prix « s’attache aux choses qui sont en haut ». À son tour, il expérimente ce que dit l’apôtre : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Colossiens 3:1‑4).

IV – LA CROIX ET L’AMOUR DE SOI

« Celui qui aime sa vie (psukhê) la perdra ; et celui qui hait sa vie (psukhê) en ce monde, la conservera pour la vie éternelle… (Zoé : la vie supérieure, éternelle.) » (Jean 12:25)

Dans ce passage, nous trouvons les deux vies qui peuvent animer la personnalité : la vie psychique (naturelle), ou la vie éternelle (divine). La vie naturelle, animale, manifeste L’AMOUR DE SOI. « Celui qui aime sa vie », c’est celui qui s’aime soi-même. Précédemment, nous avons étudié la vie psychique se manifestant dans les affections de familles, les intérêts privés, l’attachement pour les biens terrestres, toutes choses pouvant se résumer en ces mots : ma famille, moi, mes biens, avec, à la base et en tout, l’amour de soi.

Or, le Seigneur nous enseigne que toutes ces choses sont une perte, une perte éternelle, car elles procèdent de la vie héritée du premier Adam. Cette vie contaminée par le péché reste telle, même chez ceux qui se sont appropriés la mort au péché et ne marchent plus selon la chair (Romains 7). Même en eux, la vie naturelle pénétrant dans le domaine des affections se manifestera par l’amour de soi, l’attachement aux choses terrestres, l’intérêt personnel, et par d’autres manifestations d’une vie qui rayonne autour du MOI. Il y a bien là PÉCHÉ, quoique les manifestations en soient moins apparentes, puisqu’elles ont leur source dans l’intelligence et les sentiments et non dans le domaine charnel.

LE CHEMIN DE LA LIBERTÉ

« L’amour de Christ me presse, parce que nous sommes persuadés que si Un est mort pour tous, tous sont donc morts, et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux. » (2 Corinthiens 5:14-15)

L’œuvre de séparation de l’âme et de l’esprit est faite par le Seigneur Lui-même. C’est Son Esprit qui interprète la parole de Dieu, épée vivante pénétrant les recoins les plus cachés de l’être immatériel.

Mais il est nécessaire que L’HOMME COLLABORE ACTIVEMENT À CETTE OEUVRE DE DÉLIVRANCE. L’Esprit de Dieu ne peut agir que si l’homme y consent. Et voici les conditions nécessaires de cette collaboration :

I. Se rendre compte que la séparation de l’âme et de l’esprit est nécessaire, et, en vivant sacrifice, consentir à l’œuvre du sacrificateur.

II. Vouloir sans restriction et virilement ce que Dieu veut, aussi longtemps que l’œuvre de purification se poursuit.

III. Maintenir la Croix comme base, selon qu’il est expliqué dans Romains 6:1-14. De même que le croyant s’est reconnu comme mort au péché (Romains 6:11) et qu’il veille à ce que le péché ne règne plus en son corps mortel, la chair étant crucifiée avec ses affections et ses convoitises (Galates 5:4), de même il doit se reconnaître comme mort au péché plus subtil du domaine de l’âme, dont les manifestations sont moins grossières, à toutes les formes d’amour-propre, de vanité, d’égoïsme, à tout amour excessif de la famille, à tout ce qui absorbe le croyant et menace de prendre la première place, laquelle n’appartient qu’à Dieu seul.

IV. Une fois les conditions ci-dessus remplies, veiller 1°) à employer immédiatement toute lumière reçue, de crainte qu’inutilisée elle ne soit plus discernée ; 2°) à marcher vers le but sans défaillance ; 3°) à vivre sa foi, et élaguer, éliminer avec persévérance tout ce que l’Esprit de Dieu révèle comme devant l’être, toute intrusion de vie naturelle, résolu à ne plus être animé que par la vie de Christ. « Je suis le Cep, vous êtes les sarments » dit le Seigneur.

V. En toute chose, chercher à « marcher selon l’esprit » ; à différencier ce qui est psychique de ce qui est spirituel, pour choisir l’un et rejeter l’autre ; comprendre les lois de l’esprit pour y marcher et devenir vraiment spirituel.

Tandis qu’il remplit les conditions nécessaires, l’enfant de Dieu s’aperçoit qu’il est vraiment devenu « une nouvelle créature » (ou création). La puissance de la Croix, en tant qu’épée de l’Esprit maniée par le Souverain Sacrificateur, a accompli l’œuvre de séparation entre l’âme et l’esprit : « elle a atteint la vie psychique, naturelle, jusque dans les jointures et les moelles », jusqu’aux recoins les plus cachés, et dans tous les domaines de l’activité, jusqu’aux moelles des affections, jusque dans l’intelligence et les pensées, les intentions et les conceptions, les résolutions et les sentiments. Et maintenant, avec une facilité de plus en plus grande, et avec joie, le disciple accomplit ce que Dieu demande, portant chaque jour la Croix selon qu’il est conduit. Discernant mieux chaque jour qu’il est mort avec Christ, son esprit se sépare toujours plus de l’âme, pour s’unir davantage au Seigneur ressuscité – Esprit vivifiant – et devenir « un même esprit avec Lui ». Donc, un instrument de choix pour l’action de Christ, dans un monde qui meurt loin de Dieu, et dont les besoins sont immenses.


[1] A. Murray : The Spirit of Christ.

[2] Ou : ce qui procède de l’esprit peut seul agir sur l’esprit. Pember’s : Earth’s Earliest Ages.

[3]Pember’s : Earth’s Earliest Ages.

[4] L’attaque, qui peut se produire dans le domaine naturel, physique, n’en reste pas moins d’origine spirituelle mauvaise et diabolique.

[5] Pour plus de détails sur ce sujet, lire La Guerre aux saints qui traite de l’activité des esprits séducteurs parmi les enfants de Dieu.

[6] Nous nous sommes tellement habitués à comprendre l’expression « prendre sa croix » dans le sens d’être préparés aux épreuves de cette vie, qu’il y a danger à ce que nous oublions le sens original : se préparer à aller jusqu’au crucifiement. (Fausset)

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