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Une fin peu convaincante de la guerre des 12 trêves.

By 29 août 2014Etz Be Tzion

Une fin peu convaincante de la guerre des 12 trêves

jeudi 28 août 2014, par Trêve Conditionnelle

Les commentateurs sont unanimes pour dire qu’on ne fera le bilan des succès et des pertes que lorsque la poussière des combats sera retombée… Certains laissent entendre qu’elle a fait une principale victime : la dissuasion d’Israël sur le plan tactique, car, jusque dix minutes après son entrée en vigueur, le Hamas s’est montré en capacité de continuer à tirer des roquettes et obus de mortier sur des villages du Sud dépeuplés.

La victoire tactique essentielle d’Israël est d’avoir contraint le Hamas de Gaza à aller « à plat ventre » chercher au Caire un cessez-le-feu, – contre l’entêtement de Khaled Mesha’al, vivant confortablement à Doha,- sur les termes déjà acceptés par Binyamin Netanyahu, le… 15 juillet, soit deux jours avant le début de l’offensive terrestre.

C’est donc le Hamas qui, quoi qu’il dise, à flanché le premier. Les termes qu’il a refusés et qu’il finit par accepter représentent une humiliation, si ce n’est une capitulation (politique et non militaire).

Les conditions de cette trêve dite « permanente », – en réalité conditionnelle-, qui commence ce soir, en effet, sont, en tous points identiques à celles proposées avant que les hostilités ne donnent leur pleine mesure : une suspension de tout acte d’agression durant un mois et, en ce cas, une reprise des discussions sur l’ensemble des points d’achoppement, à savoir :

- pour Israël, la démilitarisation de la Bande de Gaza comme prévue depuis les Accords d’Oslo II, ébauchés en 1995. Vœu, sans doute, appelé à rester « pieux », quand on comprend la nature intrinsèque du groupe terroriste Hamas, dont la vocation est entièrement rédigée dans sa charte fondatrice et tient en peu de mots, à savoir : œuvrer par tous les moyens à la disparition d’Israël.

Néanmoins, le tandem égypto-israélien forgé lors de ce round, avec l’un qui cogne et l’autre qui discute, pourrait continuer de se montrer efficace dans le démantèlement de l’infrastructure d’approvisionnement par les tunnels [qui ne sont pas forcément étanches à 100%]. D’autre part, les Etats-Unis défendront cet objectif de désarmement indispensable devant le Conseil de Sécurité de l’ONU [ce n’est en rien une assurance, juste un poids diplomatique].

Au-delà ou dans le but d’affaiblir le Hamas, fallait-il aussi affirmer le rôle-pivot incontournable de l’Egypte pour la stabilité régional et montrer aux Etats-Unis que c’est avec elle qu’il faut traiter ? Et non avec la Turquie, le Qatar, l’Iran…

- Pour le Hamas, si les trêves antérieures ont toutes échoué, c’est parce qu’il ne voulait pas céder sur certains points fondamentaux de ses exigences :

- La levée du blocus : il ne l’obtiendra ni de l’Egypte, qui ne tient pas à ce que ses missiles et roquettes inondent le Sinaï et se tournent contre son propre régime ; ni d’Israël, qui encaisse les coups pour les deux partenaires intéressés à sa contention.

- L’ouverture immédiate des passages du côté israélien et égyptien (Rafah) pour faire entrer l’aide nécessaire et des matériaux de reconstruction.

- Il y aura, bien sûr, l’organisation d’un trafic de marchandises et de produits de première nécessité. La vie quotidienne et l’approvisionnement des Gazaïotes va, ainsi, continuer à dépendre du bon vouloir de leurs deux voisins : Israël et l’Egypte.

- Néanmoins, tout ce qui a trait au bâtiment et à la construction devra faire l’objet d’une stricte supervision, afin de ne pas être détourné pour la reconstruction du réseau de tunnels dont les embranchements débouchant en Israël ont été détruits par les soins du génie militaire.

- Les Gazaïotes pourront aller pêcher jusqu’à 6 miles au lieu de 3. Tant qu’il ne s’agit pas de poser des mines sous-marines ou d’envoyer des nageurs de combat, il ne semble pas que cette condition change quoi que ce soit à l’embargo sur les armes.

- Il n’est plus question de discuter, avant que les conditions n’en soient vraiment favorables, ni de l’instauration d’un port maritime ni d’un aéroport, tant que le Hamas demeurera au pouvoir et susceptible de se réapprovisionner auprès de ses commanditaires habituels (Iran, Hezbollah).

La dernière phase de la guerre, alors que ces conditions pouvaient convenir, il y a bientôt un mois et demi, semble bien avoir été l’œuvre de l’officier-traitant d’une puissance pétrolière parmi les plus riches du monde : Khaled Mesha’al s’est opposé, jusque tard dans cette journée du 26 août, à ce que ses compatriotes de Gaza retrouvent un semblant de vie normale.

Il a insisté sur le devoir de poursuivre les combats, dit-il, en accord sur « le terrain » avec « Mohamed Deif », dont personne ne sait précisément s’il est vivant ou mort, mais dont on peut croire avec quasi-certitude que c’est la seconde option que Tsahal a choisi pour lui, quelques heures à peine, après que Mesha’al et le Qatar aient décidé de rompre l’avant-dernière trêve.

C’est-à-dire que Mesha’al a dû se recommander de l’âme d’un héros légendaire très vraisemblablement mort, pour faire peser son autorité, qu’il savait défaillante, sur le terrain.

Pour qu’il en arrive à une telle extrémité, il faut vraiment que l’opposition intérieure ait été très forte. A savoir que Haniyeh et tous les autres, encore présents à Gaza, imploraient l’Egypte (et non plus le Qatar ou la Turquie, ni même Abbas) pour qu’on trouve une issue la moins défavorable, peut-être, mais surtout la moins destructrice possible, pour ce qui subsiste de leadership dans l’enclave méditerranéenne.

Le mystère de la survie du Hamas et de sa capacité à prolonger la guerre jusqu’à 130 à 170 roquettes par jour, demeure. Ceci a été possible, malgré l’effondrement de tours de commandement de 12 à 14 et même 16 étages, en plein centre de Gaza-City.

C’est tout simplement, et cette énigme n’est pas définitivement résolue, que les unités souterraines disposent de lance-roquettes prépositionnés dans des cratères, où il leur suffit de courir de l’un à l’autre pour déclencher les tirs.

Aussi, on peut croire que, même ayant perdu quelques-uns de ses chefs les plus en vue, le Hamas se trouve dans la situation du canard décapité qui continue de courir à travers le verger. Le corps du Hamas peut subsister de longues journées, des semaines et peut-être un à plusieurs mois. Les chefs intermédiaires remplacent les hauts-commandants disparus et ainsi de suite, dans un roulement incessant.

Ce, malgré les rapports optimistes des renseignements israéliens, annonçant qu’il entamerait le dernier tiers et peut-être 25% de ses réserves en missiles et roquettes de moyenne et longue portée. Un stock important de petites roquettes et surtout d’obus de mortiers d’une portée de 3 à 7 kms a démontré que, sur le plan létal, les terroristes ne perdaient rien de leur nocivité. Au contraire, les mortiers ont fait bien plus de tués parmi les Israéliens du Sud que toutes les roquettes de démonstration, jusqu’à Haïfa, Hadera, Tel Aviv, Jérusalem, mais aussi Hébron, Ramallah… généralement interceptées par Dôme de Fer (pour les zones israéliennes)…

Ce début de pénurie était-il vrai ? La branche armée du Hamas évaluait-elle qu’à quelques jours, semaine(s), en tout cas, un mois d’ici, elle arriverait au bout de l’essentiel de ses stocks, y compris de petit calibre ?

Mais, si c’est le cas, l’une des plus puissantes armées du monde, sans doute la plus efficace et la plus précise, est-elle condamnée à attendre l’épuisement des réserves de l’adversaire enterré profondément, avant de pouvoir crier victoire ou plus modestement, sortir d’un conflit de 50 jours ?

Tsahal a t-elle pu donner la pleine mesure de sa créativité et de son sens de l’improvisation légendaire ? Ou a t-elle eu les mains liées par le jeu diplomatique savant, mis au point par Netanyahu et El-Sissi, afin de clouer le bec, tour à tour, à John Kerry et Barack Obama, partis draguer outrageusement le Qatar et la Turquie ?

Les Américains ont-ils dû passer le flambeau aux Européens, avec ces retournements de veste classiques auxquels on a assisté, de la part de F. Hollande et L. Fabius ?

Au final, après quelques malédictions d’Erdogan dont lui seul a le secret, Ankara a disparu assez vite de la compétition diplomatique.

Le Qatar a (re-)déclenché la guerre, par l’entremise de Mesha’al, il y a environ 1 semaine, mais comme dans le cadre d’un baroud d’honneur qui a vu l’élimination de la plupart des hauts-commandants du Hamas.

De ce point de vue, le Qatar capricieux semble avoir fait guillotiner une partie de l’Etat-Major du Hamas, même si ce prix permet à l’organisation terroriste d’en sortir « la tête haute » si on peut dire, après 50 jours dans les tunnels et de nombreuses têtes de réseaux définitivement éliminées, dont le légendaire Deif, qui parle encore à l’oreille de Khaled Mesha’al, entouré de 72 vierges…

Quoi qu’il en soit, d’ici un mois, il est peu probable, même en faisant tourner jour et nuit les turbines de fabrication de roquettes et missiles locaux, que le Hamas ait reconstitué ses stocks d’avant le 8 juillet.

Son infrastructure est sérieusement élimée en Judée-Samarie-Cisjordanie ; sa popularité à Gaza n’équivaut qu’aux « victoires »de propagande qu’il peut proclamer et le décompte des pertes humaines et matérielles a commencé depuis longtemps.

Certains pessimistes évaluent à 10 ans le temps de reconstruction du patrimoine gazaïote, mais c’est sûrement sans compter sur les largesses de leurs parrains qataris et d’ailleurs…

Le jeu en valait-il la chandelle et Israël, à travers Netanyahu, a t-il eu raison de demeurer relativement impassible ? Ou aurait-il mieux valu lancer, tout-de-suite, bien d’autres actions encore plus décisives, dont une opération terrestre, à travers des incursions foudroyantes, pour en terminer avec la plupart des zones de départ de feu ?

64 soldats et 6 civils (dont 2, le soir de la soi-disant trêve) ont trouvé la mort. L’armée de défense d’Israël a sacrifié quelques-uns de ses meilleurs hommes à la protection d’une population civile, restée, jusque dans les dernières phases relativement sereine, grâce au Dôme de Fer. La frange la plus septentrionale de la population a, le plus, souffert, dans ses modes et choix de vie, au bord de ce qui ressemble, de plus en plus, à l’enfer…

Cette prochaine manche déjà annoncée, est-elle aussi irréversible et fatale que cela ?

Seul l’avenir proche ou plus lointain le dira. Quoi qu’il en soit, il faudra continuer d’affaiblir politiquement et militairement le Hamas. Et neutraliser les double-jeux continuels de ce petit ilôt pétrolier appelé Qatar, tête de pont entre l’Iran et la Turquie, mais assurément un véritable danger international, par la facilité de crédits illimités qu’il obtient partout sur la planète.

Le véritable combat était, peut-être, déjà ailleurs à l’échelle régionale, raison pour laquelle le Hamas a tenté de jouer son va-tout, maintenant plutôt que plus tard…

De grandes questions subsistent : si Netanyahu et Moshe Ya’alon ont besoin de 50 jours pour « calmer » le petit Hamas, réfugié dans son terrier, qu’en sera t-il, lorsqu’il faudra mettre à bas le programme nucléaire iranien ? Ou ne parle t-on pas du tout du même type de guerre, avec des moyens beaucoup plus colossaux, dont on n’a entrevu qu’une infime parcelle ?

Tsahal a t-elle rétabli sa dissuasion ou s’en sort-elle réellement affectée ? Souvenons-nous de la Commission Winograd et des critiques amères de la gestion de la Guerre du Liban II, en 2006. Mais, le paradoxe est qu’il n’y a pas eu, à ce jour, de nouvelle confrontation, autre qu’indirectes (tentatives déjouées d’attentats) alors qu’elles étaient régulières, entre mai 2000, date du retrait du Sud-Liban et cet été 2006…

Y a t-il, ce soir, des volontaires pour aller vivre en lisière de Gaza, ou Israël se voit-il marqué du sceau d’une nouvelle « zone interdite », aux limites de sa souveraineté ? Ce qui est proprement inacceptable.

Quoi qu’il en soit, l’armée de l’air, la Marine et les forces terrestres ne doivent plus avoir la moindre retenue, en cas de violation, même « minime » du cessez-le-feu, dans le mois à venir. Et, il est très probable, du fait de la structure déconcentrée du Hamas, qu’une branche ou une autre, prenne la responsabilité de déclencher à nouveau les hostilités.

Le défi que n’a pas encore réellement relevé Tsahal est, probablement, celui de réunir les moyens efficaces pour mener la guerre souterraine, tant en matière de techniques de combat dans un autre élément que de matériels appropriés d’exploration et de détection, pour éviter les pièges de ce genre de milieu instable et difficile à maîtriser, lorsque l’ennemi, qui a conçu le système de réseaux, en connaît les moindres recoins…

Par Marc Brzustowski.

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